Soufiane Mjid : “La réinsertion par le sport est aujourd’hui essentielle, c’est une solution de survie”

Suite à l’appel d’Othman El Ferdaous pour un débat public sur la relance du secteur sportif (#fikrariyadia), la Fondation Mjid a annoncé ce 19 août sa participation à l’appel à projets. Plusieurs propositions que nous détaille le président de la fondation, Soufiane Mjid.

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Soufiane Mjid a repris le flambeau de la fondation éponyme, active dans les domaines social et sportif. Crédit: DR

Dans son communiqué, la Fondation Mjid propose une série de mesures visant à redynamiser et démocratiser le domaine sportif. Parmi les propositions, une intensification de la collaboration entre les secteurs privé et public, une réorganisation des fédérations, enlisées dans des scandales, mais également l’instauration d’un tarif de base à 5 dirhams par jour pour les salles et structures sportives, financées en partie par les prestataires sociaux.

Mises en ligne sur la plateforme fikraryadia.ma, qui reprend le hashtag lancé par le ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports Othman El Ferdaous, ces propositions visent à “sortir le secteur de sa léthargie” et créer de nouveaux champions, en remettant par exemple des disciplines comme le tennis ou la natation dans les écoles.

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La crise sanitaire actuelle ayant aggravé les difficultés du secteur mais aussi celles des sportifs, professionnels ou non, il apparaissait indispensable à Soufiane Mjid, président de la fondation, d’apporter une pierre à l’édifice et de contribuer à la relance du sport au Maroc. En misant sur le secteur privé, en remettant les compétences et la portée sociale au cœur de l’enjeu, la Fondation Mjid entend dépoussiérer les fédérations et faciliter l’accès au sport pour tous. Rencontre.

TelQuel : Pouvez-vous détailler les mesures proposées, notamment concernant la parité et le caractère inclusif ?

Soufiane Mjid : Il faut rappeler que c’est un appel national pour un projet d’envergure, qui concerne donc les gens de tout âge, de toute classe sociale. J’ai moi-même grandi dans le monde du sport, et j’ai pu observer tout au long de ma vie à quel point il est essentiel à l’éducation, à la santé et à la réconciliation. À l’époque, les quartiers se réconciliaient à travers un match de foot !

“J’ai moi-même grandi dans le monde du sport, et j’ai pu observer à quel point il est essentiel à l’éducation, à la santé et à la réconciliation”

Soufiane Mjid

Concernant notre proposition, c’est un projet de solution pour le Maroc. On est partis d’un constat : le sport est en deuil depuis des années à cause du manque d’objectivité des fédérations, de leurs guerres intérieures politiciennes. L’appel du ministre est extraordinaire, parce qu’il s’adresse directement à la jeunesse, lui ouvrant une porte qui lui était fermée depuis longtemps.

En ce sens, #fikrariyadia peut fédérer tous les milieux et démontrer que l’on peut se réconcilier : avec soi-même, avec les autres, entre genres et classes sociales. La réinsertion par le sport est aujourd’hui essentielle, c’est une solution de survie. Il ne faut pas oublier que le sport est un facteur de mixité sociale.

Comment s’articulerait le renforcement du partenariat public-privé ?

On revient à la démarche et à l’idée de Sa Majesté, qu’il a détaillée lors de sa dernière allocution. Le privé a de facto une obligation de résultat, et il est appelé à manœuvrer en parallèle du secteur public, car il est mieux outillé que ce dernier, plus libre. Un fonctionnaire, par exemple, aura toujours une ligne rouge à ne pas dépasser.

Au niveau des fédérations, le constat est très triste. Nos athlètes les plus médaillés ont quitté le Maroc. Pourquoi ? On n’a plus de “fabrique à champion”, plus de pépinière, et c’est à cause la mainmise des politiques sur les fédérations. Aujourd’hui, et avec tous les moyens qu’elles ont, elles ne brillent plus par leurs champions mais par leurs scandales.

“Aujourd’hui, et avec tous les moyens qu’elles ont, les fédérations ne brillent plus par leurs champions mais par leurs scandales”

Soufiane Mjid

Le secteur privé peut donc, par son innovation, par les capacités des personnes recrutées, apporter des compétences que l’on n’a plus dans le public. Tout cela est dû à l’obligation de résultat à laquelle est soumis le privé ; ils cherchent les meilleurs. Les acteurs du privé sont donc les plus à même de développer le sport, les métiers du sport.

Il faut aussi que les grandes marques s’engagent dans ce projet. J’aimerais bien les entendre contribuer au débat, elles en ont l’obligation citoyenne. Elles en ont les compétences et doivent donc les mettre au service de cette cause nationale.

Il faut réorganiser et renforcer les fédérations. Ce travail se fera grâce aux talents du secteur privé. On ne parle que de détournements, de corruption, il faut enrayer cela. Les partenariats public-privé sont la solution pour sauver le sport marocain.

Vous proposez de soutenir la demande par le plafonnement de la tarification d’accès à la pratique du sport à moins de 5 dirhams par jour, avec une partie des frais assurés par les systèmes de couverture sociale. Cette prise en charge vous paraît-elle réalisable 

À l’époque, au Maârif par exemple (quartier central de Casablanca, ndlr), pour avoir accès à une salle de quartier, il fallait débourser entre 300 et 400 dirhams. En parcourant les villes marocaines, j’ai vu énormément de sociétés privées qui se sont lancées dans le sport, beaucoup de structures qui permettent l’accès pour tous à un tarif préférentiel, ce qui était inimaginable il y a encore quelques années.

“Le sport préserve de certaines maladies. Ils ont tout intérêt à investir dans la santé du citoyen avant d’avoir à rembourser son mal-être”

Soufiane Mjid

Le but d’avoir un tarif attractif et accessible — ce qui est tout à fait faisable —, est de créer de nouveaux champions, de remettre le tennis et la natation dans les écoles, pour des cours dès le plus jeune âge, mais aussi de permettre aux familles de profiter de ces espaces. Je pense même qu’il serait possible d’arriver à démocratiser le golf et découvrir des talents grâce à cette initiative. C’est une chose à laquelle je réfléchis depuis longtemps.

Pendant le confinement, j’ai vu des familles jouer au foot sur des terres agricoles. C’est qu’on en a besoin, et on a tous les moyens de renforcer ces espaces et faciliter leur accès. Il sera possible de financer ce plan, grâce notamment à la participation de l’État, qui a d’ailleurs déjà mis en place plusieurs fonds pour le soutien économique des classes sociales défavorisées.

Aussi, en ce qui concerne le remboursement par les prestataires sociaux, je pense que l’idée a toutes les chances d’aboutir puisque le sport renforce notre système immunitaire et préserve de certaines maladies. Je dirais qu’ils ont tout intérêt à investir dans la santé du citoyen avant d’avoir à rembourser son mal-être.

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