Bilan Akhannouch : cinq ans de mandat, secteur par secteur

À quelques mois des élections, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a livré ce mercredi 15 avril devant les deux chambres du Parlement un bilan détaillé de son quinquennat, secteur par secteur, chiffres à l'appui.

Par

Rachid Tniouni/TelQuel

Aziz Akhannouch s’est exprimé dans la matinée de ce mercredi 15 avril devant les membres des deux chambres réunis en séance plénière commune, pour présenter le bilan gouvernemental à l’issue de cinq années de mandat entamé au lendemain des élections du 8 septembre 2021. Cette séance revêt une portée particulière : il s’agit de la dernière session parlementaire avant la fin du mandat de l’actuel gouvernement et la tenue des prochaines élections législatives. L’exercice s’est voulu exhaustif, couvrant l’économie, l’investissement, la protection sociale, l’éducation, la santé, l’eau, l’agriculture, le tourisme, le numérique, la justice et la gouvernance territoriale.

Le Chef du gouvernement a posé d’emblée le cadre de sa lecture du quinquennat. « La réforme véritable n’attend pas le moment idoine, mais se façonne au cœur des défis », a-t-il déclaré devant les parlementaires, assumant avoir pris des décisions dans un contexte international difficile, marqué selon lui par des crises successives et des perturbations des marchés mondiaux.

Sur le volet diplomatique, Akhannouch a rappelé l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797, qu’il a présentée comme « réaffirmant la crédibilité de l’initiative d’autonomie en tant que base de négociation sur le dossier du Sahara ». Il a également cité le soutien des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et de l’Espagne à la souveraineté marocaine sur ses provinces du sud.

Investissement : charte et chiffres

La nouvelle charte de l’investissement a constitué l’un des axes centraux de la présentation. Depuis son entrée en vigueur, 297 projets ont été approuvés par la Commission nationale des investissements pour un montant de 513 milliards de dirhams, devant contribuer à la création d’environ 201.000 postes d’emploi directs et indirects. Sur l’ensemble du mandat, la Commission a validé 381 projets représentant 581 milliards de dirhams et 245 000 emplois.

D’après le chef de l’Exécutif, le régime de soutien dédié aux TPME a ciblé 18 secteurs principaux et 54 activités annexes. Les Centres régionaux d’investissement ont reçu, jusqu’à fin février 2026, un total de 209 projets, tandis que les commissions régionales unifiées d’investissement ont approuvé 33 projets pour un investissement global de 483 millions de dirhams, devant permettre la création d’environ 940.000 postes d’emploi directs. Ces mêmes commissions ont par ailleurs validé 83 projets inférieurs à 250 millions de dirhams chacun, pour un investissement global d’environ 11 milliards de dirhams et plus de 10.000 emplois directs, dans le cadre d’une déconcentration administrative présentée comme effective. Dans ce même élan, les transferts de crédits aux régions ont été portés de 10 milliards de dirhams annuellement à 12 milliards de dirhams, en réponse aux directives royales.

Les recettes des investissements directs étrangers ont progressé de 73 %, passant de 32,5 milliards de dirhams en 2021 à environ 56 milliards en 2025. L’investissement public est passé de 230 milliards en 2021 à quelque 380 milliards en 2026, soit une hausse de 65 %. Sur le front industriel, 64 projets d’infrastructure ont été signés pour une enveloppe de plus de 16 milliards de dirhams, dont 4,5 milliards apportés par l’État, créant quelque 4.400 hectares supplémentaires de foncier industriel, représentant environ 30 % du capital foncier industriel national actuel de 14 500 hectares.

Les exportations industrielles ont atteint 408 milliards de dirhams en 2025, en progression de 44,5 % par rapport à 2021, portées notamment par l’automobile et l’aéronautique. « Nous avons transformé notre pays en chantier ouvert où se rejoignent la gouvernance efficiente et la vision stratégique », a déclaré le Chef du gouvernement.

Énergie et eau

La part des énergies renouvelables dans le mix électrique est passée de 37,1 % en 2021 à environ 46,1 %. Sur l’hydrogène vert, 1 million d’hectares de foncier industriel ont été mobilisés, dont 300.000 dans une première phase, et 8 projets ont été approuvés pour un investissement évalué à quelque 43 milliards de dirhams. Le programme national d’approvisionnement en eau a vu son enveloppe portée de 115 à environ 143 milliards de dirhams. La capacité de dessalement a atteint 415 millions de mètres cubes fin 2025, avec un objectif de 1,7 milliard à l’horizon 2030, devant couvrir 60 % des besoins nationaux en eau potable.

Sept grands barrages ont été construits pour une capacité de stockage de 1,7 milliard de mètres cubes. Des projets de transfert inter-bassins ont été lancés, notamment entre le Sebou et le Bouregreg pour alimenter l’axe Rabat-Casablanca au profit de quelque 10 millions de citoyens, ainsi que la connexion entre les barrages Oued El Makhazine et Dar Khroufa dans le nord du Royaume, afin de renforcer l’approvisionnement en eau potable et permettre l’irrigation de milliers d’hectares.

