Al Adl Wal Ihssane ouvre le dialogue avec la gauche

Al Adl Wal Ihssane a convié une dizaine de militants essentiellement de gauche à une réunion informelle. Laïcité, libertés individuelles, projet des islamistes... beaucoup de questions ont été évoquées.

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Mohamed Abbadi, secrétaire général de Al Adl wal Ihssane. Crédit : Rachid Tniouni

C’est une première. Al Adl Wal Ihssane a convié vendredi 11 juillet une dizaine de personnalités de la gauche dans le cadre d’une réunion informelle après le ftour. Objectif : discuter des réformes démocratiques et jeter les jalons d’une coopération éventuelle avec les forces de gauche. Al Adl n’a pas communiqué officiellement sur cette rencontre.

« C’est une rencontre informelle, je ne peux rien vous dire sans l’accord des gens présents », nous déclare laconiquement Hassan Bennajeh, membre du secrétariat général du cercle politique de la jamaâ. Même son de cloche de la part du porte-parole d’Al Adl Wal Ihssan, Fathallah Arsalane. « Il s’agit d’une rencontre normale dont l’objectif est l’échange d’idées. Nous avons discuté de la situation générale du pays », nous affirme-t-il.

« Débattre avec l’autre camp »

Selon les informations dont dispose Telquel.ma, la réunion était chapeautée, côté Al Adl, par Abdelouahed Moutawakil, secrétaire général du cercle politique de la jamaâ, en présence des membres du cercle politique Omar Iharchane et Omar Amkassou.

Parmi les présents, côté invités, plusieurs personnalités essentiellement de la gauche, ainsi que des universitaires. Maâti Monjib, président du centre Ibn Rochd, le militant et homme d’affaires Karim Tazi, les istiqlaliens Mohamed Kihel et Abdeslam Bekkari, l’ancien membre de l’USFP Mohamed Hafid, l’avocat Abdelaziz Noudi et les professeurs Mohamed Madani, Mokhtar Benabdelaoui et Abdellah Hammoudi, ont répondu à l’invitation adliste. A signaler que ces personnalités ne représentaient pas leurs partis ou associations, mais intervenaient en leur qualité personnelle.

« Nous avons discuté de la situation du Maroc et de l’expérience islamiste dans des pays proches de nous, notamment en Tunisie et en Égypte », nous résume Mohamed Hafid. « Les islamistes représentent un poids politique, c’est indéniable, mais le quantitatif n’est pas tout ce qui compte. Nous avons vu par exemple comment les islamistes en Égypte ont échoué à élaborer des solutions et à se maintenir au pouvoir, et ce malgré leur poids électoral », détaille-t-il. Quand on l’interroge sur les divergences de projets de société qui existent entre les adlistes et les forces de gauche, ainsi que la difficulté de concilier ces deux positions, Mohamed Hafid rétorque que « justement, l’intérêt est de débattre avec l’autre camp avec lequel on diverge ».

Abdelaziz Nouidi, a, lui, posé des questions sur les positions d’Al Adl, et notamment leur projet de société.« Il faut qu’Al Adl Wal Ihssane clarifie ses positions et nous dise ce qu’ils veulent vraiment », nous explique l’avocat qui a débattu notamment de la laïcité et des libertés individuelles et de la position des adlistes sur cette question. Autre sujet évoqué, les dangers que fait peser la menace terroriste, notamment celle de l’État islamique à la lumière des déclarations récentes du ministère de l’Intérieur.

Le début d’une collaboration ?

Bien qu’informelle, la réunion organisée vendredi dernier s’inscrit dans le cadre d’un retour sur les devants de la scène d’Al Adl Wal Ihssane, association politique « tolérée mais non reconnue par l’État », selon la formule consacrée du Makhzen. La rencontre fait échos au rapprochement déjà observé lors des manifestations du 20-Février dans lesquelles les membres d’Al Adl manifestaient côte à côte avec des forces de la gauche marocaine. La jamaâ s’était retiré des manifestations, quelques temps après la victoire du PJD aux élections de novembre 2011, une formation avec laquelle Al Adl partage le référentiel islamique.

Mohamed Hafid a répondu présent pour prendre la température du positionnement d’Al Adl sur les thématiques « progressistes » :

L’idée aujourd’hui est de voir si les islamistes marocains sont capables de produire un discours différent de celui des autres courants politiques ailleurs et de voir l’évolution de leur regard sur les libertés individuelles, la démocratie, les droits humains, etc.

La réunion entre les adlistes et les personnalités de la gauche pourrait-elle inaugurer une collaboration future ? « On ne sait pas s’il y aura d’autres réunions. Pour le moment, il s’agit simplement d’une rencontre informelle de communication », précise pour sa part Abdelaziz Nouidi.

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