Huit ONG demandent à l'ONU d'enquêter d'"urgence" sur les conditions de travail des saisonnières de Huelva

Le but de ce collectif est de pousser des organes onusiens à publier un communiqué adressé aux autorités marocaines et espagnoles leur demandant la protection des travailleuses saisonnières  de Huelva

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Des femmes travaillant dans un champ de fraise à Huelva. Crédit: AFP

Women’s Link Worldwide (WLW), une ONG internationale de protection du droit des femmes basée à Madrid et à Bogota, a envoyé une demande urgente à l’Organisation des Nations Unies (ONU) l’appelant à enquêter sur « des violations de droits humains commises contre des femmes marocaines et autres travailleuses saisonnières dans les champs de fraises à Huelva, en Espagne« . Épaulée par sept autres associations, WLW compte alerter différents organismes onusiens sur « les risques causés par la pandémie de Covid-19 aux droits de ces femmes, qui étaient déjà en situation de vulnérabilité en raison de l’exploitation et des multiples formes de violences qu’elles ont subies pendant des années », ajoute un communiqué publié ce mercredi 3 juin par l’ONG.

Selon WLW, « les conditions de travail (absence de distanciation physique, de masques et de gants) et d’habitation (des conteneurs manquant de ventilation, d’eau potable et de toilettes) dans certaines fermes aggravent le risque de contamination par le Covid-19« . Le communiqué alerte également sur les conditions de vie de certains migrants vivant dans des habitats informels sans services de base tels que l’accès à l’eau et au réseau d’eaux usées. Pour l’ONG, l’objectif est de pousser les organes onusiens contactés – groupe de travail sur la question des droits de l’homme et des sociétés transnationales et autres entreprises et la rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, entre autres – à publier un communiqué conjoint destiné aux autorités compétentes espagnoles et marocaines et les entreprises concernées, leur demandant de protéger les droits et la santé des travailleuses migrantes à Huelva. Ces mesures doivent inclure une perspective de genre, la cueillette des fraises étant une industrie majoritairement féminine et doivent durer sur le long-terme, pas seulement durant la crise du coronavirus« , ajoute le communiqué.

Des critères de sélection discriminatoires

WLW a également déposé un rapport détaillant les violations des droits humains les plus fréquents subis par les travailleuses saisonnières durant la saison 2019. Son résumé, long de 17 pages, révèle des violations des droits durant le processus de sélection, la cueillette, mais aussi le harcèlement sexuel subi par certaines femmes ainsi que les entraves d’accès à la justice. 16 femmes ont été interrogées par les auteurs du rapport, certaines participant pour la quatrième fois à la saison de cueillette des fraises à Huelva. Selon le rapport, « les principes d’égalité des chances et de non-discrimination sont violés dès le début« , en raison de l’application de critères de sélection excluant certaines travailleuses et offrant des contrats « quasi-exclusivement » aux femmes âgées de 25 à 45 ans avec un ou des enfants en âge de dépendance. « Ces critères discriminatoires sont conçus pour s’assurer que les travailleuses retournent chez elles à la fin de la saison et que les femmes les plus vulnérables, généralement divorcées ou veuves, soient sélectionnées, ce qui rend difficile leur défense en cas d’abus ou de harcèlement », notent les auteurs du rapport.

Le document énumère également des abus lors de la saison de la cueillette, certains liés à la situation juridique des travailleuses, d’autres au volume de travail ne respectant pas la législation locale. Si l’arrêté ministériel régissant le recrutement de travailleurs dans leurs pays d’origine pour le travail saisonnier garantit les contractants à 75% de travail constant durant leur séjour en Espagne, les auteurs du rapport ont observé que les travailleurs saisonniers peuvent passer des jours sans travailler durant les périodes basses, ou à mi-temps, impactant ainsi leur total horaire de travail et leurs revenus. « Les travailleuses n’ont pas forcément droit à la demi-heure de pause légale durant la journée de travail. Certaines ne sont pas autorisées à prendre leur jour de congé. D’autres sont forcées à travailler des heures supplémentaires en raison d’un système qui les oblige à atteindre un quota quotidien de caisses de baies », renchérit le rapport.

Langage sexiste et harcèlement sexuel

Les saisonnières interrogées par les auteurs du rapport ont distingué deux types de harcèlement : le premier lié au genre « que la plupart ont subi », le second, proprement sexuel, « moins répandu ». Ainsi, la majorité des interrogées ont signalé un langage sexiste, des insultes, des comportements dégradants et dans certains cas, une violence physique. « Ces comportements proviennent des responsables et des contremaîtres », précise le document. Les travailleuses interviewées ont mentionné deux cas de harcèlement sexuel dans une ferme, avec usage de menaces ou de promesses de récompenses. « Lorsqu’une des femmes a refusé les avances du contremaître, celui-ci l’a virée et son entreprise a tenté de la renvoyer au Maroc avant la fin de son contrat », peut-on lire à la page 14. En juin 2018, dix travailleuses saisonnières marocaines avaient porté plainte auprès de la justice espagnole pour dénoncer leurs conditions de travail, dont trois pour harcèlement sexuel au travail et une autre pour une tentative de viol. La justice espagnole a classé l’affaire sans suite, estimant qu’il n’y avait pas assez de preuves. La même année, sur les 15.134 saisonnières Marocaines parties pour la cueillette des fraises à Huelva, au moins 1.424 d’entre elles seraient restées sur place après la fin de leur contrat.

 

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