Trump près d’une nouvelle victoire à la Cour suprême

À huit jours des élections américaines, Donald Trump, engagé de toutes ses forces dans la bataille, s’apprête à enregistrer une immense victoire avec la confirmation attendue ce 26 octobre d’une magistrate conservatrice de son choix à la Cour suprême.

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Rassemblement "Make America Great Again" organisé à l'aéroport international d'Orlando Sanford en Floride le 12 octobre 2020 par Donald Trump pour sa campagne. Le geste rappelle la célèbre affiche de l'oncle Sam "I want you for US Army". Pur hasard ? Crédit : Saul Loeb/AFP

Sauf surprise, le Sénat doit donner dans la soirée son feu vert à l’entrée d’Amy Coney Barrett, une fervente catholique opposée à l’avortement, au sein du temple du Droit américain, qui comptera ainsi six juges conservateurs sur neuf, dont trois nommés par le milliardaire new-yorkais.

Biden favori des sondages

Ce succès indéniable du président républicain, propre à galvaniser les électeurs de la droite religieuse, est toutefois terni par une nouvelle dégradation de la situation sanitaire, qui continue de plomber sa campagne de réélection. “Les médias bidon ne parleront que de COVID, COVID, COVID jusqu’à l’élection. Quels tocards”, a-t-il écrit lundi matin dans un tweet reflétant sa frustration. Le pays a battu, deux jours de suite, son record d’infections quotidiennes au Covid-19 (près de 90.000 nouveaux cas détectés samedi) et plus de 225.000 Américains sont morts du virus.

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Et les propos ambigus d’un de ses proches ont renforcé le sentiment d’une administration impuissante, voire dépassée par la situation. “Nous n’allons pas contrôler la pandémie, nous allons contrôler le fait qu’on puisse avoir des vaccins”, a déclaré le chef de cabinet de la Maison Blanche, Mark Meadows, dimanche matin sur CNN.

Il s’agit d’un “constat honnête de la stratégie du président Trump depuis le début de la crise : agiter le drapeau blanc de la défaite et espérer que si on l’ignore, le virus s’en ira”, a réagi le démocrate Joe Biden qui, jusqu’ici, devance le président dans les sondages. Pour rattraper son retard, Donald Trump se démultiplie. Après un week-end marathon, il sillonne lundi l’État-clé de Pennsylvanie, où il doit participer à deux meetings et s’adresser à des ouvriers.

Comme en 2016, il espère faire mentir les sondages mais la confiance semble s’éroder dans son camp. Un de ses plus solides alliés, le chef des sénateurs républicains Mitch McConnell a, à son tour, évoqué dimanche le risque d’une défaite non seulement du président, mais aussi au Congrès. “Une grande partie de ce que nous avons fait au cours des quatre dernières années sera défait, plus ou moins rapidement après le prochain scrutin”, a-t-il lancé à ses troupes, après qu’elles eurent voté pour mettre un terme aux débats sur la candidature de la juge Barrett. “Mais sur ce point, ils ne pourront rien faire pendant très longtemps”, a-t-il ajouté.

Amy Coney Barrett, le 26 septembre 2020.Crédit: Olivier Douliery/AFP

Les sages de la Cour suprême sont en effet nommés à vie et la magistrate n’ayant que 48 ans peut espérer siéger pendant de longues années. Elle doit auparavant obtenir l’approbation du Sénat lors d’un vote solennel prévu lundi après 19 h (23 h GMT). Compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte (53 voix sur 100), les démocrates, qui dénoncent une procédure “illégitime” aussi près du scrutin du 3 novembre, n’ont quasiment aucune chance de l’empêcher.

Si deux sénatrices républicaines avaient manifesté leur opposition à ce processus précipité, l’une d’elles, Lisa Murkowski, a prévenu ce week-end que ça ne l’empêcherait pas de voter en faveur de la juge. “J’ai perdu la bataille de procédure”, mais “je n’ai rien contre elle en tant que personne”, a-t-elle dit. La magistrate pourrait donc prêter serment dès mardi et participer à sa première audience dès le 2 novembre, la veille de l’élection présidentielle. Elle siégera donc théoriquement en cas d’examen d’éventuels recours contre les résultats du scrutin.

Vues conservatrices

Surtout, la Cour suprême tranche aux États-Unis les débats de société les plus épineux, de l’avortement au port d’armes en passant par les droits des minorités sexuelles. Mère de sept enfants, connue pour des articles de doctrine juridiques conservateurs et son soutien à des pétitions contre l’avortement, la juge Barrett a assuré pendant son audition distinguer sa foi de son travail de juge, mais s’est bien gardée de révéler ses vues sur les sujets les plus brûlants.

Les démocrates, à court d’options pour faire barrage à cette nomination, ont tenté de transformer les débats, retransmis en partie sur les chaînes de télévision, en une tribune sur l’avenir de l’assurance santé Obamacare, que Donald Trump veut abroger. La haute cour doit en effet examiner le 10 novembre un recours contre cette loi emblématique de l’ex-président démocrate, sur laquelle la juge a exprimé des réserves dans le passé.

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