Échange de menaces entre Israël et l’Iran, fortes inquiétudes internationales

Israël a juré mardi de faire payer à l’Iran le prix de son attaque sans précédent contre le territoire israélien, malgré les appels internationaux à la retenue dans une région déjà ébranlée par la guerre dans la bande de Gaza.

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Ali Khamenei (Iran) et Benjamin Netanyahu (Israël). Crédit: DR

A Téhéran, le président Ebrahim Raïssi a prévenu que “la moindre action” d’Israël contre “les intérêts de l’Iran” provoquerait “une réponse sévère, étendue et douloureuse” de son pays. Dans ce contexte qui renforce les craintes d’un embrasement au Moyen-Orient, l’offensive de l’armée israélienne dans la bande de Gaza assiégée et menacée de famine, ne montre aucun signe de répit, avec 46 Palestiniens tués ces dernières 24 heures, selon le ministère de la Santé du mouvement islamiste Hamas.

Douze jours après une frappe meurtrière contre son consulat à Damas le 1er avril imputée à Israël, l’Iran a lancé samedi soir une attaque de drones et de missiles contre le territoire israélien, la première jamais menée à partir du sol iranien. La quasi-totalité des 350 projectiles ont été interceptés avec l’aide des États-Unis et d’autres pays alliés, a affirmé Israël en faisant état de blessés.

Capture d’écran d’une vidéo amateure prise lors de l’attaque aérienne de l’Iran sur Israël, dans la nuit du 13 au 14 avril 2024.Crédit: DR

Nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à une telle agression, l’Iran ne sortira pas indemne” de son attaque, a affirmé le porte-parole de l’armée Daniel Hagari, lors d’une visite organisée pour les médias sur une base dans le sud d’Israël. “Tirer 110 missiles directement sur Israël ne restera pas impuni. Nous répondrons au moment, au lieu et à la manière que nous choisirons”, a dit le contre-amiral Hagari, dont le pays est l’ennemi juré de la République islamique d’Iran.

Juste après son attaque, l’Iran a affirmé avoir agi “en exerçant son droit à l’autodéfense” à la suite de la frappe qui a détruit son consulat à Damas et coûté la vie notamment à deux hauts gradés iraniens, et dit considérer “l’affaire close”.

L’armée israélienne a affirmé que les victimes de la frappe dans la capitale syrienne étaient des “terroristes” agissant contre Israël, sans confirmer ou infirmer son implication.

La paix mondiale menacée ?

Craignant une explosion dans la région, les États-Unis, alliés indéfectibles d’Israël, ont très vite fait savoir qu’ils ne voulaient pas “d’une guerre étendue avec l’Iran” et prévenu qu’ils ne participeraient pas à une opération de représailles israélienne. Le Royaume-Uni et la France ont eux aussi pris leurs distances.

La Russie a appelé les deux parties à la “retenue”, assurant qu’une “nouvelle escalade n’est dans l’intérêt de personne”. “Nous n’avons pas besoin d’un conflit supplémentaire dans notre région”, a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane.

Après le soutien de plusieurs alliés dans l’interception des missiles, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé la communauté internationale à “rester unie” face à “l’agression iranienne, qui menace la paix mondiale”.

L’Iran, qui appelle à la destruction d’Israël, s’était gardé jusqu’à présent de l’attaquer frontalement et l’affrontait via ses alliés comme le Hezbollah libanais. Mardi, le Hezbollah a revendiqué le lancement de deux drones explosifs depuis le Liban sur des positions israéliennes dans le nord. L’armée a ensuite affirmé avoir tué un commandant du mouvement libanais dans une frappe.

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Malgré les rebondissements liés à l’Iran, Benjamin Netanyahu a affirmé sa détermination à poursuivre la guerre contre le Hamas à Gaza. “Vous rejoignez Tsahal (armée israélienne, ndlr) dans des unités combattantes glorieuses afin de repousser un ennemi cruel, les monstres qui nous ont attaqués”, a-t-il dit à de nouvelles recrues sur la base de Tel Hashomer (centre). “Nous les frappons en retour sans pitié et nous les vaincrons.”

La guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent menée le 7 octobre par des commandos du Hamas infiltrés de Gaza dans le sud d’Israël, qui a fait 1170 morts en majorité des civils, selon un bilan de l’AFP établi à partir de données officielles israéliennes. Plus de 250 personnes ont été enlevées et 129 restent retenues à Gaza dont 34 sont mortes d’après des responsables israéliens.

En représailles, Israël a juré de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, qu’il considère comme une organisation terroriste de même que les États-Unis et l’Union européenne.

Près de 34.000 morts

L’offensive dévastatrice dans la bande de Gaza a fait 33.843 morts depuis le 7 octobre, selon le ministère de la Santé du Hamas, et a provoqué une catastrophe humanitaire avec la plupart des 2,4 millions d’habitants menacés de famine selon l’ONU.

Devant une boulangerie qui vient de rouvrir dans la ville de Gaza, des Palestiniens font pendant des heures la queue pour acheter du pain. “J’ai attendu six heures pour avoir une miche de pain”, a témoigné un homme, Khaled al-Ghoula. “C’est très difficile, c’est injuste de n’avoir qu’une seule boulangerie pour nourrir toute la bande de Gaza.”

Selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), le volume d’aide humanitaire autorisé par Israël à entrer dans Gaza reste très inférieur à l’objectif de 500 camions par jour, avec “181 camions” chaque jour depuis début avril.

Le Hamas continue à réclamer un cessez-le-feu définitif en vue d’une trêve dans la guerre. Mais Benjamin Netanyahu maintient son projet d’offensive terrestre contre la ville de Rafah, dans le sud, qu’il présente comme le dernier grand bastion du mouvement islamiste.

La communauté internationale redoute un bain de sang dans cette ville devenue un refuge pour 1,5 million de Palestiniens, la plupart des déplacés.