Bataille juridique (et politique) entre Faouzi Chaâbi et Abdelaziz El Omari

La mairie de Casablanca a repris en main l'ancien marché de gros de la ville non sans difficultés. En face, Faouzi Chaâbi (élu PAM) accuse les autorités locales d'abus de pouvoir et conteste le procédé utilisé par le maire PJD Abdelaziz El Omari. Récit d'un conflit commercial sur fond d'opposition politique.

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Miloud Chaâbi (à g.) et Abdelaziz El Omari (à d.) Crédit: Ynna/AIC Press

Le 15 février les caméras de plusieurs médias immortalisent une intervention musclée des forces de l’ordre à Casablanca. La police, accompagnée des équipes du maire PJD Abdelaziz El Omari, s’apprête à prendre possession de l’ancien marché de gros de Belvédère. Faouzi Chaâbi, élu PAM de Kénitra et patron de la chaîne de grande distribution Aswak Assalam qui louait l’emplacement pour y construire un centre commercial, s’interpose. Accompagné de son avocat, le fils du défunt Miloud Chaâbi brandit un jugement en référé du tribunal stipulant l’arrêt temporaire de l’exécution de la décision de la mairie. Il est alors expulsé manu militari par les forces de l’ordre. Cette affaire qui n’était jusque-là que judiciaire prend une tournure politique lorsque l’élu PAM porte plainte contre le maire PJD de la capitale économique.

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À l’origine, Dimco

Comment en est-on arrivé là? Une semaine après cette intervention des forces de l’ordre, Abdelaziz El Omari sort de son habituelle réserve lors d’une conférence de presse tenue le 22 février. Il retrace la chronologie d’une affaire remontant aux années 1990. « La ville de Casablanca a loué l’espace à la société Dimco [détenue par trois actionnaires français, NDLR] en 1997 pour en faire un centre commercial. Le temps d’exploitation a été fixé à neuf ans. Le loyer était d’un million de dirhams annuels pouvant être revu tous les trois ans » explique le maire PJD de Casablanca.

Seulement, « les actionnaires de Dimco ont vu les choses en grand et n’ont pas réussi à honorer leur contrat« , nous explique Faouzi Chaâbi. Nous sommes alors en 2005, et le vice-président du Conseil de la ville de Casablanca propose au patron d’Aswak Assalam  de « reprendre le projet à condition de payer les anciens actionnaires », poursuit-il. « Je voyais grand et j’ai payé le prix fort pour reprendre le contrat [12 millions de dirhams, NDLR] », se souvient l’élu PAM.

Une version des faits d’ailleurs confirmée par l’actuel maire de Casablanca: « les actions détenues par les investisseurs français de la société Dimco ont été transférées à Miloud Chaabi, son fils Faouzi, la société Aswak Assalam et la société Chafiba« . Celui-ci précise néanmoins que « ce n’est qu’en 2009, que la société Dimco a reçu l’autorisation pour réaliser les travaux de réaménagement de l’ancien marché ».

Divergences

Le transfert des actions de la société Dimco à Faouzi Chaabi est le seul point d’accord entre l’homme d’affaires et le maire. Abdelaziz El Omari explique que la mairie de Casablanca a dû intervenir, car « la société n’a pas respecté son cahier des charges ». « Nous avons eu plusieurs blocages qui nous ont empêchés d’avancer dans notre projet », rétorque, pour sa part, Chaâbi qui nous confie que la mairie a refusé le plan de construction que la société leur avait remis arguant « que le centre commercial prévu en sous-sol devait être en surface ». Le blocage sur ce point dure deux ans et demi.

Après 30 mois d’attente, Dimco débute des travaux, mais ceux-ci sont interrompus par « l’inondation des sous-sols [du bâtiment, NDLR] causant de nouveaux retards, car nous devions investir dans le cuvelage [protection des sous-sols contre les gorgés d’eau, NDLR] », explique encore le maire. En 2013, « le conseil de la ville de Casablanca a pris la décision à l’unanimité de rompre le contrat avec Dimco et de transformer le marché de gros en un complexe socioculturel« , poursuit-il.

Contestant cette décision, le clan Chaâbi se tourne vers la justice. S’ensuit  une longue procédure judiciaire, toujours en cours d’après l’élu PAM de Kénitra. Pour sa part, la mairie de Casablanca affirme que la justice lui a donné raison. Qui croire? Quoi qu’il en soit, Faouzi Chaâbi détient bien un jugement en référé du tribunal stipulant l’arrêt temporaire de l’exécution de la décision de la mairie.

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De son côté, Abdelaziz El Omari assure que la décision d’arrêt d’exécution obtenue par le patron d’Aswak Assalam, le jour même de l’intervention des forces de l’ordre, n’a été réceptionnée par la ville que deux jours après, soit le 17 février. « Archi faux », dénonce Faouzi Chaâbi qui assure que l’avocat du Conseil de la ville « était présent lors du rendu du jugement ». « Il les représente et donc de par la loi, ils étaient informés à partir du moment où leur avocat l’était« , relève-t-il.

Quelle sera la suite de ce feuilleton qui dure depuis 20 ans? L’ancien marché de gros est désormais mis sous scellé par la mairie qui a repris possession des lieux. De son côté, Faouzi Chaabi ne compte pas baisser les bras. Il en appelle une nouvelle fois à la justice. « Ce qui m’interpelle le plus, c’est que la mairie a réussi à impliquer les forces de l’ordre en l’absence d’un jugement du tribunal », note le patron d’Aswak Assalam.

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