Bin Bin, une invitation au voyage

Délurée, drôle et énergique, la pièce Bin Bin a remporté le grand prix du 16e festival national de théâtre de Meknès. Le troisième en quatre ans pour l’association « Nous jouons pour les arts ».

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Photo : DR

Avant de vous installer confortablement dans votre siège, une hôtesse de l’air et un steward vous accueillent. Ces deux comédiens vous remettent votre ticket d’embarquement. Car embarquement il y aura. La pièce écrite par Mahmoud Chahdi, Tarik Ribh et Allae Hammioui se veut une invitation au voyage. Bin Bin est un périple entre rêve et poésie, avec une bonne dose de punch. Dès la première scène, le ton est donné : des personnages divers et survoltés défilent sur les planches au son de la batterie. La pièce est composée de plusieurs saynètes qui racontent chacune une rencontre. Un face-à-face où s’affrontent les cultures, les différences. Le ridicule et l’absurde alimentent à merveille le ton comique de la pièce dans laquelle le rire est le meilleur moyen de tomber les armes. Et pour enrichir les échanges, musique et danse emboîtent le pas au texte. Rock-chaâbi, musique traditionnelle, chanson à texte ou encore quelques solos de batterie et de guitare accompagnent les petites histoires de ces personnages qui ne se rencontrent que pour mieux s’apprécier.

Contre les préjugés

Parmi la foultitude de personnages qui animent Bin Bin, on croise Hammouda qui rencontre pour la première fois un homonyme. L’un est blasé par sa vie d’émigré et l’autre rêve d’un ailleurs qu’il imagine paradisiaque. Il y a aussi ce couple mixte judéo-musulman, qui ne cesse de se déchirer, en affrontant l’hostilité de cet « autre » qui s’immisce même dans les choix les plus intimes des individus. Sans oublier le personnage attachant de ce jeune pseudo-raté qui invoque sa mère en dernier recours… De tous ces  écorchés vifs, il ne restera qu’une chose : l’humanité qui n’est jamais très loin pour peu qu’on gratte légèrement les couches superficielles. « Cette pièce, c’est d’abord et avant tout un hommage aux relations humaines. La tolérance, l’interculturalité, l’identité… Bin Bin raconte tout cela et dénonce les préjugés et le conditionnement qui nous séparent les uns des autres », commente le comédien Malek Akhmiss, qu’on a vu récemment dans C’est eux les chiens, le film de Hicham Lasri. Dans cette pièce, il campe avec brio plusieurs personnages, dont Hammouda et la danseuse délurée de la pièce. Il est accompagné de Hajar Chargui, aussi bien à l’aise dans le jeu que dans le chant, et Adil Abatourab, très énergique sur scène. Ces acteurs appartiennent à la même promotion (2006) de l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC). Ensemble, ils ont décidé de créer une plateforme pour soutenir le théâtre et les arts de la scène. L’association « Nous jouons pour les arts » est née de ce projet.

Le Grand prix, et après ?

Après la consécration au Festival national du théâtre, Bin Bin s’apprête à partir en tournée en Allemagne, en Belgique et en France, avant de revenir au Maroc. Des représentations sont prévues en juillet à Fès, Casablanca, Kénitra et El Hajeb. Mais si le public et le succès sont au rendez-vous, le metteur en scène tient tout de même à pousser un coup de gueule. « Nous avons gagné trois fois le Grand prix du Festival national du théâtre à Meknès, et pourtant, jusqu’à présent, aucune chaîne de télé ne nous a contactés ! », déplore Mahmoud Chahdi, également président fondateur de l’association. Il est vrai qu’il est de plus en plus rare de voir des pièces de théâtre sur nos chaînes nationales. Et pourtant, le dramaturge raconte que sa vocation, il la doit certainement à la pièce Al Harraz de Tayeb Seddiki, qu’il avait vue sur petit écran.  

Anass Bennis

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