Fatiha Saddas : "Les gens ne prennent pas encore la mesure des réalisations que Youssoufi a accomplies"

Fidèle de la première heure à Abderrahmane Youssoufi et du parti de la Rose, Fatiha Saddas se souvient d'un homme “sur qui l'on pouvait se fier”, dont les réalisations politiques ont été importantes. Pour cette membre du bureau politique de l'USFP, le Royaume a perdu “un grand monsieur qui fait partie de la grande histoire du Maroc”.

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Fidèle de la première heure à Abderrahmane Youssoufi et du parti de la Rose, Fatiha Saddas se souvient d’un homme “sur qui l’on pouvait se fier”, dont les réalisations politiques ont été importantes. Pour cette membre du bureau politique de l’USFP, le Royaume a perdu “un grand monsieur qui fait partie de la grande histoire du Maroc”.

“Abderrahmane Youssoufi est un grand monsieur qui fait partie de la grande histoire du Maroc. Quand je parle de lui, je parle d’une certaine histoire du Maroc, parce qu’il avait commencé à militer dès les années quarante en organisant les ouvriers de Hay Mohammadi contre le protectorat français. Il avait cette légitimité naturelle. Et lorsque l’on fait le choix de suivre la légitimité, on suit d’une certaine manière la stabilité et les principes.

J’ai commencé à travailler avec lui au moment où il est devenu secrétaire du parti lorsque Abderrahim Bouabid nous a quittés, en 1992. À ce moment-là, je ne connaissais pas encore l’homme et j’avais seulement en tête l’image du leader de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), puis de l’USFP. Je faisais partie du groupe chargé de l’organisation et nous travaillions directement avec lui.

Ce qui me touchait en lui, c’était sa façon de se comporter avec les militants. Il avait beaucoup de respect du travail quotidien qui était fait. Il disait souvent que “Travailler pour l’USFP est un moyen de travailler pour le pays”. Ce que je retiens surtout, c’est que c’est un homme d’écoute. Ce n’était pas une personne qui parlait beaucoup. Toute sa vie, il a cultivé cette image de discrétion. Son enterrement, ce vendredi 29 mai, en comité restreint suite aux mesures restrictives, vient boucler la boucle.

Je me souviens avoir échangé, il y a quelque temps, avec Omar Ait Salah (Chef du protocole auprès du Chef du gouvernement El Othmani, ndlr) qui me racontait, en souriant, “avoir besoin de roulettes pour pouvoir le suivre”, lorsqu’ils travaillaient ensemble, alors qu’il était bien plus jeune que lui. Il me racontait également que c’était la première fois qu’ils voyaient des États étrangers recevoir un ministre comme Youssoufi, comme s’il était presque un Chef d’État”.

J’en ai moi-même fait l’expérience en voyant comment les leaders socialistes de l’époque, et pas n’importe lesquels, traitaient cet homme du temps où il était vice-président de l’Internationale socialiste. Je vous parle d’hommes comme Yasser Arafat, Lionel Jospin, Pierre Mauroy, Tony Blair ou Shimon Perez.

Lettre du Secrétaire général de l’International socialiste adressé au Secrétaire général de l’USFP, la veille de la disparition de YoussoufiCrédit: DR

Trace politique

C’est un homme qui a laissé des traces importantes au niveau de sa vision du gouvernement. Il avait fait preuve de beaucoup de patience en tant que Premier ministre, d’autant plus qu’il ne gouvernait pas sur la base de la Constitution de 2011 mais celle de 1996, ce qui n’était pas forcément évident et les prérogatives n’étaient pas aussi élargies que ce qu’elles ne sont maintenant.

C’était un démocrate convaincu. C’était grâce à lui que les gens pouvaient commencer à manifester devant le Parlement, là où ce n’était pas possible de le faire avant. Il y a eu de véritables avancées en termes de liberté d’expression sous son impulsion, mais aussi le lancement de grands chantiers, la mise en place d’un nouveau système électoral, avec l’instauration de listes provinciale. Je pense qu’on ne prend pas encore la mesure des réalisations qu’il a accomplies, et un jour l’histoire l’en honorera et le hissera à la place qu’il mérite.

Il avait également œuvré au retour d’Abraham Serfaty au Maroc, au moment où personne ne croyait qu’il allait revenir. Abderrahmane Youssoufi avait fait un travail important de médiation, à cette époque où l’on commençait à plier toute cette histoire noire. Même au sein de l’USFP, malgré les turbulences, il avait aussi facilité le retour de Fqih Basri au Maroc, malgré des divergences plus tard. C’était quelqu’un sur qui l’on pouvait se fier.”

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