Culture

Portrait. Le cheikh du hip-hop

Portrait. Le cheikh du hip-hop
janvier 31
18:12 2013
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Jeune, talentueux et un tantinet pjdiste, Chekhsar vient une nouvelle fois de sortir un tube sur le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. Zoom sur un rappeur au succès grandissant.

 

Vous connaissez certainement le Gangnam style de la révélation coréenne Psy, mais vous n'avez peut-être pas entendu sa parodie marocaine, Wa hiya Benkirane. Le tube a fait pourtant le tour des réseaux sociaux, et le clip a été visionné près de 200 000 fois sur YouTube, preuve s'il en est du succès de la dernière chanson de la révélation hip-hop de ces dernières années : Ilyass Lakhrissi, alias Chekhsar. Originaire d'Errachidia, 21 ans et toutes ses dents, le chanteur s'est, ces dernières années, spécialisé dans la musique politique ou, comme il le définit lui-même, le “rap conscient”. Depuis un an, il affiche publiquement sa sympathie pour Abdelilah Benkirane et pour le parti de la lampe.

 

Benky est dans la place

Flash-back. Les faits remontent à 2009, sous le gouvernement El Fassi, période où le jeune Ilyass s'attaque frontalement aux ministres de l'ancien gouvernement. Tout commence avec la chanson Lettre à Karim Ghellab, un véritable pamphlet qui critique la loi sur le nouveau Code de la route. Chekhsar s'est ensuite lancé dans une série de tubes engagés politiquement, notamment sur le clan El Fassi ou encore sur Yasmina Baddou, l'ancienne ministre de la Santé. Le Mouvement du 20 février étant passé par là, ce fut l'occasion pour l'artiste de sortir un tube retentissant, qu'il n'hésite pas à intituler Lettre à Sa Majesté le roi. Une chanson dans laquelle le MC s'adresse directement au monarque, l'exhortant à s'occuper d'un peuple malmené par une classe politique corrompue. Artiste prolifique, Ilyass a trouvé en l’année 2011 une source d'inspiration intarissable, jusqu'au fameux mois de novembre où, en pleine campagne électorale, le jeune rappeur est invité à chanter quelques-uns de ses tubes lors d’un meeting du PJD, en présence de son secrétaire général, Abdelilah Benkirane. “Au départ j'ai été contacté par le maire d'Errachidia qui est membre du PJD. Il m’a dit qu’il avait apprécié mes chansons et, ensuite, il m’a présenté à Lahbib Choubani (à l’époque candidat PJD à Errachidia et aujourd’hui ministre)”, raconte Chekhsar. Les événements se sont alors rapidement enchaînés jusqu'au jour où il est décoré par Benkirane himself.

 

Self made man

Chekhsar réside aujourd'hui à Rabat, où il poursuit des études en management d'entreprises. “Cela fait à peine un an que je vis ici, les choses se passent plutôt bien, j'arrive à allier ma vie d'étudiant avec celle d'artiste”, déclare Ilyass, après avoir raconté sa vie passée à Errachidia, petite ville du sud-est du royaume où le chômage atteint des records. C'est que le jeune rappeur revient de loin. Fils unique, Chekhsar a toujours vécu dans un ménage à deux, avec sa maman. “Financièrement, les choses n'étaient pas simples, je devais souvent enchaîner les petits boulots, notamment dans le BTP, pour pouvoir payer les studios d'enregistrement”, raconte Chekhsar non sans un brin de fierté. Quant aux origines de son blase, qui ressemble étonnamment au nom d'une ancienne star sénégalaise du Raja de Casablanca, Ilyass déclare que c’était à l’origine un quolibet, un surnom que lui auraient donné oulad derb en raison de sa ressemblance avec le footballeur. “Au départ, mes potes du quartier m'ont collé ce surnom pour se payer ma tête. Mais j'ai appris à l’apprécier, d'autant que c'est un pseudo qui sonne bien”, reconnaît-il. Chekhsar bénéficie aujourd'hui d'une certaine notoriété, et il n'est pas rare de le voir invité dans des émissions de radio, qu’elles soient culturelles ou politiques.

 

À qui le tour ?

“Contrairement à ce que les gens m'ont reproché, la parodie de Gangnam style n'est pas une attaque contre Benkirane, mais une chanson où je tourne l'opposition en dérision”, tient à préciser Ilyass. Il est vrai que lorsqu’on écoute la chanson, Chekhsar s'amuse à descendre les arguments des partis de l'opposition, allant jusqu'à les qualifier des fameux “tamassih et âafarite”. Comprenez, crocodiles et démons, qualificatifs rendus célèbres par les sorties médiatiques du Chef du gouvernement. “L’objectif de ma chanson est d’exhorter Benkirane à tenir ses engagements. S'il a des problèmes à réformer le pays, qu'il nous le dise franco. Ce serait tout à son honneur”, déclare-t-il. Et lorsqu'on lui demande quelle sera sa prochaine cible ? Il répond : Hamid Chabat, le très controversé nouveau leader de l'Istiqlal. Alors, après la parodie de Gangnam style, doit-on s'attendre à Chabat en mode Aziz El Berkani ?

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