Ramadan et boulimie de télé

Les Marocains consomment plus de télévision pendant le mois sacré. Les chaînes multiplient leur offre pour nourrir cette téléphagie.

Par

Photomontage : Mohammed Drissi Kamili

Le ramadan, c’est Noël pour un patron de chaîne marocaine. Toutes tranches d’âge et catégories socioprofessionnelles confondues, le téléspectateur passe en moyenne 4h32 devant le petit écran contre 3h26 le reste de l’année. Il délaisse les télés étrangères et se rabat sur les chaînes nationales qui affichent leurs meilleurs audimats durant le mois sacré. 2M, qui se taille la part du lion avec des pics d’audience à plus de 60% en prime time, bat ses propres records d’audimat à ce moment de l’année. Dernier cas en date, la sitcom Kenza f’douar a rassemblé plus de 10 millions de téléspectateurs, se classant comme le programme le plus suivi par les Marocains depuis la mise en place de l’audimat. Même l’effet Coupe du Monde n’a pas joué cette année puisque les chaînes nationales ont attiré près des trois-quarts des télespectateurs, ne laissant qu’un quart aux chaînes étrangères pendant le prime time ramadanien, entre 20h et 22h30. « Ces audimats élevés s’expliquent par un repli identitaire des Marocains durant le ramadan, qui se manifeste par la consommation de plus de produits marocains à la télévision », analyse le chercheur en médias Abdelouahhab Errami. De leur côté, les responsables de chaîne comblent cette
demande en axant toute leur programmation sur la production de feuilletons qui fleurent bon le terroir et autres contenus de proximité.

Pluie de pubs

Sur les 250 heures de production nationale annuelle, 50% est mis en boîte spécialement pour la grille du ramadan. Au repli identitaire répond donc un réflexe marketing. C’est qu’il y a gros en jeu. Le ramadan booste le marché de la publicité, estimé à 250 millions de dirhams contre une centaine de millions les autres mois. 2M enregistre ainsi un quart de ses recettes publicitaires annuelles durant cette période. Les annonceurs se bousculant, les tarifs de diffusion augmentent de 33% : 109 000 dirhams les 30 secondes contre 71 000 en moyenne les autres mois de l’année. Et le public dans tout ça ? à l’en croire, il se tape une indigestion forcée. Selon une enquête du cabinet de sondages d’opinion Averty, 78,6% des téléspectateurs du ramadan regardent la télévision marocaine parce que la réunion familiale du ftour l’impose. Et ils sont plus de 80% à trouver qu’il y a trop de publicité à ce moment-là.

Découvrez notre dossier sur les dessous de la télé dans le numéro 630 de TelQuel, en kiosque jusqu’au 31 juillet.

article suivant

Coupure d’électricité à Casablanca : les réponses de la Lydec