Maroc

Maâti Monjib: «Si la loi était respectée, Hicham Mansouri aurait dû être relâché»

Maâti Monjib: «Si la loi était respectée, Hicham Mansouri aurait dû être relâché»
avril 09
10:42 2015
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Maâti Monjib, président de l’Amji, revient sur la condamnation à 10 mois de prison ferme pour « complicité d’adultère » de Hicham Mansouri, qui a entamé une grève de la faim.

Hicham Mansouri, chef de projet de l’Association marocaine des journalistes d’investigation (AMJI), et « la femme qui a été arrêtée en sa compagnie » ont été condamnés à 10 mois de prison ferme et 40 000 dirhams d’amende le 31 mars pour « complicité d’adultère », au terme d’un procès qualifié « d’arbitraire » par plusieurs ONG marocaines et internationales. Dans un communiqué rendu public mercredi 8 avril, le militant a annoncé qu’il entamait une grève de la faim.

Crédit : Rachid Tniouni

Crédit : Rachid Tniouni

L'historien Maâti Monjib, président de l’Amji et membre actif du comité de soutien à Hicham Mansouri, revient sur l’affaire. Entretien.

Telquel.ma : Hicham Mansouri a rendu public mercredi un communiqué dans lequel il annonce entamer une grève de la faim. En tant que membre de son comité de soutien, qu’est ce que vous pouvez nous dire de plus sur cette décision?

Maâti Monjib : Hicham Mansouri a décidé de faire cette grève de la faim, et il a rendu public le communiqué pour en informer l’opinion. Le communiqué à lui seul ne peut élucider toutes les raisons qui l’ont poussé à prendre cette décision. Hicham Mansouri a été atteint dans sa dignité, il est en train de subir une injustice inqualifiable. C’est une vengeance des autorités. Je dis ça parce que depuis quelques mois déjà il subit des pressions pour se retirer de l’Amji. Il en est la cheville ouvrière, cette association ne peut marcher correctement sans lui.

Vous avez affirmé à plusieurs reprises que ce que subit Hicham Mansouri est du à son travail dans l’Amji. Avez-vous des éléments pour étayer cette affirmation ?

Depuis 2009, date de la création de l’association, la wilaya a refusé à plusieurs reprises notre dossier d’enregistrement. Un des employés nous a dit une fois que « l’investigation était du ressort de la police et pas du journalisme ». Les autorités n’ont reconnu l’Amji que le 21 février 2011 grâce au souffle du Printemps arabe sur la région. Mais dès que cette parenthèse est passée, à partir de 2013, les autorités ont commencé à nous empêcher de faire correctement notre travail en nous suivant dans la rue, en envoyant des agents secrets participer à nos activités. En 2014, Hicham et moi-même avons commencé à recevoir des menaces anonymes. Et seulement deux jours après les dernières menaces que j’ai reçues, le 24 septembre 2014, Hicham Mansouri, qui venait de me dire au revoir une minute avant, a été agressé de nuit par trois hommes baraqués, dont un est resté sur le siège du conducteur d’une voiture noire aux vitres fumées. Bref, on voyait bien que c’était des professionnels.

Depuis ce jour, les menaces à l’encontre de Hicham se sont accentuées, il a parfois été pris en filature par une voiture qui se garait après dans le parking de l'immeuble, il a eu peur, mais il a tenu bon jusqu’à ce qu’il soit arrêté.

Comment s’est passée l’arrestation ?

Il m’a raconté que dix policiers en civil ont défoncé la porte, qu'ils l’ont battu et l’ont entièrement déshabillé et l’ont filmé en l’obligeant à se mettre sur le lit avec la femme. Il a aussi décrit par écrit ce moment d’une façon qui a fait pleurer ceux qui ont lu son récit. Rappelons que les policiers ont passé, selon son frère et un ami à lui présents sur les lieux, plus de 30 minutes à casser la porte. Et d’après le témoignage écrit qu’il nous a fait parvenir après son arrestation, il a cru que c’était une agression de civils, comme le 24 septembre dernier. C’est à ce moment-là que le chef du commando a dit « Police, police ! ». Hicham est une personne très frêle, il a une santé fragile. Sur le moment, il a perdu ses moyens. Où est l’État de droit dont on parle ? Pourquoi toute cette violence ? On a eu le témoignage de quelqu’un qui  se trouvait devant le commissariat et qui a déclaré que c’était la première fois qu’il voyait une personne appréhendée arriver avec seulement une serviette sur elle…

Lire aussi : Presse : la très controversée arrestation du militant Hicham Mansouri

Et au commissariat ?

Là-bas, il a été interrogé selon lui par 11 personnes de trois services différents. Les enquêteurs l’ont traité avec respect et lui ont posé des questions sur trois choses : ses relations avec le Mouvement du 20-Février, avec la salafia et avec moi-même. Et une fois en prison, quelqu’un qui travaille là-bas l’a apostrophé d'un « C'est toi celui qui est du 20-Février, les services sont venus avant toi ici, tu seras détenu ici ». C’est une cellule d’une capacité de 16 personnes mais qui en compte 41. On le met par vengeance avec des prisonniers de droit commun dont certains sont très dangereux. Il l’a échappé belle récemment lors d’une bagarre entre deux clans avec usage de couteaux et lames de rasoir…

Il y a plusieurs ONG internationales qui ont commencé à s’intéresser à l’affaire. On y compte la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, le Comité pour la protection des journalistes, Reporters sans frontières, l’Organisation mondiale contre la torture et d’autres. Comment recevez-vous ce soutien ?

Hicham exige que les autorités arrêtent d’intervenir dans l’affaire. Ses avocats assurent qu’au moment où ils parlaient au mari de la femme en question en plein tribunal, deux agents en civil sont intervenus et l’ont tiré par l’épaule, puis l’ont fait partir : il leur avait dit qu’il ne porterait pas plainte contre sa femme si celle-ci renonçait à la pension des enfants. Il a fallu la protestation de maître Benameur, l'un des deux avocats de la défense, dans le bureau du procureur et plusieurs coups de fil de celui-ci pour que les services ramènent le monsieur, qui du coup a dit qu’il ne voulait plus retirer sa plainte. Cette intervention en plein tribunal est une honte.

De même, la femme qui était avec Hicham affirme qu’on lui a présenté un PV et qu’on lui a demandé de le signer avec la promesse et qu’elle serait relâchée et que c’est Hicham qui était visé dans cette affaire. Elle a dit cela publiquement. Cette personne s’est toujours présentée à Hicham comme divorcée, elle a confirmé cela dans le PV de la police et tout au long du déroulement de l’affaire. Si la loi était respectée, Hicham aurait été relâché.

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