Domaine du Val d’Argan: à la découverte du vin bio marocain

DR

Domaine du Val d’Argan: à la découverte du vin bio marocain

C’est par un après-midi ensoleillé qu’Ahmed Eddibi nous a accueillis dans le Domaine du Val d’Argan. Située à une trentaine de kilomètres de la ville d’Essaouira, cette exploitation fondée par Charles Mélia, en 1994, produit les seuls vins certifiés bio au Maroc. Reportage.

Par

Plusieurs variétés de pieds sont plantées dans le Domaine du Val d’Argan. On en cite la roussane, le grenache noir, le grenache blanc, l’ugni blanc, le bourboulenc, le muscat blanc à petits grains, le muscat noir, le viognier, le mourvèdre, le syrah, le marselan ou encore le nielluccio. A chaque espèce correspond un caractère au niveau de la texture et du goût. “Il s’agit d’un cépage entièrement rhodanien, provenant de Châteauneuf-du-Pape dans la vallée du Rhône où Charles Mélia possède le Domaine de la Font du Loup”, nous explique Ahmed Eddibi, fondé de pouvoir pour la gestion du Domaine du Val d’Argan, où il exerce depuis 17 ans. Le savoir-faire est également importé de la vallée du Rhône. “Les employés du Domaine sont autodidactes. C’est en pratiquant qu’ils ont développé les bonnes techniques”, avance fièrement Eddibi.

S’étendant sur 52 hectares, dont 50 cultivés, le domaine produit en moyenne 1.200 hectolitres de vin, ce qui représente un volume de 120.000 à 160.000 bouteilles par an, en fonction des saisons. En effet, la culture étant biologique, la production varie d’une année à l’autre en fonction, principalement, des conditions climatiques. D’où l’attention particulière accordée aux plants de vignes. Des rosiers sont placés à l’entrée des vignobles. “Les roses étant plus sensibles, elles indiquent instantanément l’apparition d’anomalies. On peut à ce moment-là agir avant que les symptômes ne soient visibles sur les vignobles”, nous indique-t-on lors de la visite guidée du domaine.

“Notre force, c’est notre terroir !”

Chaque année, les productions du Domaine du Val d’Argan sont entièrement écoulées. On retrouve dans le top des ventes La gazelle de Mogador, médaillée de bronze à l’International Wine Challenge, en 2017. Ahmed Eddibi indique qu’il s’agit du “vin d’entrée de gamme de notre domaine. Il représente 40 à 50% de la production du domaine”. Dans la catégorie des grands vins, on retrouve “Le Val d’Argan” en blanc, rosé ou rouge, et les vins de luxe du Domaine “Orian du Val d’Argan” rouge (médaillés d’or à l’International Wine Challenge en 2017), blanc et doré. Ces vins sont produits avec la certification bio, selon les normes européennes en vigueur. “Le mode de production des vins répond au cahier des charges de la certification de l’Union européenne n°834-2007. Nous sommes actuellement les seuls producteurs de vin à disposer de ce label”, déclare notre hôte, avant de poursuivre : “Le fait que nous soyons une petite exploitation nous aide à donner le mieux de ce que nous pouvons produire. Si nous ne pouvons jamais être en concurrence avec les grandes exploitations, du fait de notre faible production, nous pouvons les distancer par la qualité des vins que nous produisons”. Eddibi déclare, à ce propos, qu’en plus de la certification bio, “ce qui fait du vin du Domaine du Val d’Argan un vin tant apprécié, c’est la nature du terroir dont il est issu. Il s’agit d’un terroir argilo-calcaire dans un climat semi-aride balayé par un mistral quasi-permanent qui convient idéalement aux différents cépages rhodaniens. L’irrigation se fait aussi de façon soignée et raisonnable avec la technique du goutte-à-goutte”.

Pour l’heure, le vin produit est principalement destiné au marché local. Toutefois, “en plus du restaurant La Mamounia à Lille que nous alimentons avec nos vins, des commandes à l’international commencent à tomber. A ce stade, nous avons exporté 1.400 bouteilles en Côte d’Ivoire de toute la gamme de vins du domaine, et avons reçu une commande de l’Île Maurice qui nous a commandé 600 bouteilles. Nous attendons actuellement les retombées”, poursuit le gérant du domaine.

En plus des vignobles, le domaine est surplombé par un restaurant boisé et lumineux, où il est possible de déguster les différents vins produits par le domaine, accompagnés de plats marocains adaptés à la dégustation. A quelques mètres de là se tient le Ryad des Vignes, une villa d’hôtes mitoyenne à la résidence de Charles Mélia, construite en pierre, chaux et bois, donnant sur une grande piscine accessible aux locataires de la villa chaque année à partir du mois de mars. Le cadre n’est pas sans rappeler l’esprit même de l’exploitation où règne une atmosphère paisible.

“Les produits bio marocains ont besoin de plus de soutien”

Ahmed Eddibi plaide pour plus d’implication de l’Etat dans le soutien des produits bio. “Nous avons reçu la certification bio européenne sur nos produits et nous attendons toujours celle de la Fédération interprofessionnelle marocaine de la filière biologique (Fimabio)”, nous apprend notre source, qui souhaiterait une plus grande implication étatique afin d’encourager les exportations des produits bio marocains à l’international. Une anecdote a particulièrement marqué Ahmed Eddibi, lorsqu’“un producteur de vin bio espagnol voulait s’introduire dans le marché marocain en proposant un vin dont le coût de revient, après transport, se situe à 16 dirhams, très en dessous du coût de revient normal pour les vins bio. Après enquête, nous avons découvert que ce vin était entièrement subventionné par l’Etat”. Et il se demande : “Comment pourrions-nous faire concurrence à ce produit sur le marché international sans le soutien de l’Etat ?”.

A noter que le Val d’Argan sera présent au SIAM à travers un stand destiné à l’huile d’olive, car en plus des plantations de vignes, la ferme dispose de 800 oliviers, produisant une huile extra-vierge du territoire Chiadma. “Notre huile d’olive est également très appréciée. Nous sommes d’ailleurs en train de moderniser le processus de fabrication”, conclut Eddibi.

Article de Telquel Content Studio rédigé par Converge Media. Telquel Content studio est un département du groupe Telquel Media, indépendant de la rédaction.

article suivant

ô Canada, ou l’inexplicable exode