Quand Tanger était un havre de liberté pour les gays

Suite à l’arrestation de Ray Cole, un article de la BBC se penche sur les années fastes de la communauté gay au Maroc, à Tanger notamment.

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hôtel El Muniria à Tanger
C'est à l'hôtel El Muniria que William Burroughs a écrit "Naked Lunch" de 1954 à 1957. Crédit : Fredrik Haglund / Flickr

La récente arrestation et libération du touriste britannique Ray Cole et de son compagnon marocain, Jamal Ould Nass, a révélé la distance qui sépare le Maroc et certains pays européens en termes de droits accordées à la communauté LGBT. Pourtant, la situation était inversée dans les années 1950, durant lesquelles le Maroc, et en particulier Tanger, était considéré comme un « havre de paix » pour les personnes homosexuelles selon un récent article du site web de la BBC.

Ainsi, l’auberge El Muniria, située dans la ville du détroit, a accueilli le très contesté William Burroughs, qui est l’auteur de l’un des livres les plus choquants de la littérature américaine, Naked Lunch. Pendant plus de 10 ans, ce livre, écrit à Tanger, a été censuré par la loi américaine sur l’obscénité. Le roman est un mélange d’autobiographie, de science-fiction et de satire, le tout pimenté par des descriptions de relations homosexuelles. La ville du détroit bénéficiait, à cette époque, du statut de ville internationale, ce qui lui permettait, selon l’académicien britannique Andrew Hussey, d’être connue comme une ville « d’utopie du plaisir dangereux et inconnu  ».

« Réserve illimitée de jeunes locaux en besoin d’argent  »

Tanger a permis à William Burroughs et à bon nombre de personnes homosexuelles de multiplier les conquêtes dans une cité où «  les Occidentaux pouvaient se soumettre à leurs désirs, sans peur d’agression [tout en disposant d’] une réserve illimitée de jeunes locaux en besoin d’argent et en fumant une quantité tout aussi illimitée de cannabis local ».

Toutefois la cohabitation connaissait quelques heurts, comme le raconte l’aristocrate britannique David Herbert, dans son autobiographie, lorsqu’il parle de l’attitude des Européens résidant dans la ville : « Tous les Marocains qu’ils voyaient étaient à vendre. Leur attitude (celle des Européens, ndlr) causait beaucoup de tort, et si quelqu’un se prenait un coup sur la tête c’était généralement de leur faute [aux Européens] ».

Comment donc expliquer l’arrestation de Ray Cole dans un pays avec un tel historique ? Selon l’écrivain et spécialiste du monde musulman, Barnaby Rogerson : « Le Maroc est un endroit où la tolérance est pratiquée mais n’est pas prêchée  ».

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