Document. Voter Cela en vaut-il la peine ?

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A un mois des élections législatives, programmées le 25 novembre, et avant même de savoir qui va gagner, la question est : les Marocains iront-ils voter ? Jamais cette question n’a été posée avec autant d’acuité. Parce que, en 2007 déjà, ils étaient à peine 37 % à avoir fait le “geste” et que, aujourd’hui, ce triste record peut encore être battu. Il y a des chances. Le Printemps arabe a créé une nouvelle situation et les élections devraient déboucher sur un nouvel ordre politique. Ça sera un test, le deuxième après celui du référendum pour le Constitution. Si, pour ce dernier, les Marocains ont répondu “Oui au roi”, la tendance qui se dégage, pour les législatives, est qu’ils disent “Non aux partis”. C’est ce qu’on croit et nous avons des raisons solides de l’affirmer.
En 28 points, TelQuel vous explique pourquoi les Marocains risquent de bouder les élections… malgré quelques légers motifs d’espoir.

Les Marocains se sentent peu concernés
La question du vote obligatoire se pose dans de nombreux pays, étant donné l’importance du taux d’abstention. On se souvient ainsi qu’aux législatives de 2007, à peine un Marocain sur trois inscrits sur les listes électorales s’était rendu aux urnes, soit un taux d’abstention de 67%. C’est pour éviter que l’on déserte les isoloirs que, dans certains pays, le fait de ne pas s’acquitter de son devoir de vote peut se traduire par une sanction, qui prend la forme d’une amende, de saisie de bien, voire même d’une peine de prison. C’est notamment le cas de l’Australie qui, grâce à la mise en place de ce système, a réduit son taux d’abstention depuis 1923. Au Brésil, en Grèce, en Bolivie et au Luxembourg, le vote est également coercitif.
Mais ceux qui ne s’estiment pas représentés par aucun des partis en lice ont toujours la possibilité de voter blanc.

Le gouvernement aura (un peu) plus de pouvoir
C’est un changement sémantique. Le gouvernement devient un “pouvoir exécutif” mené par un “chef de gouvernement”. Ce dernier est donc censé disposer d’une équipe homogène et solidaire, qui peut s’engager sur la base d’un programme et en être comptable devant le parlement, puis devant les électeurs. Sauf que pour appliquer une politique gouvernementale, un pouvoir exécutif a besoin de relais dans l’administration et dans les grandes entreprises étatiques. Là encore, l’article 98 de la Constitution stipule que le gouvernement “dispose de l’administration et supervise l’action des entreprises et des établissements publics”. Pour ce faire, le chef de gouvernement peut proposer des noms pour occuper les hautes fonctions dans l’administration publique (walis, gouverneurs, ambassadeurs, patrons de grands offices, etc.). Mais tout cela doit au final être validé en Conseil des ministres, présidé par le roi. “Il faut se rappeler que, dans le passé, le gouvernement n’était même pas associé à ce genre de nominations”, résume ce dirigeant socialiste.
Mais aucun des chefs de gouvernement potentiels ne présente le profil de quelqu’un capable de tenir tête au roi en cas de conflit ou de crise politique.

Le chef du gouvernement sera forcément élu
“Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections”. C’est par cet article net et précis que la nouvelle Constitution consacre la fameuse “méthodologie démocratique”. Le roi sera désormais obligé de choisir un chef du gouvernement au sein du parti qui gagnera aux législatives. Ce qui représente un acquis certain. Mais les choses se brouillent dès qu’on rentre un peu plus dans le détail. Pour diriger le gouvernement, il faut d’abord constituer une majorité. Et c’est là où la main invisible du Palais peut agir. Un parti arrivé premier, mais indésirable, peut donc se heurter à un blocus téléguidé. Que se passera-t-il dans ce cas ? La Constitution reste muette sur ce point, laissant le champ ouvert à toutes les possibilités. Autre problème : le roi, toujours selon la nouvelle Constitution, peut choisir n’importe quel membre du parti gagnant. Ce qui ouvre la porte aux technocrates parachutés à la dernière minute à l’intérieur des partis.
Mais la main du Palais peut toujours intervenir pour l’empêcher de réunir une majorité.