Agriculture et pêche

Un programme de soutien de 20 milliards de dirhams a été mobilisé pour faire face aux effets des changements climatiques. 27 millions de quintaux d’orge subventionné et 8,5 millions de quintaux d’aliments composés ont été distribués aux éleveurs. Des subventions sur les intrants ont été mises en place avec des taux allant de 40 % à 70 % pour les semences au profit d’environ 27 000 agriculteurs sur plus de 100 000 hectares.

Plus de 650.000 tonnes d’engrais phosphatés et 3 millions de quintaux d’engrais azotés subventionnés ont été mis à disposition de plus de 160.000 agriculteurs sur les campagnes 2023-2025. Un programme de reconstitution du cheptel, doté de 12,8 milliards de dirhams, a par ailleurs été lancé.

Aziz Akhannouch a rappelé que 19 contrats-programmes ont été signés pour un investissement global de 110 milliards de dirhams, dont 42 milliards apportés par l’État. La valeur ajoutée agricole est passée de 102 milliards de dirhams en 2020 à environ 110,5 milliards en 2025, avec une projection à 130 milliards pour 2026.

Le nombre de salariés agricoles déclarés à la CNSS est passé d’environ 283.000 en 2020 à quelque 470.000 en 2024, soit une hausse de 66 %, note-t-il. Dans la pêche maritime, la valeur ajoutée a atteint 16 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 2 milliards par rapport à 2022, et la valeur des produits de la mer a progressé pour s’établir à 15,5 milliards de dirhams.

Tourisme et artisanat

Le secteur du tourisme a occupé une place centrale dans la présentation du bilan gouvernemental. Le Maroc a accueilli environ 19,8 millions de touristes en 2025, en hausse de 53,5 % par rapport à 2019. Les recettes touristiques ont atteint 138,1 milliards de dirhams, en progression de 75,5 % par rapport à la même année de référence. « Cette performance positive est due à la mise en œuvre de la feuille de route du secteur du tourisme pour la période 2023-2026 », a indiqué le Chef du gouvernement.

Cette feuille de route, dotée d’un budget global de 6,1 milliards de dirhams, a porté sur la diversification de l’offre touristique, la mise à niveau de l’infrastructure hôtelière, l’encouragement des activités touristiques et l’extension des réseaux routier et aérien.

Le secteur de l’artisanat regroupe plus de 2,6 millions d’artisans. Les exportations du secteur ont dépassé 1,23 milliard de dirhams en 2025, en hausse de 56 % par rapport à 2019. La protection sociale a été étendue à plus de 660.000 professionnels du secteur dans le cadre de la « Vision 2030 » lancée pour moderniser sa compétitivité. Sur le volet de l’économie solidaire, le nombre de coopératives a atteint 63.445, réunissant plus de 778.000 adhérents, représentant environ 3 % du PIB et 5 % des opportunités d’emploi au niveau national.

Équilibres budgétaires

Le déficit budgétaire est passé de 5,5 % en 2021 à 3,5 % en 2025, avec un objectif de 3 % à fin 2026. La dette publique a reculé de 71,4 % du PIB en 2020 à 67,2 % en 2025. Les recettes ordinaires de l’État sont passées de 256,2 milliards de dirhams en 2021 à 424,2 milliards en 2025, en hausse de 65,6 %, d’après le chef de l’Exécutif.

Les recettes fiscales ont atteint 342,1 milliards de dirhams en 2025, contre 214,6 milliards en 2021, en hausse de 59,4 %. Sur les trois premiers mois de 2026, elles progressent de 9,3 % à 116,3 milliards de dirhams. Les recettes douanières ont atteint 36,2 milliards de dirhams à fin mars 2026, en hausse de 6,8 % par rapport à la même période de 2025. L’inflation a été ramenée à 0,8 % fin 2025, après un pic à 6,6 % en 2022.

La croissance économique est passée de 1,8 % en 2022 à 4,8 % en 2025, avec une moyenne annuelle de 4,5 % sur 2021-2025, contre 2,1 % sur 2016-2021, et devrait dépasser 5 % à fin 2026. Comme relayé par TelQuel, le Maroc est sorti en 2023 de la liste grise du GAFI après validation à l’unanimité. En 2025, Standard & Poor’s a relevé la note souveraine à BBB-/A-3 avec perspective stable. En mars 2026, Moody’s a révisé sa perspective de « stable » à « positive », tout en confirmant la note à Ba1.

Protection sociale et pouvoir d’achat

Selon le chef du gouvernement, environ 15,5 millions de citoyens supplémentaires bénéficient désormais de la couverture médicale de base. L’État a pris en charge plus de 27 milliards de dirhams de cotisations au titre du régime AMO-Tadamoune.

