Selon nos confrères de TelQuel Arabi, son nom est Mustapha Brouzi Chairi et il a toujours réussi à tromper la vigilance des polices marocaine et espagnole jusqu’à ce qu’il tombe dans les filets de la deuxième, le 27 mars, lors d’une grande opération coup de poing qui s’est soldée par plusieurs arrestations et la saisie d’un très précieux butin de guerre dont plusieurs voitures de luxe et plus d’un demi-million d’euros.
Le zaïm, c’est lui
Ainsi, l’on apprend que notre homme est âgé de 45 ans et qu’il était employé comme cadre à Amendis, la société qui assure la gestion déléguée de la distribution de l’eau et de l’électricité dans plusieurs villes du nord du pays. D’ailleurs, c’est le nom qui était utilisé par les membres du réseau pour l’appeler ou pour parler de lui. Le secret qui lui a permis de rester libre de ses mouvements pendant plusieurs années ? Une action dans la plus totale des discrétions et le recours, entre autres, à une communication cryptée difficile à déchiffrer pour les enquêteurs.
Au Maroc, l’“ingénieur des tunnels” avait pour habitude de prendre son café matinal dans l’un des chics cafés de la station balnéaire où il s’attablait avec le propriétaire dont l’évolution de l’enquête a confirmé qu’il était également impliqué dans l’un des plus importants réseaux de trafic de drogues entre le Maroc et l’Espagne.
Tout a commencé en juin 2025 quand notre homme, qui circulait à bord de sa voiture à Sebta, reçoit l’appel de l’un de ses partenaires qui demandait après une cargaison de drogue qui devait arriver en Espagne. “Il y a du travail”, lui aurait-il répondu tout simplement, pour signifier que c’était en cours. Il lui arrive aussi d’user d’autres mots très banals pour coordonner son trafic comme “moto” en allusion aux moyens de transport, “match de foot” pour l’opération de trafic, “coffres” pour les ballots de drogue, “pneus” pour les camions…
Le qualifier de pleins aux as serait un grand euphémisme. L’homme possédait beaucoup de biens immobiliers sur les deux rives dont une maison à Sebta et une autre dans la région de Malaga. Il utilisait une moto pour ses déplacements et vivait ce qui ressemblait de paisibles moments : des repas partagés avec ses amis et collaborateurs à Puerto Banus à Marbella ou avec sa famille à Cabo Negro côté marocain.
Quant à sa véritable influence, les investigations ont démontré qu’il était à la tête d’un vaste réseau bien structuré et s’activant aussi bien au Maroc qu’en Espagne, en France et aux Pays-Bas.
Placé sur écoute, et le sachant bien évidemment, ses communications ont révélé qu’il bénéficiait de complicités des deux côtés de la frontière. “Quand tu ne vas pas en prison alors qu’ils savent que c’est toi, sache qu’ils ouvrent une nouvelle enquête”, aurait-il confié à l’un de ses hommes de main. Avec la multiplication des saisies de drogue à Almeria, à Cordoue et à Malaga, le réseau a commencé à encaisser les coups durs de la police en Espagne. En février 2025, les enquêteurs ont découvert le premier tunnel et les investigations se sont accélérées.
13 mois de surveillance plus tard
Le zaïm des trafiquants est soumis à une surveillance policière plus appuyée et le deuxième tunnel est découvert comportant un puits profond de 19 mètres et toutes les facilités pour les besoins du trafic comme un petit système ferroviaire. Les documents de l’enquête parlent d’un individu qui ne bouge pas trop, mais qui tire toutes les ficelles de manière magistrale lors de toutes les phases du trafic. Il procédait toujours à des sortes de repérages, surveillant les faits et gestes de ses hommes et va même plus loin en précédant, à moto, ses cargaisons de drogue. Son objectif a toujours été d’avoir une longueur d’avance sur la police, ses emplacements et ses points de contrôle.
Les enquêteurs le décrivent aussi comme quelqu’un qui faisait difficilement confiance et qui surprenait par sa capacité à réagir et très vite à tout imprévu en prenant la décision opportune. Il n’hésitait pas non plus à s’improviser porte-faix pour charger et déplacer lui-même les ballots de drogue et à s’acquitter de toutes les tâches nécessaires pour le transbordement et le stockage.
“Il participait à toutes les réunions de coordination au niveau de cercles très restreints tout en s’entourant d’individus payés pour assurer sa sécurité”, révèlent les documents de l’enquête.
Il en ressort de tous ces éléments que Chairi n’était pas un simple exécutant, mais le véritable patron, le coordinateur et le chef sur le terrain, le logisticien et le transporteur. C’est ce qui lui a permis aussi de rester dans l’ombre pendant plusieurs années.
Une affaire hispano-marocaine ?
Interrogée par TelQuel sur la véracité de ces données, une source sécuritaire marocaine répond qu’il faut chercher du côté espagnol puisque l’enquête a été essentiellement menée par les autorités de Madrid.
L’évolution de l’enquête, qui est toujours en cours, nous en dira plus sur les implications de tout un chacun d’un côté de la frontière comme de l’autre rive du Détroit. Pour ajouter au flou, et à l’exception de notre “ingénieur des tunnels”, les polices espagnole et marocaine n’ont pas révélé l’identité exacte des 27 personnes arrêtées, ni de leurs rôles réels au sein du réseau démantelé.
Ce qui est sûr par contre, c’est que la drogue partait du Maroc pour être écoulée en Espagne et dans une bonne partie de l’Europe.