Les parlementaires ne sont plus au-dessus des lois
La nouvelle Constitution définit l’immunité dont jouissent les élus dans des termes précis, ce qui nous change du flou artistique qui régnait auparavant. Dans les textes de 1996, l’impunité ressemblait à un veto magique qui protégeait les députés de tout et les laissait souvent faire n’importe quoi. Elle est aujourd’hui limitée aux seuls délits… d’opinion. Comme le stipule l’article 64, “aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi ou recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion d’une opinion ou d’un vote émis par lui dans l’exercice de ses fonctions, hormis le cas où l’opinion exprimée met en cause la forme monarchique de l’État, la religion musulmane ou constitue une atteinte au respect dû au Roi”.
Mais les passe-droits ont la peau dure et on a du mal à imaginer nos députés ne pas tenter d’abuser de leur fonction, de leur statut, en un mot, de leur “pouvoir”.

Personne n’a oublié le traumatisme du référendum
A voir le déroulement du dernier référendum, le doute quant à l’honnêteté des élections est permis. Au commencement était l’espoir : lorsque Mohammed VI annonce, le 9 mars, le lancement d’un chantier pour une “réforme constitutionnelle profonde”, il surprend aussi bien le citoyen lambda que le Mouvement du 20 février et les zélés du trône. Quatre mois plus tard, les urnes hurlent oui à 98,5%. Plus désarmant encore que les résultats, dignes de l’ère hassanienne, la campagne référendaire, appelant les citoyens à dire “oui” au roi. Mais le plébiscite du 1er juillet n’est pas seulement le résultat d’une propagande criarde : aucun parti opposé au texte et à sa commission n’a appelé à voter non, préférant mobiliser les masses en faveur du boycott. En les additionnant aux abstentionnistes, trois Marocains sur dix ne sont pas allés voter. Les élections de novembre risquent de subir le même sort…
Mais il ne s’agit plus de dire “Oui à sidna” mais “Oui (ou Non) aux partis”, et ce n’est pas la même musique.

Le charisme n’est pas la force première des hommes politiques
Au Maroc, il y a beaucoup trop de partis et pas assez de figures fortes. Les programmes se ressemblent et les hommes qui les portent ne fédèrent pas suffisamment autour de leurs personnes. En dehors du cas très spécial de Fouad Ali El Himma (qui ne devrait pas se présenter, heureusement serait-on tenté de dire), et de celui de Mohamed Bensaïd Aït Idder dont le parti (PSU) boycotte les élections, rares sont les hommes qui incarnent une idéologie claire ou intéressante. Il n’y a qu’à voir la catastrophique “campagne” référendaire de l’été dernier pour se rappeler qu’aucun leader ne s’est franchement démarqué par ses prises de position, si ce n’est les islamistes du PJD… qui se sont distingués de triste manière en fustigeant la liberté de culte.
Mais on peut toujours se dire que l’absence de leadership nous évite toute tentative de “déification” des hommes politiques.

La photo de classe n’a pas changé
Le paysage politique ne s’est pas beaucoup rafraîchi depuis les législatives de 2007. Le casting n’a pas changé, on reprend les mêmes et on recommence. Le clan El Fassi incarne plus que jamais l’Istiqlal, on n’imagine même pas le Mouvement Populaire sans Laenser et Aherdane, l’UC s’appuie toujours sur Abied, etc. À chaque époque ses hommes et ses femmes, et à chaque nouvelle ère ses institutions et ses instances : c’est ce qu’on dit. Le problème, c’est que la relève n’a pas eu lieu. Pris par le temps, la plupart des partis n’ont pas renouvelé leurs staffs dirigeants. Et le Maroc reste toujours ce pays jeune dirigé par de vieux leaders politiques. Ce n’est pas le meilleur moyen de séduire des électeurs déjà peu concernés par la chose politique.
Mais les jeunes peuvent toujours prendre le pouvoir, quand les partis renouvelleront leurs effectifs après les élections.

