Crise humanitaire : 11,6 millions de réfugiés menacés par la chute des financements du HCR

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) alerte face à la réduction drastique de ses financements, deux mois après l'annonce de la fermeture du bureau du HCR de Laâyoune. Parmi les pays les plus touchés par ces restrictions budgétaires : le Soudan du Sud, le Bangladesh, l’Ukraine, le Niger, le Tchad, l’Ouganda, le Liban, lieux où l’agence pour les réfugiés est installée...

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Groupe d'enfants africains réfugiés ou déplacés Crédit: UNICEF

Ce qui s’est passé :

Dans une conférence de presse tenue le 18 juillet à Genève, Dominique Hyde, directrice des relations extérieures du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a partagé son inquiétude concernant la baisse des financements de l’agence des Nations unies pour les réfugiés. Elle a déclaré que plus de 11,6 millions de réfugiés risquaient de perdre l’accès à l’aide humanitaire en raison des réductions de financement, ce qui représente un réfugié sur trois. 

Dominique Hyde a annoncé que le besoin de financement de l’agence s’élevait à 10,6 milliards de dollars pour l’année 2025, mais que seulement 23% ont été couverts jusqu’à présent. Des programmes essentiels, représentant 1,4 milliard de dollars au total, sont supprimés ou suspendus, selon l’analyse des programmes du HCR et des fonds reçus cette année.

Pourquoi c’est important ?

“Derrière ces chiffres se cachent des familles, des vies qui tiennent à un fil très, très mince. Les familles voient le soutien sur lequel elles comptaient disparaître”

Dominique Hyde, directrice des relations extérieures du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés

Ces réductions ont de fortes répercussions sur les réfugiés forcés de quitter leurs pays. Ils font face à une détérioration de leurs conditions de vie, à une perte d’espoir en l’avenir et s’exposent à des risques d’exploitation et d’abus, les obligeant à se déplacer à nouveau. Les femmes et les jeunes filles sont les premières touchées par ces réductions de financement, plus vulnérables aux violences sexuelles. 75% des espaces sûrs pour les femmes et les filles soutenus par le HCR ont fermé au Soudan du Sud, laissant jusqu’à 80 000 femmes et filles réfugiées, certaines ayant survécu à des violences sexuelles et nécessitant un soutien médical, psychologique et juridique. 

Derrière ces chiffres se cachent des familles, des vies qui tiennent à un fil très, très mince. Les familles voient le soutien sur lequel elles comptaient disparaître”, explique Dominique Hyde. 

De nombreux projets portés par l’agence des Nations unies pour les réfugiés sont impactés par cette diminution de l’aide humanitaire. Des pays comme le Soudan, le Tchad et l’Afghanistan voient les fournitures de secours d’urgence se réduire de 60%. L’accès à l’eau et à la nourriture devient difficile en Ouganda, l’éducation de 230 000 jeunes rohingyas au Bangladesh risque d’être suspendu, le transfert de nouveaux arrivants depuis des zones frontalières vers des lieux sûrs au Tchad ou au Soudan du Sud risque aussi d’être fortement impacté, la construction d’hébergements au Niger risque d’être interrompu. Les programmes du HCR en Ukraine risquent d’être réduits, tandis que ceux au Liban, venant en aide notamment aux Syriens, risquent même d’être interrompus. 

La plupart des activités du HCR est concernée. On parle de l’enregistrement des réfugiés, qui permet la vérification de l’identité et la distribution équitable de l’aide, la protection des enfants, l’aide juridique, la prévention et la lutte contre la violence, notamment sexiste. 

En juin dernier, l’agence onusienne avait annoncé la suppression de 3 500 postes et de centaines de contrats temporaires, avec l’espoir de réduire ses coûts en personnel d’environ 30% au niveau mondial. Le Maroc n’est pas épargné par cette décision qui vise à privilégier les zones où les besoins humanitaires sont plus urgents. En mai 2025, la fermeture du bureau du HCR à Laâyoune était annoncée. 

L’autre conséquence de cette réduction budgétaire est le retour volontaire ou contraint de réfugiés. En Afghanistan, ce sont 1,8 million d’afghans qui sont retournés chez eux depuis le début de l’année, car le HCR était incapable de fournir de la nourriture en quantité suffisante à tous les réfugiés. 

Quel est le contexte ?

Le HCR opère dans plus de 130 pays et ce sont autant de peuples qui risquent de voir l’aide humanitaire s’amincir. Le HCR prévoit que les financements pour l’année 2025 seront équivalents à ceux de l’année 2015, alors que le nombre de réfugiés a doublé. Aujourd’hui, on dénombre 123,2 millions de déplacés dans le monde dont 43,7 millions de réfugiés, c’est-à-dire des personnes ayant fui leurs pays. 

Cet appel au secours est prononcé alors que les conflits se multiplient ces dernières années. Le nombre de réfugiés augmente donc dans le monde, tandis que d’un autre côté, les financements se réduisent, ce qui crée un “cocktail mortel”, comme le souligne le nouveau rapport du HCR. 

En 2024, un rapport réalisé par l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo a révélé qu’il existait 61 conflits répartis entre 36 pays, un record. Ce climat de tensions générales mène les pays occidentaux à investir dans leur défense plutôt que dans des agences d’aide humanitaire, et ce depuis 2024, d’après l’ONG britannique ALNAP. 

Cette situation résulte directement des coupes sans précédent de l’aide internationale américaine sur décision de Donald Trump cette année. Le président américain a gelé l’aide étrangère américaine et réduit de 83 % les programmes gérés par l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui disposait auparavant d’un budget de 42,8 milliards de dollars et représentait environ 42 % de l’aide humanitaire mondiale. Cette approche “America First” met en péril de nombreuses organisations mondiales comme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ou encore le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), en plus du HCR, qui voient la contribution américaine revue à la baisse ou supprimée.  

Ce qu’ils en disent 

  • “Le HCR remercie les donateurs qui ont maintenu leur soutien dans ces moments difficiles et exhorte les gouvernements, les institutions et les particuliers à augmenter considérablement leurs contributions financières afin de combler le déficit de financement actuel”, précise la directrice des relations extérieures du HCR.