“Les citoyens ont besoin d’être mieux informés” : Tafra lance une encyclopédie des partis politiques

À un mois des élections législatives, communales et régionales, le centre de recherche Tafra a mis en ligne une encyclopédie des partis politiques. Entretien avec Romain Ferrali, qui en a dirigé les travaux.

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Trente-deux partis ont des candidats pour les élections de septembre. Crédit: Fadel Senna / AFP

Elaborée pendant un an grâce à une compilation de livres de référence, l’encyclopédie des partis politiques de Tafra recense 102 organisations politiques, des partis aux simples mouvements, depuis le protectorat en 1912. Il s’adresse aussi bien aux électeurs qu’aux chercheurs.

Romain Ferrali est chercheur postdoctoral à l’université de New York à Abu Dhabi.Crédit: DR

En plus de fiches sur les partis, un arbre généalogique permet de retracer les formations pour comprendre certains pans de l’histoire politique marocaine et une carte interactive rend visibles les résultats des dernières élections dans chaque région. Romain Ferrali, directeur scientifique du centre de recherche Tafra, revient pour TelQuel sur les principaux constats établis grâce à cette encyclopédie.

TelQuel : Lors des dernières élections législatives, plus de 50 % des Marocains inscrits sur les listes électorales n’ont pas voté. Comment expliquer ce manque de participation ?

Romain Ferrali : Les citoyens ont besoin d’être mieux informés, de connaître les partis politiques qui les entourent. Accéder à l’information leur permet de rendre responsables les politiciens, et c’est justement pour cela qu’on a construit cette encyclopédie. C’était une nécessité interne et pour les citoyens.

“On veut permettre aux gens de savoir ce qui différencie les partis pour voter de manière plus éclairée”

Romain Ferrali

Tous les partis y sont répertoriés. Chacun bénéficie d’une fiche avec un résumé qui explique son origine et ses caractéristiques, avec des dates, des faits marquants et des informations pratiques comme les adresses. Pour certains partis, on a même pu compiler plusieurs documents officiels.

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On espère que cela va amener les visiteurs du site à s’intéresser à la vie politique. On veut permettre aux gens de savoir ce qui différencie les partis pour voter de manière plus éclairée. Trente-deux partis ont des candidats pour les élections de septembre.

À un mois des élections, que pensez-vous du paysage politique marocain ?

Nous avons une scène extrêmement riche, une grande variété dans le champ idéologique, avec d’un côté beaucoup de petits partis qui se créent, et de l’autre, huit grands partis qui sont assez stables depuis une trentaine d’années : une tendance islamiste, la gauche et une vague plus libérale ou écologiste.

Il semblerait qu’on ait une scène politique à deux vitesses. Il est possible que les réformes récentes sur le mode de scrutin tendent à diluer les voix et sur-représenter les petits partis.

L’encyclopédie de Tafra retrace l’histoire des organisations politiques. Comment ont évolué les partis ?

Depuis 1990, huit grands partis sont au cœur de la scène politique marocaine. Ils sont souvent représentés au Parlement ou au sein du gouvernement. Dans les années 2000, il y a eu la montée en puissance du PJD, puis l’arrivée du PAM. C’est une scène partisane assez stable.

“La grande question, c’est de savoir si cette variété (de partis) se traduit aujourd’hui par une différence réelle en termes d’offres politiques”

Romain Ferrali

Puis, on a vu beaucoup de nouveaux petits partis se créer. Mais la grande question, c’est de savoir si cette variété dans le nombre d’organisations et dans les origines idéologiques se traduit aujourd’hui par une différence réelle en termes d’offres politiques.

Quand on est un parti ancien, on a une histoire extrêmement riche. Les idéologies d’aujourd’hui ne sont plus celles d’il y a trente ans. Comment proposer quelque chose de pertinent sans renier ses choix d’hier ?

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