Chouette, on pourra voter avec sa CIN
La carte d’électeur ne sera plus la condition pour aller aux urnes. La carte nationale d’identité suffira. Revendiqué depuis longtemps par la société civile et les partis politiques, le vote par la CIN permettra plus de transparence et de précision, et réduira les triches et usurpations d’identité lors du scrutin. Après avoir toléré cette démarche d’une manière tacite lors du référendum, un projet de loi est en phase d’adoption pour mettre en œuvre cette mesure, promise lors de ces prochaines élections législatives. Cela évitera également de se perdre dans les procédures d’obtention de la carte d’électeur, document encombrant, qui souvent se perd dans les circuits de l’administration, et dont la distribution s’avère coûteuse et mobilise une bonne partie du personnel des collectivités. Ceux qui ne disposent pas de carte d’électeur pourront donc voter, sur simple présentation de leur pièce d’identité, à condition de s’inscrire sur les listes électorales.
Mais c’est une mesure qui ne servira à rien si elle n’est pas accompagnée d’une refonte totale des listes électorales.

Les petits partis font plus de mal que de bien
Le nombre des formations politiques dépasse largement la trentaine : 34 en tout si l’on tient en compte celles qui ont été associées aux travaux de la Commission Menouni pour la révision de la Constitution. Et les mois à venir prévoient de nouveaux “arrivages” puisque au moins quatre partis sont en phase de création, exemples de “la Coalition pour la patrie” et du “Parti fédéral marocain” pour ne citer que ceux-là. Ce multipartisme de façade semble avoir été créé pour faire diversion et brouiller les pistes. Mais il ne change rien à l’essentiel : il n’y a pas de place pour tout le monde. En 2007, seules 6 formations (sur un total de 33) sont arrivées à franchir le seuil de 6 % des voix et à être réellement présentes au sein du parlement et au gouvernement. Une donne qui ne risque pas de changer après le scrutin du 25 novembre.
Mais le multipartisme reste une expression de la démocratie puisque nul ne peut interdire à un citoyen de créer un parti politique.

Les indépendants peuvent aller voir ailleurs
Sur le papier, les candidatures indépendantes restent possibles. Mais elles sont entourées d’un paquet de conditions qui les rendent à peu près irréalisables. Avant d’être validée, une liste indépendante doit présenter un programme électoral et faire un état précis de ses sources de financement. En plus de s’affranchir d’une caution (perdue en cas de non-obtention de 6 % des voix). Les listes locales doivent par ailleurs être assorties de 200 signatures dont 20 % appartenant aux élus de la région. Les choses sont encore plus compliquées pour les listes nationales car il faut, en plus de trouver 90 candidats, réunir les signatures de 500 élus dans au moins 50% des régions du pays. En 2007, seules 3 listes sur 16 ont réussi à passer le cap, parmi lesquelles, rappelez-vous, celle d’un certain Fouad Ali El Himma à Rhamna.
Mais rien n’empêche des candidats indépendants de tenter le coup et de brouiller encore plus les pistes.

Les partis sont mal ou très peu préparés
A l’exception du PPS qui a tenu son congrès en mai 2010 (bien avant le Printemps arabe), aucun autre parti n’a jugé utile de convoquer ses bases avant les élections. Le RNI a reporté la tenue de son congrès. La direction de l’Istiqlal a préféré regarder ailleurs malgré l’insistance d’une partie de sa jeunesse. Résultat des courses : tout débat d’idées a été “reporté”, tout comme le renouvellement des dirigeants, des élites, du discours… On se dirige donc vers des élections législatives, les premières après la réforme de la Constitution, avec de vieilles idées et de vieux appareils. Et tout le monde évoque la préparation de ce même scrutin comme alibi pour garder le statu quo.
Mais les élections arrivent trop vite et personne n’a eu le temps de se préparer dans de bonnes conditions.

L’ère des caméléons politiques est (presque) révolue
L’un des grands bienfaits de la nouvelle Constitution est d’avoir mis un frein à la transhumance. Nos élus n’auront plus d’autre choix que de garder, durant tout leur mandat, la couleur du parti politique qui a cautionné leur candidature. à défaut, ils perdent leur mandat électif. C’est la première fois qu’on décide de prendre le taureau par les cornes pour s’attaquer à l’un des pires fléaux qui affectent nos institutions élues. On ne peut donc plus changer de parti comme de chemise et c’est une bonne nouvelle. Cela nous évitera une aberration comme celle du PAM où, comment, à partir d’une liste sans étiquette politique, Fouad Ali El Himma a fondé un parti qui est rapidement devenu l’une des premières forces parlementaires en débauchant “les élus autres” à gauche et à droite. Aujourd’hui, ce ne serait plus possible.
Mais les portes du mercato restent ouvertes et les partis font le plein pour recruter des notables susceptibles de rafler le maximum de voix.

