Hassan Aourid analyse les interactions entre pouvoir et religion

Dans son nouvel essai "Pouvoir et religion", l’écrivain, essayiste et historien Hassan Aourid se penche sur la relation entre pouvoir et religion au Maroc. Une thématique qui occupe les esprits depuis plusieurs décennies, et qui trouve un écho dans les liens plus que troubles entre Occident et Orient.

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Dans son nouvel essai « Pouvoir et religion », l’écrivain, essayiste et historien Hassan Aourid se penche sur la relation entre pouvoir et religion au Maroc. Une thématique qui occupe les esprits depuis plusieurs décennies, et qui trouve un écho dans les liens plus que troubles entre Occident et Orient.

«Pouvoir et religion au Maroc»

Hassan Aourid

85 DH

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Hassan Aourid n’est pas le premier à aborder un sujet aussi délicat que la relation entre pouvoir et religion. Lui au moins a une légitimité justifiée pour le faire. D’abord, de par son parcours. Il a été historiographe du royaume et porte-parole du Palais. Dans les entrailles du sérail, il a eu le temps d’étudier de près les engrenages du pouvoir. Ensuite, de par son statut d’enseignant universitaire, qui lui donne toute latitude de se pencher sur une étude académique, muni du bagage qui fait les grandes analyses et les recherches approfondies. En plus d’avoir déjà produit plusieurs essais et romans. Lui parle d’un « modeste travail ». Mais de quoi s’agit-il ?

Au lendemain de la défaite arabe face à Israël en juin 1967 : « Un mot d’ordre allait galvaniser les foules et les élites : l’islam est la solution ». La sphère politique était sommée de s’y plier.

Au Maroc, suite à l’accession du Parti de la justice et du développement (PJD) aux hautes fonctions en 2011, porté par la ferveur du Printemps arabe, Abdelilah Benkirane n’a pas hésité à lénifier cette formule, pour exorciser la peur de ses éventuels détracteurs : « L’islam n’est pas la solution, mais il fait partie de la solution », lui fait dire l’auteur. Benkirane et les siens ont-ils pour autant réussi à mettre en application cette formule détournée ?

Difficile à croire, car, comme l’affirme Hassan Aourid, « l’instrumentalisation de la religion cache un phénomène plus complexe qu’il n’apparaît de prime abord : le rapport ambigu à la modernité ». C’est que « malgré les subterfuges et les expédients, ce qui est en jeu dans le recours à la religion, c’est à la fois la modernisation de l’Etat et de la société, sans brusquer ni l’un ni l’autre ». Et c’est à ce titre qu’il faut voir « l’islamisme comme un symptôme d’une modernité mal assumée ou mal vécue ». 

Une défaite amère

D’où vient-on alors avant que le PJD ne fasse irruption dans le champ politique et rafle les suffrages ?

« Hassan II, estime Hassan Aourid, fera de l’islam, au début de son règne, une police politique et un des fondements de la légitimité par opposition aux mouvements de gauche et au panarabisme triomphant ». Hassan II lui-même n’était pas précurseur dans cette démarche, il n’a fait que « chausser les bottes de Lyautey, le concepteur de la double structure (de l’Etat), une traditionnelle, le vieux Makhzen rythmé par la tradition (…), et une moderne, appelée ‘le Makhzen néo-chérifien », que Lyautey rendait par l’expression emblématique ‘régent des indigènes et régent des colons’ ».

Ainsi, Hassan II procèdera, dès 1965, à ce que Hassan Aourid appelle « la réinvention de la tradition », un principe dont les objectifs sont au nombre de trois : « L’établissement de la cohésion sociale ; l’établissement et/ou la légitimation d’institutions et l’ancrage des institutions en inculquant un système de croyances ou de valeurs ».

C’est au lendemain de la défaite des armées arabes face à Israël que Hassan II tient un discours digne d’un clerc religieux égyptien : «…Certains d’entre nous sont allés jusqu’à penser qu’il était possible de gouverner un pays en séparant le temporel du spirituel. Nous nous sommes détournés de Dieu et Dieu s’est détourné de nous ».

En 1974 allait se produire un fait inédit. « Un obscur inspecteur de l’enseignement, Abdessalam Yassine (…) sermonne le roi afin (…) qu’il rende ses biens à la nation, à s’entourer d’oulémas, à limoger ses conseillers occidentalisés… », défier Hassan II, au summum des années de plomb, ne pouvait pas rester sans conséquences. Pire, non seulement « il sermonnait le roi, mais il le mettait en garde si jamais l’idée lui venait de sévir contre le « pauvre paysan » car Allah le châtierait ». L’histoire retiendra que « l’effronté sera déclaré malade mental et interné dans un asile psychiatrique ».

Beaucoup d’eau coulera sous les ponts avant que Mohammed VI, dans son discours du trône du 30 juillet 2003, « ne recadre la conception de ce qui va devenir l’islam marocain par le rappel des fondamentaux : l’attachement à la commanderie des croyants, l’exclusivité du rite malékite et le rejet d’importation de rites culturels étrangers à la tradition du Maroc ». Autrement dit, « la religion c’est moi ». Le PJD en a apparemment bonne note.

«Pouvoir et religion au Maroc»

Hassan Aourid

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Pouvoir et religion au Maroc, de Hassan Aourid, éditions La Croisée des chemins (2021). Commandez ce livre au prix de 85 DH (+ frais d’envoi) sur qitab.ma ou par WhatsApp au 06 71 81 84 60   

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