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Al Adl Wal Ihssane dénonce une purge contre ses membres

Al Adl Wal Ihssane dénonce une purge contre ses membres
février 17
11:12 2017
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105 fonctionnaires, membres du mouvement Al Adl Wal Ihssane, ont été mutés ou démis de leurs fonctions. Les administrations dont ils dépendent se terrent dans le silence.

La mobilisation est en marche dans les rangs d’Al Adl Wal Ihssane (AWI). Dans un communiqué publié le 12 février, la Jamaâ dénonçait le licenciement, et les mutations de plusieurs de ses membres travaillant au sein des ministères de l’Agriculture, des Finances ainsi que de l’Éducation nationale. Sont également concernés les membres du mouvement employés à La Poste et à Maroc Telecom selon AWI. D'après la même source, cette campagne a été lancée à la fin du mois de janvier dans toutes les régions du Maroc. Selon Fathallah Arsalane, porte-parole d’AWI, 105 membres de la Jamaâ sont concernés par ces décisions administratives.

"Poussé vers la sortie"

Parmi les victimes de ce qui est présenté comme une purge par la Jamaâ, figure El Hassan Lesta, inspecteur de l’enseignement secondaire qualifiant à la direction provinciale de Nador qui exerce son métier depuis 22 ans. Le 10 février, il est convoqué par le directeur de l’académie. "J’ai été démis de mes fonctions d’encadrement, de formation et de contrôle pédagogique pour rejoindre l’administration [la direction provinciale, NDLR] qui avait besoin de moi d'après ce qu'on m'a dit", nous confie-t-il.

Seulement, depuis son arrivée, El Hassan Lesta ne s’est vu confier "aucune mission", et n'a "pas de bureau". "C’est une manière de me pousser vers la sortie", dénonce le fonctionnaire qui estime que la décision de sa direction est tout simplement "incompréhensible", car il est "l’unique inspecteur de français de la direction provinciale de Nador". D'après lui, la région de l’Oriental n’en compte "que trois au total". "C’est dire le manque cruel d’effectif, surtout face aux grands chantiers qu’ambitionne de réaliser le ministère", déplore El Hassan Lesta qui compte porter l'affaire en justice.

Abdelkhaled Bouzaine a lui été démis de ses fonctions. Le 31 janvier 2017, ce chef de service des aménagements au sein de la direction provinciale de l’Agriculture de Sidi Kacem a "reçu un fax du ministère de l’Agriculture [le] déchargeant de ses fonctions" qu’il occupait depuis 11 ans. "C’est une manière de me licencier", estime le membre d’AWI, employé de la fonction publique depuis 18 ans. Pour Bouzaine ce sont ses "appartenances politiques" qui ont mené à sa mise à l'écart.

"Pas de menace pour l'État"

Cette "campagne" visant les membres de la Jamaâ est menée de "manière perpétuelle", mais "a pris une nouvelle ampleur" selon Mohamed Salmi, coordinateur des droits de l’Homme au sein d’AWI.  "Ces personnes n’ont pas failli à leur mission. Elles font leur travail de manière légale, ne menacent pas la stabilité de l’État, n’enfreignent pas les règles, et se conforment aux directives de leurs ministères respectifs", assure-t-il.

Cette vague de décisions administratives ne semble pas toucher les autres mouvements islamistes. Ceux-ci déplorent néanmoins le sort des membres d'AWI. Contacté par Telquel.ma, Abdelali Hamieddine se veut prudent. "Toutes les décisions qui ne sont pas justifiées relèvent de l’abus de pouvoir. S’ils [les membres d'Al Adl Wal Ihssane, NDLR] estiment qu’elles ne sont pas légales, ils devraient porter leur dossier au tribunal administratif", nous déclare le militant PJD.

Pour sa part, Mohamed Chikhi, président du mouvement Unicité et réforme (MUR), n’a pas relevé de décision administrative impactant les membres de son mouvement. Il estime que "les membres d’Al Adl Wal Ihssane sont des citoyens comme les autres. Ils devraient être traités selon la loi et la constitution".

Grève de soutien

La mobilisation des membres d’Al Adl Wal Ihssane a généré un mouvement de solidarité indirect. Cinq syndicats de l’enseignement, dont la CDT et la FDT, ont dénoncé une vague de licenciement "illégale" sans mentionner directement AWI. Les centrales syndicales appellent à la tenue d’une manifestation de protestation le 19 février à Rabat, rapporte le site d’information Lakome2.ma.

De son côté la conseillère istiqlalienne Khadija Zoumi  a rédigé une question écrite adressée au ministre de l’Éducation nationale lui demandant de rendre des comptes sur la série de licenciements de cadres dans son ministère. "Je ne connais pas les dessous de l’histoire, mais j’ai posé la question innocemment pour comprendre", nous déclare-t-elle, précisant cependant que "c’est une question qui n’a pas été transmise, car il n’y a pas de contrôle au parlement. Le gouvernement de gestion des affaires courantes ne donne suite à aucune question".

Malgré les "pressions", la Jamâa entend ne rien lâcher. "C'est une guerre menée pour semer la zizanie au sein de notre organisation, mais ils n'auront pas raison de nous", martèle Mohamed Hamzaoui, responsable des affaires extérieures d'AWI. "Si cette campagne avait concerné une autre organisation que la Jamâa, cela aurait donné un scénario comme en Libye ou en Syrie, mais nos valeurs sont claires. Nous sommes contre la violence", explique le coordinateur des droits de l’Homme d’AWI. "C'est pour cette raison qu'on lance un appel aux sages décideurs pour mettre fin à cette campagne" exhorte-t-il.

Contactée par Telquel.ma, la cellule de communication du ministère de l'Éducation nationale s'est refusée à tout commentaire. Celle du ministère des Finances explique "ne pas avoir d'information à ce sujet". Le ministère de l'Agriculture reste injoignable à l’écrire de ces lignes.

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