C’est (peut-être) la fin des listes traficotées
Les listes électorales sont à la veille de chaque suffrage un sujet de discorde récurrent entre la classe politique et le ministère de l’Intérieur. Omission, gonflement des listes, tripatouillage en tous genres, les griefs ne manquaient pas. Les soupçons régnaient en maître puisque c’était les présidents de commune, caciques (interchangeables) du vieux système Basri, qui dirigeaient les commissions locales chargées d’établir ces listes. Or, pour la prochaine échéance électorale, ce seront les juges qui réviseront les listes d’inscrits, offrant ainsi davantage de transparence et d’impartialité, un minimum de vertu longtemps réclamé par les partis politiques. Près de 1800 commissions seront ainsi mises en place à travers le royaume, avec à leur tête un magistrat qui devra procéder à l’examen des inscriptions. Et apurer les listes.
Mais les juges à qui l’on demande de nettoyer les écuries d’Augias ne sont pas sûrs d’en avoir les moyens matériels.

Ça sera sans le M20
Les jeunes du 20 février représentent une nouvelle donne lors de ces prochaines élections. Ils sont une force politique à eux seuls. Cette semaine, ils viennent de décider que leur boycott des élections sera actif. Ils mèneront campagne pour appeler au boycott des législatives qui, selon le M20, “s’inscrivent dans la continuité de la pratique de corruption et de reconduction de la vieille garde, symbole de tous les maux que vivent les Marocains”. Le Mouvement du 20 février a permis de réveiller les consciences endormies et d’avoir un discours politique que les organisations classiques (partis et syndicats) n’avaient plus le courage de tenir. Le M20 ne donne aucun crédit à ce processus enclenché par la nouvelle Constitution, promet de rester dans la rue, et “d’aller vers les sans voix, afin de représenter un réel poids dans la rue marocaine”. La majorité silencieuse qui ne va pas aux urnes, va-t-elle les entendre cette fois ?
Mais dire Oui aux élections, ou se transformer tout de suite en parti politique, auraient fait plus de mal que de bien au jeune mouvement contestataire.

Les médias publics servent la propagande officielle
Le traitement de l’actualité par les médias publics a été critiqué de tous bords. La naissance de médias alternatifs sur Internet a permis de relever le contraste entre eux et l’information relayée par les supports traditionnels. Sur les chaînes publiques, les manifestations du 20 février sont présentées comme des rassemblements des islamistes, et les scènes de répression policière qui pullulent sur Youtube ne passent jamais dans les JT. Le traitement médiatique de la campagne électorale va-t-il être fait de la même manière ? Le téléspectateur aura-t-il droit à un débat transparent et responsable ? Les partisans du boycott s’exprimeront-ils sur les ondes ? La campagne électorale sera l’occasion pour les médias de regagner la confiance des Marocains, et de ne plus servir de courroie de transmission du discours officiel. En attendant, ces médias n’ont de public que le financement.
Mais la presse alternative jouera le rôle de contre-pouvoir et les médias traditionnels risquent de perdre de leur influence.

Qui est inscrit où, that is the question
Pas de bonne nouvelle à ce sujet pour ceux qui s’attendaient à une réactualisation complète des listes électorales, héritées du temps de Driss Basri. Cette base de données ne sera l’objet que d’une révision partielle. Et pour cause, les élections précipitées n’ont pas permis une révision générale et l’informatisation de cette base, afin d’assurer un scrutin en toute transparence. “Sans une fermeté dans les prochaines élections, et sans observation responsable du scrutin, on continuera à faire voter les morts dans l’impunité”, souligne cet observateur. Par ailleurs, les citoyens ne se bousculent pas vers les bureaux d’inscription depuis le lancement de l’opération de réinscription dans ces listes. “Le plus simple était d’avoir la même base de données de l’identité nationale et de la carte d’électeur, or il se trouve que ce sont deux bases distinctes, ce qui ne facilite pas les vérifications”, explique le socialiste Omar Balafrej.
Mais, même en étant partielle, l’actualisation des listes électorales constitue un (tout) petit pas en avant.

