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Othman El Ferdaous, un intello au gouvernement

Othman El Ferdaous, un intello au gouvernement
avril 06
16:38 2017
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Sur les réseaux sociaux, Othman El Ferdaous est une petite célébrité. L'annonce de sa nomination au poste de secrétaire d'État à l'Investissement a suscité une pluie de réactions et de messages de félicitations. Une question reste en suspens: qu'adviendra-t-il de sa célèbre newsletter? Portrait du benjamin du gouvernement El Othmani.

S'il fait ses premiers pas en politique à 38 ans avec son entrée au gouvernement le 5 avril 2017, Othman El Ferdaous est loin d'être étranger à la chose publique. Son père, Abdellah El Ferdaous, est l'un des membres fondateurs de l'Union constitutionnelle (UC). C'est d'ailleurs sous cette bannière qu'Othman El Ferdaous intègre l'Exécutif, "sur proposition directe de Mohamed Sajid", apprend-on de source autorisée.

Ceux qui le côtoient de près ou de loin parlent d'un homme "affable, sociable et extrêmement intéressant, qui discute énormément avec tout le monde". Surtout, on décrit un homme passionné. "Quelle que soit la conversation, dès qu'il s'empare d'un sujet, il peut en parler pendant des heures, qu'il s'agisse de politique éducative, de l'Union européenne, ou même de thé", nous confie une de ses connaissances. Sa famille maternelle, les Raji, règne sur un empire du thé marocain: Sultan.

Un secrétaire d'État non conventionnel

Le nouveau secrétaire d'État à l'investissement présente le profil original d'un homme de dossiers à l'âme d'intello. Diplômé en finance de l'école française Audencia Nantes, il effectue un passage comme consultant à PricewaterhouseCoopers, avant de se diriger vers... le journalisme en intégrant l'École de journalisme de Sciences Po Paris. Il écrit pour Paris Match ou Private Equity Magazine, essentiellement sur des sujets en lien avec la finance.

De son passage en école de commerce, il garde son approche technicienne, pragmatique, et orientée vers les solutions. Il se fait connaître par la revue de presse OEF (ses initiales) qu'il envoyait depuis 2003, chaque semaine à 5.000 personnes, puis chaque quinzaine, agenda de jeune papa booké oblige.

C'est grâce à cette revue de presse qu'il est repéré par le membre du cabinet royal Karim Bouzida, qui était à l'époque directeur général de Mena Media Consulting, la boite de relations publiques de Fouad Ali El Himma. La mission d'OEF: structurer la veille stratégique de la boite, un secteur qu'il maîtrise parfaitement. Parmi ses clients figurent des administrations publiques, dont le ministère de l'Intérieur. Il y passe près de huit ans, avant de quitter la société et de monter sa propre affaire, Europa Conseil en 2016.

Un tropisme européen assumé

À l'heure où la classe politique marocaine ne jure plus que par l'Afrique, Othman El Ferdaous est un europhile assumé. Une passion ancienne, qui s'est affirmée quand le Maroc a obtenu le Statut avancé avec l'Union européenne. Le sujet le passionne au point de prendre parfois la plume pour écrire sur le sujet, dans les colonnes du Monde et de La Tribune en particulier et d'y analyser les liens entre le Maroc et l'UE. Il intègre même en 2016 l'École Nationale d'Administration (ENA) à Paris en tant qu'auditeur du cycle "Hautes études européennes", une formation payée par Mena Media Consulting.

Celui que TelQuel classait en 2016 parmi "les 50 qui feront le Maroc de demain" nous déclarait "rêver d’une liaison fixe qui relierait le vieux continent au Maroc à travers le détroit de Gibraltar". Quelques mois plus tard, en janvier 2017 il fonde le Club Gibraltar, un think tank dédié à "promouvoir l'ancrage du Maghreb dans le projet européen". Pour préparer ce projet, il adresse pas moins de quatre questions au service des archives européennes concernant la demande d'adhésion du Maroc à l'Union européenne en 1985, et avale des dizaines de rapports et d'ouvrages sur l'Union européenne. D'aucuns disent même qu'il nourrit secrètement le rêve que le Maroc rejoigne l'UE.

Ses proches le décrivent comme un "boulimique de lecture" qui enchaîne essais et ouvrages scientifiques, mais également revues et magazines. Pas de romans par contre. "Pas le temps pour cela", s'amuse-t-il auprès de ses proches. On dit qu'il "ne garde jamais un magazine. Il le laisse sur place quand il finit de le lire, pour que quelqu'un d'autre puisse en profiter".

Les grandes questions stratégiques et géopolitiques ne sont pas le seul centre d'intérêt d'Othman El Ferdaous. Il s'intéresse également de près à l'islam et lit beaucoup sur ses grands penseurs. Un éclectisme qui se retrouve sur le fil Twitter du désormais secrétaire d'État à l'investissement: politiques publiques, économie, Sahara, et soufisme s'y côtoient pêle-mêle. Avec son profil, certains auraient d'ailleurs plutôt vu ce passionné de diplomatie à un poste lié aux affaires étrangères ou à la coopération internationale. Et pour ceux qui se posent la question, la revue de presse OEF est effectivement suspendue pour l'instant.

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