Dans l’espace, la course aux armements s’accélère

La destruction par la Russie d’un de ses satellites le 15 novembre est une nouvelle illustration de la course aux armements dans l’espace, qui se concentre aujourd’hui sur la capacité à détruire les engins orbitaux de nations rivales.

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Cette photo prise et publiée par l'agence spatiale russe Roscosmos le 14 octobre 2021 montre un propulseur de fusée Soyouz-2.1b avec 36 satellites britanniques OneWeb décollant du cosmodrome de Vostochny dans la région extrême-orientale de l'Amour, en Russie. Crédit: Agence spatiale russe Roscosmos / AFP

En lançant un missile depuis la Terre, la Russie a pulvérisé un de ses propres satellites dans une démonstration de force qualifiée d’“acte irresponsable” par le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Cela “démontre que la Russie développe actuellement de nouveaux systèmes d’armement qui peuvent détruire des satellites”, a-t-il dit mardi.

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Dès février 2020, un général américain avait fait une inquiétante révélation : deux satellites russes récemment mis en orbite traquaient un satellite-espion des États-Unis. La capacité potentielle des engins orbitaux Cosmos à attaquer USA-245, le satellite de reconnaissance américain, n’était pas claire. “Cela pourrait créer une situation dangereuse dans l’espace”, avait déclaré le général Jay Raymond, commandant de la Force de l’espace américaine.

La militarisation du cosmos est aussi ancienne que la course à l’espace elle-même

L’incident est passé, mais il a marqué une nouvelle étape dans la course aux armements dans l’espace, où les satellites potentiellement armés de bombe et les vaisseaux spatiaux à tir laser ne sont plus seulement de la science-fiction.

La militarisation du cosmos est aussi ancienne que la course à l’espace elle-même. Dès la mise en orbite de Spoutnik, en 1957, Washington et Moscou ont cherché des façons d’armer et de détruire des satellites. Au début, les armes nucléaires étaient la plus grande préoccupation. En 1967, les superpuissances et d’autres pays ont signé le Traité de l’espace, interdisant la mise en orbite d’armes de destruction massive.

Depuis, la Russie, les États-Unis, la Chine, et même l’Inde, ont étudié les moyens de se battre dans l’espace en dehors du traité. Aujourd’hui, la compétition se concentre sur la destruction de satellites rivaux, toujours plus essentiels aux armées pour la communication ou la surveillance.

“Guerre des étoiles”

En 1970, Moscou a testé avec succès un satellite chargé d’explosifs qui pouvait détruire un autre engin orbital dans l’espace. Les États-Unis ont répondu en 1983, quand le président Ronald Reagan a annoncé son ambitieux programme de défense surnommé “Guerre des étoiles”, promettant des missiles anti-missiles guidés avec précision et des satellites émettant des faisceaux laser ou des micro-ondes.

Beaucoup des technologies évoquées étaient irréalisables. Mais en 1985, le Pentagone utilisa un missile pour détruire un satellite lors d’un test, une étape importante.

“La Russie ne laissera pas les États-Unis être les seuls à avoir le contrôle de l’espace”

Isabelle Sourbès-Verger, du CNRS

Depuis, ses rivaux cherchent à montrer qu’ils ont les mêmes compétences : la Chine l’a fait en 2007, l’Inde en 2019. La Russie essayait elle aussi depuis un certain temps, et son tir réussi de lundi n’a donc pas été une surprise pour beaucoup d’experts.

“Les Russes n’avaient pas besoin de faire exploser le satellite pour démontrer qu’ils avaient la capacité de le faire”, a déclaré Isabelle Sourbès-Verger, spécialiste des politiques spatiales au Centre national de recherche scientifique (CNRS). Cela prouve que, s’il le faut, “la Russie ne laissera pas les États-Unis être les seuls à avoir le contrôle de l’espace”, a-t-elle ajouté.

Activités secrètes

Les pays sont de plus en plus secrets quant à leurs activités militaires dans l’espace, mais la course est telle qu’en 2019, l’année où le Pentagone a lancé sa Force de l’espace, il estimait que la Russie et la Chine avaient le potentiel de dépasser les États-Unis.

La bataille a évolué, passant de l’idée de détruire des satellites avec des missiles ou des satellites kamikazes à celle de trouver des moyens de les endommager avec des armes laser ou à micro-ondes très puissantes.

La Russie et la Chine ont développé des satellites qui peuvent être manipulés pour interférer physiquement avec d’autres

La Russie et la Chine ont développé des satellites qui peuvent être manipulés pour interférer physiquement avec d’autres, selon Brian Chow, un analyste indépendant de la politique spatiale. Avec des bras robotiques, “ils peuvent traquer le satellite adversaire et le déplacer, ou plier une antenne” pour le rendre inutilisable, a affirmé Brian Chow.

Ces satellites restent peu nombreux, mais le déploiement de deux d’entre eux par la Russie pour menacer un engin orbital américain en 2020 montre que la technologie est bien là.

La Chine et les États-Unis ont aussi des programmes top secret de petits engins spatiaux robotiques ailés réutilisables qui pourraient être utilisés pour endommager des satellites rivaux. D’autres armes en développement, au sol cette fois, visent à brouiller les signaux des satellites et les endommager.

En 2019, l’agence du renseignement de la défense américaine avait prévenu que la Chine disposait de cinq bases équipées de laser au sol capables de mettre hors d’état de nuire des satellites ennemis. “Chaque satellite qui passe au-dessus de la Chine serait susceptible d’être attaqué”, selon Brian Chow.

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