Les alliances sont en carton-pâte
Les groupements politiques continuent de ressembler à de simples additions sans valeur ajoutée. Il ne suffit pas de rassembler des partis se déclarant du “libéralisme social”, des hommes de gauche et des islamistes pour prétendre représenter quelque chose. Tous ces groupements ont-ils un programme à défendre ? Ne vont-ils pas, plutôt, ressasser la fameuse déclaration d’allégeance politique, “mon programme est celui de Sa Majesté” ? En face, les partis de la Koutla s’entretuent par presse interposée, et le reste du paysage politique se cherche une place au soleil. Le citoyen assiste donc à une excitation générale, sans pour autant comprendre les visions de chaque alliance ou parti politique. Tous se proclament du côté de la démocratie et tous promettent de l’emploi et de la croissance économique. Ce sont des déclarations d’intentions, pas des programmes !
Mais le regroupement des quelques forces politiques crédibles peut beaucoup apporter, à condition d’être cohérent et de reposer sur un programme.

On ne connaîtra jamais le poids électoral de Cheikh Yassine
Malgré les bruits et rumeurs faisant état de négociations entre la Jamaâ et le Pouvoir, celle-ci reste interdite, et donc, en dehors du circuit électoral. La première force politique du pays appellera au boycott des élections, et ne soutiendra pas, comme ce fut le cas en 2007, le Parti justice et développement (PJD). Les islamistes et le Pouvoir ne sont pas parvenus à une issue favorisant l’intégration d’Al Adl Wal Ihsane dans le paysage politique marocain, tout en la poussant à présenter un programme politique et de batailler pour le mettre en œuvre dans le cadre des institutions. Même après la nouvelle Constitution, la non-reconnaissance d’Al Adl Wal Ihsane, pourtant présente et influente dans la rue, ressemble à une erreur stratégique. La Jamaâ reste donc cet épouvantail dont on connaît la force sans pouvoir exactement la mesurer.
Mais, quand bien même convertie en parti légal et reconnu, la Jamaâ aurait de toute façon boycotté les élections.

Les élections seront observées à la loupe
La nouvelle loi fondamentale du royaume, dans son article 11, donne un fondement constitutionnel à l’observation indépendante et neutre des élections, soulignant que cette observation doit être “en conformité avec les normes internationales reconnues”. Dans la foulée de l’adoption de la Constitution, le parlement a donc voté en septembre dernier une loi, véritable brique dans l’arsenal juridique relatif aux échéances électorales. C’est ainsi que le texte précise qui est habilité à observer le suffrage et définit les droits des observateurs électoraux. La loi donne notamment à ces derniers le droit d’accès à l’information relative au déroulement de l’opération électorale, ainsi que l’accès aux bureaux de vote locaux, aux bureaux de vote centraux, aux comités de dépouillement. Le texte élargit le panel des observateurs en y incluant les organismes des droits de l’homme marocains et étrangers.
Mais la loi n’est pas aux normes internationales en interdisant aux observateurs de communiquer avant l’annonce des résultats définitifs.

Tous les walis et gouverneurs n’inspirent pas confiance
Certains partis, comme le PPS et le PJD, en avaient fait une priorité : le ministère de l’Intérieur doit révoquer les walis et gouverneurs apparentés au PAM avant les législatives. Selon les deux formations politiques, ces responsables de l’administration territoriale auraient “favorisé les candidats du PAM lors des communales en 2009” et pourraient donc refaire le “coup” en novembre prochain. Partant, leur maintien constituerait un mauvais signal pour la garantie de la transparence et de la neutralité de l’administration. Quelques semaines après le déclenchement des manifestations du 20 février, une première liste a même commencé à circuler sous le manteau. Comportant les noms d’une trentaine de walis et de gouverneurs, sa publication par l’hebdomadaire Al Michaâl a valu des poursuites judiciaires à Driss Chahtane et Abdelaziz Koukas, les deux principaux responsables du journal. Guère rassurant.
Mais le contexte a changé et les petits coups de pouce de l’administration, s’ils venaient à être établis, pourraient se retourner contre leurs auteurs.

