Vu de l’extérieur…

Par Karim Boukhari

Je reviens d’un voyage en France où il m’a été donné de constater l’excellence des rapports entre Rabat et Paris. Tant mieux. Dans les circuits de la diplomatie française, dans les milieux d’affaires, et jusqu’aux couloirs de Matignon et de l’Elysée, une formule revient en boucle : “L’exception marocaine”. Personnellement, cette formule m’a toujours fait sourire. Ce n’est pas exactement un mensonge, ni un bluff, juste une formule, un concept imaginé par des créatifs de la communication politique, une étiquette collée au dos d’un pays qui a traversé le Printemps arabe comme on traverse une pluie battante avec un petit parapluie à la main. Mouillés mais pas trop, secoués mais présentables. L’exception marocaine est ce parapluie fait de bric et de broc : un chouia de démocratie et beaucoup de baraka. Comme toutes les formules, elle est cynique, hypocrite et très ambivalente. En réalité, l’exception marocaine est un cache-misère parce que, derrière, la formule sous-entend que le Maroc est debout alors qu’il a tout pour tomber. L’exception exprime un étonnement. Il est étonnant, en effet, qu’un pays tienne la route alors que près de la moitié de ses habitants sont analphabètes, que son système de santé est nul, que son administration est gangrenée par la petite corruption, que la liberté de culte n’existe pas, que le pouvoir continue d’être concentré entre les mains d’une dynastie et que son économie repose essentiellement sur les aléas de la météo. 

 

Le problème du Maroc, donc, c’est qu’il est bien vu de l’extérieur mais rongé de l’intérieur. Il souffre d’être un bon élève. Car, tout bon élève qu’il est, il sait qu’il ne fait pas bien ses devoirs, que la copie qu’il rend n’est pas propre, et qu’il doit ses bonnes notes à la magnanimité, à la générosité, pour ne pas dire à la complaisance de ses maîtres. L’exception marocaine durera tant que ce paradoxe perdure, au mépris de tout bon sens.

 

Au lieu de rééquilibrer la situation, le Printemps arabe l’a aggravée. Trois pays arabes ont changé de régime, les autres se sont emmurés dans le statu quo, certains ont basculé dans la violence et l’instabilité chronique. Le printemps est devenu automne, galère et incertitudes. Vu de l’extérieur, le Maroc donne l’impression de poursuivre son bonhomme de chemin. Il a même rajouté une couche de vernis à son image de bon élève : il s’est doté d’une nouvelle constitution, a tenu des élections libres et il est en train de vivre une sorte de transition islamiste en douceur. Mais ses finances sont exsangues. Et son sous-développement social est une honte pour son statut de bon élève. Alors les bailleurs de fonds accourent des quatre coins du globe, poussés par les nombreux “amis” du royaume, en Europe, en Amérique et dans les pays arabes. Le credo est partout le même : soutenir le Maroc pour l’aider à rester debout.

 

S’il y a un sens à donner à la prochaine visite d’une importante délégation d’hommes d’affaires et de ministres français(1), ce serait celui-là. La France de toujours, pour reprendre une expression chère à nos amis de l’Hexagone, a pris le parti de parier sur ce Maroc-là et de l’accompagner tel qu’il est, avec ses lourds handicaps et cette étiquette de vrai-faux bon élève. C’est un choix et il faut espérer qu’il soit payant.

 

(1)Les 12 et 13 décembre, une rencontre dite de haut niveau aura lieu au Maroc sous la présidence des deux Chefs de gouvernement français et marocain. Elle sera suivie, en janvier 2013, de la première visite officielle du président François Hollande.

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En forme : Khalid Askri