Pourquoi ça compte ?
Parce que cette affaire marque une escalade sans précédent entre les États-Unis et les institutions internationales de défense des droits humains. Cibler une rapporteure spéciale de l’ONU pour ses déclarations critiques contre Israël et les États-Unis soulève des inquiétudes sur l’indépendance des mécanismes onusiens et sur la liberté d’expression dans les enceintes multilatérales.
Ce qu’il s’est passé
Jeudi, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté les États-Unis à annuler les sanctions prises à l’encontre de Francesca Albanese, rapporteure spéciale pour les Territoires palestiniens occupés.
Ces sanctions ont été annoncées mercredi par Marco Rubio, chef de la diplomatie américaine sous la présidence Trump, en réaction aux prises de position de Mme Albanese, accusée d’incitation contre des dirigeants américains et israéliens.
Ce qu’ils ont dit
Volker Türk (ONU) :
« J’exhorte les États-Unis à lever rapidement les sanctions. Les attaques contre les titulaires de mandat et les institutions comme la CPI doivent cesser. »
Francesca Albanese (à Ljubljana) :
« Je continuerai à faire ce que j’ai à faire. »
Marco Rubio (sur X) :
Il reproche à l’experte ses « efforts illégitimes et honteux » pour pousser la Cour pénale internationale à sanctionner des dirigeants américains et israéliens. Il l’accuse aussi d’antisémitisme et de soutien au terrorisme.
Jürg Lauber, président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a exprimé ses regrets et appelé les États membres à coopérer pleinement avec les rapporteurs spéciaux et à éviter toute intimidation.
Quel est le contexte ?
Depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, Francesca Albanese a multiplié les accusations à l’encontre d’Israël, qu’elle qualifie de coupable de génocide.
Elle a également critiqué la politique américaine, notamment un projet d’occupation de Gaza promu par Donald Trump, qu’elle a qualifié de « complètement absurde ».
En juin, les États-Unis avaient déjà imposé des sanctions à des juges de la CPI ayant autorisé l’émission de mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant. Les sanctions contre Mme Albanese s’inscrivent dans cette même logique de rejet frontal des juridictions internationales.
Ce que cela révèle
L’affaire révèle les frictions croissantes entre Washington et le système onusien, accentuées par le boycott du Conseil des droits de l’homme par les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Elle met également en lumière la vulnérabilité des experts indépendants face aux pressions politiques et le clivage croissant autour de la guerre à Gaza, où toute critique d’Israël devient l’objet de représailles diplomatiques.
Le chiffre clé
1 experte sanctionnée : Francesca Albanese est la première rapporteure spéciale de l’ONU ciblée par des mesures punitives officielles des États-Unis, habituellement réservées à des criminels ou dirigeants de pays hostiles.