Le découpage favorise les uns aux dépens des autres
A force de se répéter, le sujet est devenu un marronnier des périodes pré-électorales. Et pour cause, le découpage est souvent déterminant dans le nombre de sièges remportés par chaque formation politique. Depuis plusieurs années, les partis appellent à l’élargissement des circonscriptions électorales, afin d’assurer une meilleure répartition des sièges par rapport à la population. “Certaines communes ont connu une véritable explosion démographique et urbanistique sans que cela n’ait eu d’impact sur le nombre de sièges qui leur sont impartis”, relève cet observateur. Autre point de discorde, plusieurs parlementaires estiment que les critères retenus par le ministère de l’Intérieur pour proposer un découpage électoral restent “assez vagues” et “pourraient être utilisés pour renforcer les chances d’une formation aux dépens d’autres”. Bien entendu, le ministre de l’Intérieur promet d’obtenir un consensus autour de cette question. Mais la tâche s’annonce ardue, voire impossible vu les délais très serrés et la divergence des points de vue entre partis politiques.
Mais, étant donné les délais très courts, la révolution du découpage électoral ressemblait dès le départ à une mission impossible.

Le club des boycotteurs s’est renforcé
Les élections se feront sans le PSU et le PADS. Les deux formations ont en effet décidé de rejoindre le club des traditionnels boycotteurs : la Voie démocratique et le “parti” d’Adl Wal Ihsane. Pourtant, le PSU et le PADS avaient bien pris part aux dernières législatives. “En 2007, nous croyions toujours au processus de démocratisation. Mais, entre-temps, le pays a régressé sur tous les plans. Et puis aujourd’hui, nous avons entamé une nouvelle ère qui va faire tomber le despotisme et la corruption. Ce serait trahir les aspirations du peuple que de participer à cette mascarade”, explique Mohamed Moujahid, numéro 1 du PSU. C’est le Printemps arabe qui a notamment changé la donne, comme nous le confirme Abderrahmane Benhida, membre du bureau politique du PADS : “Depuis la Révolution du jasmin en Tunisie, les actions du régime marocain ont été en dessous des attentes. L’Etat n’a fait que maquiller la façade, sans rien changer au fond. Pour nous, cela n’est plus possible”.
Mais toutes les grandes formations seront au rendez-vous et les boycotteurs n’ont, de toute manière, aucune chance de gagner les élections.

Le parlement sera plus dynamique
Le parlement accorde désormais plus de place aux initiatives des élus : un jour par mois est obligatoirement consacré à l’examen des propositions de loi. Les citoyens ont aussi, même indirectement, leur mot à dire. Exemple : un groupe de citoyens peut faire une pétition qui, grâce au soutien des élus, trouvera sa voie dans le circuit législatif sous forme de proposition de loi. Du reste, en conservant le système bicaméral, la Constitution partage les tâches entre les deux chambres, tout en renforçant leurs pouvoirs. Dans le nouveau texte, la motion de censures est possible à l’initiative de 20% des députés (au lieu du tiers), mais nécessite toujours un vote à la majorité absolue. Les députés ont également un droit de regard sur quasiment toutes les instances inscrites dans la Constitution, sommées de présenter un rapport d’activité annuel, suivi d’un débat, devant le parlement.
Mais rien ne garantit l’assiduité des élus, dont l’absentéisme continuera d’enregistrer des taux records.

Les lois électorales ont été rafraîchies
Pour la première fois dans l’histoire du pays, une grande attention a été réservée à la préparation des lois électorales. Même une charte d’éthique est en passe d’être signée par les partis. Le parlement sortant s’est donc donné toutes les peines du monde pour valider ces lois proposées par le ministère d’Intérieur. Toutefois, le dispositif traitant du découpage des circonscriptions ou encore des seuils minimums de voix n’ont subi que de légères retouches. Tout semble indiquer que l’on va déboucher sur une institution qui ne diffère guère des précédentes. De plus, l’expérience a montré comment notre classe politique a toujours su déjouer les lois et se mettre à l’abri. Exemple : tous les candidats sont tenus, en principe, de faire une déclaration détaillée de leurs dépenses de campagne électorale auprès de la Cour des comptes. Une procédure qui est rarement respectée.
Mais assurer leur application est une autre paire de manches, parce que cela nécessite une intransigeance peu familière dans la justice marocaine.

