À Gaza, “le pire scénario de famine est en cours”, selon un rapport de l'ONU

L'ONU tirent la sonnette d'alarme sur une situation nutritionnelle catastrophique dans l'enclave palestinienne, où plus d'un tiers de la population passe désormais plusieurs jours sans manger. Les agences des Nations Unies ont alerté sur un “un tournant alarmant et mortel”

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La crise humanitaire dans l’enclave palestinienne, ravagée par près de vingt-deux mois d’offensive israélienne, "a atteint un tournant alarmant et mortel", ont alerté mardi des agences des Nations Unies. Crédit: DR

La crise humanitaire dans l’enclave palestinienne, ravagée par près de vingt-deux mois d’offensive israélienne, “a atteint un tournant alarmant et mortel”, ont alerté mardi des agences des Nations Unies, relevant que les indicateurs de consommation alimentaire et de nutrition ont atteint “leurs pires niveaux depuis le début du conflit à Gaza”.

Selon le rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), le “pire scénario de famine est en cours dans la bande de Gaza” en raison de l’intensification des combats, des déplacements massifs de populations et des restrictions à l’aide humanitaire.

“Plus de 20 000 enfants ont été traités contre la malnutrition aiguë entre avril et mi-juillet, dont plus de 3.000 souffraient de malnutrition sévère”, ajoute l’IPC. Les hôpitaux ont signalé au moins 16 décès d’enfants de moins de cinq ans depuis le 17 juillet, selon le rapport.

“Les dernières données indiquent que deux des trois seuils de famine ont désormais été franchis dans certaines parties du territoire”, soulignent le Programme alimentaire mondial, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU (OMS), avertissant que le temps presse pour mettre en place une réponse humanitaire à grande échelle.

Une personne sur trois passe plusieurs jours sans manger

“l est inadmissible d’attendre la confirmation officielle de la famine pour fournir l’aide alimentaire vitale dont ils ont désespérément besoin”

Cindy McCain, Directrice exécutive du PAM

Près de trois mois plus tard, plus d’une personne sur trois (39 %) passe désormais plusieurs jours sans manger. Plus de 500.000 personnes, soit près d’un quart de la population de Gaza, vivent dans des conditions proches de la famine, tandis que le reste de la population est confronté à une situation d’urgence alimentaire.

“Les souffrances insupportables du peuple de Gaza sont déjà évidentes aux yeux du monde entier. Il est inadmissible d’attendre la confirmation officielle de la famine pour fournir l’aide alimentaire vitale dont ils ont désespérément besoin”, a déclaré dans un communiqué, Cindy McCain, Directrice exécutive du PAM.

“Cela ne ressemble à rien de ce que nous avons vu au cours de ce siècle. Cela nous rappelle les catastrophes survenues en Ethiopie ou au Biafra au siècle dernier”, a ajouté, de Rome, Ross Smith, Directeur des urgences du PAM, à des journalistes à Genève, insistant sur la nécessité d’“une action urgente”.

Pour l’agence onusienne basée à Rome, c’est clairement une catastrophe qui se déroule sous nos yeux, devant nos écrans de télévision. “Ce n’est pas un avertissement. C’est un appel à l’action”.

La malnutrition aiguë a atteint un rythme sans précédent à Gaza

D’autant que la malnutrition aiguë — deuxième indicateur clé de la famine — a augmenté à un rythme sans précédent à Gaza. Dans la ville de Gaza, les taux de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans ont quadruplé en deux mois, atteignant 16,5 %. Cela témoigne d’une détérioration critique de l’état nutritionnel et d’une forte augmentation du risque de décès par famine et malnutrition.

Des enfants et des bébés émaciés meurent de malnutrition à Gaza”

Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF,

En juillet 2025, plus de 320.000 enfants, soit l’ensemble de la population âgée de moins de cinq ans, sont exposés à un risque de malnutrition aiguë, et des milliers d’entre eux souffrent de malnutrition aiguë sévère, la forme la plus mortelle de sous-alimentation.

En juin, 6.500 enfants ont été admis pour être traités contre la malnutrition, le nombre le plus élevé depuis le début du conflit. Le mois de juillet s’annonce encore plus grave, avec 5.000 enfants admis au cours des deux premières semaines seulement. Avec moins de 15 % des services essentiels de traitement nutritionnel actuellement opérationnels, le risque de décès liés à la malnutrition chez les nourrissons et les jeunes enfants est plus élevé que jamais.

“Des enfants et des bébés émaciés meurent de malnutrition à Gaza”, a déclaré Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF, plaidant pour un accès humanitaire immédiat. “Sans cela, les mères et les pères continueront à vivre le pire cauchemar d’un parent, impuissants à sauver un enfant affamé d’une situation que nous sommes en mesure de prévenir.”

Selon ONU Femmes, un million de femmes et de filles à Gaza sont confrontées à la faim, à la violence et aux abus.Crédit: ONU

 

Les largages aériens “ne seront pas suffisant”

Sur le terrain, malgré une réouverture partielle des points de passage, l’aide humanitaire qui entre à Gaza ne représente qu’une infime partie de ce dont une population de plus de deux millions de personnes a besoin chaque mois.  Rien que pour couvrir les besoins humanitaires de base en matière d’alimentation et de nutrition à Gaza, plus de 62.000 tonnes d’aide vitale sont nécessaires chaque mois.

Les agences espèrent que les mesures prises dimanche par Israël permettront d’augmenter rapidement l’aide alimentaire et nutritionnelle dont les populations affamées ont besoin de toute urgence, sans plus tarder.

“Les aides larguées ne suffisent pas (…) Nous avons besoin de plus, car nous mourons de faim et nous n’avons rien”

Ahmed Al-Qoran, un habitant de Gaza.

Pour autant, les largages aériens de vivres récemment autorisés par Israël “ne seront pas suffisants pour inverser la catastrophe humanitaire”, avertit le rapport de l’IPC, selon qui ces parachutages sont plus coûteux, moins efficaces et plus dangereux que les acheminements par la route.

Les aides “larguées ne suffisent pas (…) Nous avons besoin de plus, car nous mourons de faim et nous n’avons rien”, dit Ahmed Al-Qoran, un habitant de Gaza.

Entretemps, les autorités israéliennes ont annoncé que les aides transportées par plus de 200 camions avaient été distribuées lundi par l’ONU et des agences humanitaires à Gaza.

Environ 260 autres camions ont été autorisés à entrer à Gaza pour décharger les aides aux points de collecte, alors que quatre camions-citernes de l’ONU ont transporté du carburant, selon elles.

L’ONU a dit qu’il fallait chaque jour au moins 500 à 600 camions de nourriture, de médicaments et de produits d’hygiène pour subvenir aux besoins immenses de la population palestinienne.

“Nous devons inonder Gaza d’une aide alimentaire à grande échelle, immédiatement et sans obstruction, et la maintenir chaque jour afin d’éviter une famine massive. Des personnes meurent déjà de malnutrition et plus nous attendons pour agir, plus le nombre de morts augmentera”, a conclu la directrice exécutive du PAM.

L’attaque du 7-Octobre a entraîné du côté israélien la mort de 1.219 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP réalisé à partir de données officielles.

En riposte, Israël a lancé une offensive d’envergure qui a fait au moins 59.921 morts à Gaza, en majorité des civils, selon des données du ministère de la Santé à Gaza, jugées fiables par l’ONU.

(Avec AFP)