Abderrahmane Youssoufi, en 2019 : “Nous ne nous sommes jamais départis de la notion de service en faveur de notre pays"

En juillet 2019, le défunt Premier ministre accordait sa dernière interview à TelQuel dans le cadre d'un dossier consacré aux 20 ans de règnes du roi Mohammed VI. Abderrahmane Youssoufi y revenait sur ses relations avec Hassan II et Mohammed VI tout en évoquant les moments les plus forts et les plus difficiles de son mandat.

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Roi inaugure l'avenue "Abderrahmane Youssoufi" à Tanger en compagnie de l’ex-Premier ministre, le 30 juillet 2016. Crédit: MAP
Interview réalisée en juillet 2019 et publié dans le numéro 865 de TelQuel

Commençons par le 23 juillet 1999, jour du décès de Hassan II et de la signature de l’allégeance au prince Sidi Mohammed Ben El Hassan. Comment avez-vous vécu ce moment?

C’était un jour de grande épreuve pour le Maroc sur le plan institutionnel, populaire et humain. La perte d’un grand roi de la dimension de Hassan II et l’allégeance à un roi porteur d’espoir de la valeur de Mohammed VI, fut, pour le monde entier, une redécouverte du véritable ADN du Maroc. Le Maroc et les Marocains on réussi à passer un test de la plus grande difficulté, à travers le mode d’allégeance et l’ampleur des obsèques royales, puis, la fluidité de la transition monarchique. Ces enseignements demeureront à jamais gravés dans l’histoire.

Le 26 septembre 2000, suite à un remaniement, vous avez été nommé de nouveau Premier ministre, chargé par Mohammed VI de former un nouveau gouvernement lors d’un entretien en tête à tête. Que vous êtes-vous dit?

Ce fut le renouvellement du projet et de la promesse dont je m’étais acquittés auprès de feu Hassan II. La rencontre s’est résumée à ce que j’avais confié à un journal français: “Ce jeune roi vous surprendra positivement.” Et ce fut effectivement le cas. Sa Majesté a été un grand réformateur.

Quelle a été la meilleure décision et la plus difficile de votre mandat?

C’est l’histoire qui juge les expériences politiques et exécutives. L’essentiel, en ce qui me concerne, est que nous avons agi avec intégrité, responsabilité et conscience. Nous ne nous sommes jamais départis de la notion de service en faveur de notre pays tout en soutenant le projet réformateur de Sa Majesté.

Mais je considère que l’ancrage de la transparence dans la commande publique, la réforme des finances publiques, la baisse du chômage et de l’endettement extérieur, l’atténuation du service de la dette intérieure, l’activation des privatisations comme instrument de développement qui a permis la création du fonds Hassan II pour le financement des grands projets structurants de notre pays ces 20 dernières années, la mise en place des fondamentaux d’un système de protection sociale et de couverture santé et l’institutionnalisation du dialogue social sont parmi les dossiers les plus importants que le gouvernement d’Alternance a mené à bout avec succès. Nous avons suscité l’espoir dans la réforme tout en réconciliant les Marocains et les institutions de l’Etat sur la question des droits de l’homme.

Par quelle manière communiquiez-vous avec Mohammed VI durant votre mandat et comment avez-vous vécu l’exercice du pouvoir à ses côtés?

La communication était institutionnelle et organisée. Cela se faisait de façon humaine et respectueuse. Sa Majesté a été préparée de façon exemplaire à jouer son rôle constitutionnel, national et historique, rôle incarné dans le respect des traditions d’exercice du pouvoir par l’institution monarchique marocaine.

Que pensez-vous de la personnalité de Mohammed VI?

C’est le roi du 21e siècle. Cela ne fait aucun doute. Sa Majesté possède une vision claire, sage et intégrée du projet réformateur et moderniste de la société et des institutions du Maroc d’aujourd’hui. Il entre dans l’histoire à sa manière, comme un leader national, régional et continental, parfaitement en phase avec les enjeux du 21e siècle.

Le moment le plus fort et le plus difficile de votre mandat ?

“Le moment le plus fort, je l’ai vécu lorsque Hassan II m’a rendu visite à l’hôpital 
de Rabat”

Abderrahmane Youssoufi

Le moment le plus fort, je l’ai vécu lorsque feu Hassan II m’a rendu visite à l’hôpital de Rabat (en 1999, ndlr). Ce fut pour moi un instant chargé d’une grande symbolique humaine et politique. Le moment le plus difficile a été son décès quelques semaines après cette visite. Ce fut une épreuve empreinte d’une grande douleur pour moi, à la fois sur le plan politique et humain. Car nous appartenions à la même génération nationaliste et politique.

Comment décririez-vous votre relation avec Mohammed VI depuis 2002?

C’est une relation qui se caractérise par une grande considération et un respect infini. Sa Majesté m’entoure constamment de son affection et de sa sollicitude et je lui en suis reconnaissant. J’ai eu le privilège d’être accueilli par ses soins lors d’occasions publiques comme privées, et j’ai été honoré de sa visite alors que j’endurais l’épreuve de la maladie à l’hôpital. De plus, je considère l’honneur que m’a fait le roi en inaugurant personnellement une avenue en mon nom à Tanger comme le plus grand “Wissam” que m’ait offert Sa Majesté.

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