Les symboles du Makhzen sont toujours aux affaires
Ils s’appellent Fouad Ali El Himma, Mounir Majidi, Abbas El Fassi, Ilyas Omari, Hamid Chabat ou encore Chakib Benmoussa. Certains font partie du cercle royal, d’autres du gouvernement ou de la classe politique. Tous ont en commun de voir placardés leurs visages sur les banderoles protestataires du 20 février et de nourrir les slogans de la rue. Le bûcher symbolique que dressent les défenseurs de la dignité a peut-être fait trembler ces sentinelles du Makhzen, mais celles-ci n’ont pas rompu pour autant. Certains se font discrets, mais aucun gouvernant n’a démissionné et personne n’a été démis de ses fonctions. Cela conforte les pro-boycott, refusant de tremper ne serait-ce qu’un petit doigt dans le jeu politique. La pression de la rue, si elle n’a pas réussi à congédier les inconditionnels du régime, aura au moins servi à dresser, d’une certaine manière, la liste des indésirables aux yeux du “peuple”. Un vade-mecum mis à la disposition du Pouvoir, en somme.
Mais rien ne dit que des têtes ne finiront pas par tomber sous la pression de la rue.

Il y aura plus de femmes et de jeunes au parlement
Enfin ! La liste nationale réserve désormais 90 sièges (sur les 325 à pourvoir) aux femmes et aux jeunes. Ils seront ainsi 60 députées (au lieu de 30 actuellement) et 30 élus de moins de 40 ans. Ce n’est pas suffisant mais cela représente un mieux indéniable. Mais des problèmes et des zones d’ombre, il y en a. Les fauteuils de députation réservés aux jeunes, puisque le terme “jeune” ne spécifie pas s’il s’agit de candidats homme ou femme. La loi ne précise pas, non plus, dans quel ordre établir ces listes nationales. Entre un jeune suivi de deux femmes, l’inverse, ou encore une femme, un jeune, une femme… toutes les combinaisons restent possibles pour les coachs des formations politiques qui ne manqueront pas de s’en servir pour privilégier un candidat par rapport à un autre. Eh oui, plus on est en haut de la liste, plus on a de chance de transformer l’essai.
Mais les Marocains résidant à l’étranger ont été oubliés alors que la Constitution leur garantit le droit d’être électeurs et éligibles.

Pour les programmes, il faudra repasser
A un mois du rendez-vous, peu de partis ont daigné publier leurs programmes dans le détail. Alors que le pays est au bord de la crise cardiaque, les cadors semblent plus préoccupés par les manœuvres politiciennes (pour faire le plein de sièges au parlement) que par la formulation d’une offre politique susceptible d’accrocher l’électeur. Pourtant, les défis à relever pour la prochaine équipe gouvernementale sont énormes, en termes de création d’emploi, de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation, à la santé… Dans tous ces domaines, on n’a jusque-là pas encore entendu les futurs dirigeants du pays. Doit-on déduire qu’ils n’ont en pas vraiment besoin ? Que leur programme sera l’éternel “programme de Sa Majesté”, selon la célèbre formule de Abbas El Fassi ?
Mais ce n’est pas nouveau puisque les programmes ne sont pas respectés, et puis beaucoup confondent programmes et déclarations d’intentions.

Plus qu’anticipées, ce sont des élections précipitées
Fallait-il organiser des législatives anticipées en novembre 2011 ? Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en juillet dernier, la question divise la classe politique. Car si, d’un côté, on considère que “le pays a besoin de tourner assez vite la page du gouvernement El Fassi et de consommer le changement”, d’autres acteurs politiques et associatifs considèrent que le rendez-vous est trop important pour qu’il soit “bâclé” en quelques mois. Il s’agit en effet de la première consultation électorale sous la nouvelle Constitution. Celle censée permettre un renouvellement des élites politiques et une réelle responsabilisation de l’équipe gouvernementale. “Les partis n’ont pas eu le temps de se préparer à ce rendez-vous. Entre les lois électorales et les querelles liées au découpage ou aux candidatures dans les régions, on perd beaucoup de temps dans des considérations logistiques aux dépens de la conception de vrais programmes et la présentation de nouveaux visages”, résume un député.
Mais organiser rapidement des élections permet de ne pas perdre la dynamique enclenchée par la rue et de maintenir la pression sur le futur gouvernement.

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