L’aide sociale directe a bénéficié à quelque 4 millions de familles, dont 5,5 millions d’enfants et plus de 396.000 veuves, dont 308.000 sans enfants, sans compter plus d’un million de bénéficiaires âgés de plus de 60 ans, pour un total de versements d’environ 52 milliards de dirhams à fin janvier 2026 : 33 milliards au titre de la protection de l’enfance et 19 milliards au titre des aides forfaitaires.

Le programme de soutien au logement a permis à plus de 96.000 familles d’accéder à un logement décent. La Caisse de compensation a supporté une charge de 135,6 milliards de dirhams pour préserver la stabilité des prix des matières de base.

Les accords du dialogue social ont bénéficié à plus de 4,2 millions de salariés pour un coût global de 46 milliards de dirhams à l’horizon 2026. L’impôt sur le revenu a été revu : exonération des salaires mensuels inférieurs à 6.000 dirhams, abaissement du taux marginal de 38 % à 37 % et relèvement de la réduction pour charge de famille de 360 à 500 dirhams par personne.

Santé : budget doublé

Un autre point central du bilan du gouvernement et qui s’inscrit en ligne de l’instauration de l’État social : la santé. Aziz Akhannouch a rappelé dans ce cadre que le budget du ministère de la Santé et de la Protection sociale est passé de 19,7 milliards de dirhams en 2021 à 42,4 milliards en 2026. « Un médecin démotivé et un hôpital sous-équipé ne sauraient offrir une prestation de santé digne du citoyen », a-t-il déclaré.

Un premier programme de mise à niveau de 1.400 centres de santé primaire a été lancé pour 6,4 milliards de dirhams, suivi d’une deuxième phase ciblant 1.600 centres supplémentaires pour 6,8 milliards. Le réseau des facultés de médecine compte désormais 11 établissements après la création de 4 nouvelles facultés. Entre 2022 et 2025, 29 projets hospitaliers ont été réalisés, ajoutant 3.168 lits. En 2026, 20 hôpitaux sont en construction pour 3.067 lits supplémentaires, et 15 projets sont programmés pour 1.810 lits additionnels, a-t-il rappelé.

Éducation et formation

L’enseignement préscolaire couvre désormais 80 % des enfants, soit 985.000 bénéficiaires. Les écoles de l’excellence sont passées de 626 à 4.626 établissements primaires au profit de quelque 2 millions d’élèves, le modèle ayant été étendu au collégial avec 786 établissements et 677.586 élèves.

Plus de 80.000 professeurs ont bénéficié de formations dédiées à cette approche pédagogique. Les internats accueillent désormais plus de 170.000 élèves et le transport scolaire bénéficie à 698.000 élèves. Une aide à la rentrée scolaire a été versée à 3,4 millions d’élèves pour un coût global de 738 millions de dirhams.

Le nouveau statut des fonctionnaires de l’éducation nationale, couvrant 336.000 agents, a été adopté. Le dossier des enseignants contractuels, concernant plus de 114.000 professeurs, a été présenté comme définitivement clos, d’après le chef du gouvernement. Le statut des enseignants-chercheurs a été révisé pour la première fois depuis plus de 20 ans, avec une hausse mensuelle nette de 3.000 dirhams décidée lors du dialogue social sectoriel. Le coût global des accords conclus avec les syndicats de l’éducation dépassera 17 milliards de dirhams à l’horizon 2027.

Sur ce même volet, Aziz Akhannouch a rappelé que 15 nouveaux établissements universitaires ont été créés, offrant 70.000 sièges supplémentaires, avec une augmentation des effectifs de professeurs universitaires de 16 % et une capacité d’accueil des cités universitaires portée à 60.000 lits à la rentrée 2024-2025.

La formation professionnelle a bénéficié de l’ouverture de 59 nouveaux établissements. Dans le cadre du programme « Pass-Jeunes », plus de 250.000 jeunes se sont inscrits depuis son lancement, bénéficiant d’offres sociales et économiques visant leur insertion dans les politiques publiques.

Marché du travail

Quelque 850.000 postes d’emploi nets ont été créés sur 2021-2025, soit une moyenne de 170.000 par an, contre 90.000 sur 2016-2021 et 64.000 sur 2011-2016. En 2025, 233.000 postes non agricoles ont été créés. Une feuille de route pour l’emploi, dotée de 14 milliards de dirhams, vise à ramener le taux de chômage à 9 % à l’horizon 2030, avec la création de 1,45 million de postes nets et le passage de la population active à 12,1 millions de citoyens.

Le numérique a contribué à la création de 148.000 postes depuis 2021, avec un objectif de 240.000 emplois supplémentaires à l’horizon 2030 dans le cadre de la stratégie « Maroc Digital 2030 ».

Akhannouch a conclu son allocution sur l’organisation de la Coupe du monde 2030. « C’est un événement planétaire dont l’organisation n’aura pas été le fruit du hasard, mais la consécration naturelle d’un long cheminement d’actions, de réformes et de réalisations », a-t-il déclaré. Une formule qui illustre la logique de l’ensemble du discours : transformer cinq années de mandat en argument à l’adresse des électeurs.

à lire aussi