La Bourse sous haute tension

Par Fahd Iraqi

Ding, dong ! La cloche de la Bourse de Casablanca va retentir à nouveau après trois ans de silence. Ce sera en l’honneur de Jorf Lasfar Energy Company (Jlec), la filiale électrique du groupe Taqa (voir p. 52). Cette introduction en Bourse d’un milliard de dirhams fait l’effet d’un défibrillateur qui réanime une place boursière agonisante. Les premières indiscrétions sur cette opération filtraient à peine que l’indice boursier (notre CAC 40 local) a commencé à s’envoler. Et le meilleur reste à venir : ce renversement de tendance des cours de Bourse risque d’être entretenu pour un bon bout de temps.

Les cols blancs voient déjà la reprise pointer à l’horizon. Ils murmurent les noms d’autres futures recrues de la cote. De quoi séduire une communauté de boursicoteurs friands de papier frais. Le retour des introductions et d’un public de petits porteurs représente un signe « du retour de la confiance dans le marché ». Retenez cette expression, elle risque bientôt de tourner en boucle sur les rotatives de la presse économique spécialisée.

La confiance est pourtant un sentiment très subjectif. Il peut être réconforté ou influencé par des market makers. Ce sont les compagnies d’assurances et autres gestionnaires d’actifs qui, grâce aux mouvements de leurs gros portefeuilles, peuvent imprégner une tendance. Et il ne faut pas se leurrer, la corbeille casablancaise manque tellement de profondeur qu’il suffit d’injecter quelques dizaines de millions de dirhams pour l’orienter à sa guise, et bien évidemment en toute légalité.

Alors quand il s’agit de préparer le terrain d’un big deal à un milliard de dirhams, on peut imaginer que les acteurs du marché se liguent pour faire flamber la place. Car plus les cours de Bourse augmentent, mieux on peut vendre la nouvelle recrue et plus conséquentes seront les commissions des conseillers et des intermédiaires. Mais il n’y a pas que cela, il y a aussi une certaine efficience du marché qui joue : trouver des fonds pour acheter une nouvelle action suppose des reclassements dans les portefeuilles, c’est-à-dire la vente d’autres titres. Tout cela crée du trafic sur la place et alimente encore plus la confiance. C’est un effet d’entraînement.

Tout le monde veut croire en une reprise du marché. C’est légitime après un long cycle de cinq ans de morosité qui a plombé la place. Pour entretenir cet espoir, certains rêvent d’un retour des privatisations bon marché, d’autres d’une réforme en profondeur de la place financière. Une catégorie d’experts financiers va encore plus loin. Elle attribue ce regain d’intérêt pour la Bourse à une phrase du discours royal prononcé devant le parlement, où le roi plaidait pour que Casablanca devienne un « véritable pôle financier ». Un raccourci que le sérail pourrait juger inconvenant. Mohammed VI, à titre privé, sera un des plus grands gagnants de la remontée des cours de Bourse. Son holding SNI attend, depuis deux ans, des conditions de marché propices pour vendre son reliquat de participations dans Cosumar, Lesieur ou Centrale Laitière pour engranger des milliards. Bientôt, il sera temps…   

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