La mesure en question porte sur l’article 30 de la loi n°17-04, introduite au Parlement en mars 2026 et adoptée par la première chambre début juin. Si elle est confirmée par la deuxième chambre, elle réservera aux officines la commercialisation des compléments alimentaires présentant un « effet thérapeutique ».
La Coalition, qui réunit plus de dix associations professionnelles et 150 entreprises signataires d’une pétition en ligne — dont dix laboratoires fabricants —, avertit que cette mesure « réduira le choix des consommateurs », entraînera « une hausse injustifiée des prix » et affectera plus de 5 000 entreprises ainsi qu’environ 40 000 emplois directs et 80 000 emplois indirects liés au secteur.
Ses membres dénoncent également l’absence de concertation préalable avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur : fabricants, importateurs, distributeurs, opérateurs du commerce électronique, parapharmacies et commerces spécialisés.
La Coalition rappelle que les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments et qu’ils sont déjà régis par la loi n°28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, sous le contrôle de l’ONSSA. Elle souligne qu’« aucune donnée scientifique ou sanitaire n’a été présentée pour démontrer l’existence d’un risque général justifiant un monopole de distribution ».
Badr Bouarich, directeur général d’un laboratoire privé et porte-parole de la Coalition, a déclaré : « Les compléments alimentaires doivent être correctement encadrés, mais la réglementation ne doit pas être confondue avec la monopolisation. La proposition actuelle transférera tout un marché vers un seul canal de distribution, sans démontrer que cette mesure est nécessaire, proportionnée ou bénéfique pour les consommateurs. »
La Coalition plaide pour un renforcement des mécanismes existants de contrôle et de traçabilité, plutôt que l’instauration d’un monopole, et appelle le gouvernement, les partis politiques et les membres du Parlement à retirer la modification proposée.
En juillet 2025, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) avait adressé une plainte officielle au ministre de la Santé et de la Protection sociale concernant la commercialisation illégale de produits à base de plantes médicinales relevant du monopole officinal.
La CSPM avait recensé la vente en dehors du circuit des pharmacies de produits contenant des plantes médicinales soumises au monopole pharmaceutique. Ces ventes ont lieu « dans des herboristeries, boutiques ‘bio’, plateformes numériques et parapharmacies non habilitées », notait la CSPM.
Parmi les exemples cités figurent le Panax ginseng (pharmacopée UE + USP) vendu sur des sites e-commerce pour « la vitalité et la mémoire », l’Hypericum perforatum (pharmacopée UE) commercialisé dans des herboristeries urbaines contre « l’anxiété, humeur », ou encore la Passiflora incarnata (pharmacopée UE) proposée dans des boutiques bio locales contre « l’insomnie ».
Selon la CSPM, « ces produits, bien que présentés comme ‘naturels’, contiennent des principes actifs à effet pharmacologique reconnu, et ne devraient être délivrés que sous supervision pharmaceutique. »
L’organisation s’appuie sur plusieurs fondements juridiques : l’article 4 de la loi 17-04 définissant le médicament comme incluant « toute substance ayant un effet physiologique », l’article 30 établissant le monopole des pharmaciens sur la dispensation, l’article 108 interdisant la vente en dehors de l’officine, et l’arrêté ministériel du 30 avril 2019 adoptant les pharmacopées européennes et américaines comme références officielles.
