Honoré ce vendredi 15 mai par le 24ᵉ Festival international du cinéma d’animation de Meknès (FICAM), dont l’édition 2026 est placée sous le thème “La jeunesse fait son cinéma d’animation”, Fayez Al-Sabbagh, fondateur et président de Spacetoon, revient pour TelQuel sur l’héritage de la chaîne qui a marqué une génération arabophone et trace les contours de son avenir : co-productions marocaines, irruption de l’intelligence artificielle, expansion turque et bataille face aux plateformes.
TelQuel. Vous êtes honoré aujourd’hui par le FICAM, après 26 ans à la tête de Spacetoon. Que représente cette reconnaissance marocaine ?
Fayez Al-Sabbagh. Nous sommes très fiers de toucher les Marocains à travers la langue arabe. Les défis ont été immenses pour parvenir au Maghreb en arabe classique. Je suis très fier de ce festival qui honore Spacetoon après 26 années à s’adapter au monde arabe. Spacetoon a su intégrer des cultures venues d’horizons divers d’une manière acceptable pour le monde arabe, sans véritablement entrer en conflit avec lui.
Spacetoon s’est imposée par un doublage en arabe classique d’une qualité reconnue. Restez-vous attaché à ce choix linguistique, et pourquoi ?
Bien sûr. La langue arabe est en elle-même extrêmement riche — l’une des langues au monde les plus riches en vocabulaire. Le succès que nous avons construit en arabe, nous le poursuivrons, inchallah.
Le Maroc s’efforce de structurer une industrie nationale de l’animation, et le FICAM en est l’un des moteurs. Envisagez-vous des co-productions ou des partenariats concrets avec des studios marocains, au-delà de l’hommage symbolique ?
Franchement, notre présence ici a précisément pour but d’étudier, avec les sociétés de production présentes, ce que nous pourrions faire ensemble — de la co-production, en somme. Nous y sommes prêts.
Le cinéma d’animation arabe reste embryonnaire face aux industries japonaise, américaine ou européenne. Pourquoi, selon vous, la région peine-t-elle à produire ses propres œuvres à grande échelle ?
Soyons réalistes : la réponse, c’est le financement. En Europe, au Japon, partout dans le monde, il existe des dispositifs spécifiques pour financer l’animation. Sans financement, aucun pays, aucune communauté ne peut s’imposer. Le talent existe, il y a de très belles choses dans notre monde — mais le levier essentiel, c’est le financement.
Le paysage des médias jeunesse a explosé : YouTube Kids, Netflix, TikTok. Comment une chaîne linéaire reste-t-elle pertinente face à ces géants qui captent l’attention des enfants seconde par seconde, et où en êtes-vous dans votre transformation numérique ?
Ce défi est immense, et toutes les télévisions du monde y font face. Hamdoulillah, nous avons lancé Spacetoon Go, sur le modèle de Netflix. Notre chaîne YouTube, elle, est très puissante : plus de cinq milliards de vues. Nous vivons sur les réseaux sociaux en même temps qu’à la télévision, inchallah.
L’IA générative refaçonne déjà la chaîne de production de l’animation, du storyboard au doublage. Comment Spacetoon se positionne-t-elle ? Est-ce une menace ou une opportunité pour la création arabe ?
Je pense que l’IA va aider la créativité. Elle aidera beaucoup les créatifs et accélérera la production. Les sociétés de production doivent s’approprier l’IA pour la mettre au service des créatifs : c’est l’essentiel. Mais cela doit rester un mix, et non l’IA seule.
Vous avez lancé Spacetoon Türkiye avec, à sa tête, Kemal Coşkuner, ancien directeur de Disney Channel Türkiye. Pourquoi la Turquie, et envisagez-vous une expansion vers l’Afrique francophone, anglophone ou hispanophone ?
Notre expansion en Turquie tient à une raison fondamentale : les Turcs sont culturellement très proches de la région arabe, ce sont des frères, au sens large. Nous avons voulu y reproduire l’expérience réussie dans le monde arabe, d’autant plus que d’autres chaînes y reculent. Pour le reste, franchement, nous ne raisonnons pas par zone géographique. Nous regardons le marché : où il est, ce dont il a besoin — et nous produisons en fonction. S’il y a un marché en espagnol, pas de problème pour y aller. Là où il y a un marché, nous y sommes.
