La fin du franc CFA actée par la France

La France a entériné officiellement le 20 mai la fin du franc CFA, qui devrait dorénavant s’appeler l’Eco, mais sans renoncer pour autant à son engagement financier en Afrique au moment où le continent est frappé par la crise du coronavirus.

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Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian. Crédit: Philippe Lopez/AFP

Le rôle de la France évolue pour devenir celui d’un strict garant financier de la zone”, a expliqué le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. “Les engagements sont tenus et nous sommes au rendez-vous”, a-t-il affirmé lors d’une audition le mercredi 20 mai devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.

“Cette fin symbolique devait s’inscrire dans un renouvellement de la relation entre la France et l’Afrique et écrire une nouvelle page de notre histoire”, a affirmé la porte-parole du gouvernement français Sibeth Ndiaye, après l’approbation par le Conseil des ministres d’un projet de loi qui donne le feu vert à la transformation du franc CFA.

Vers une indépendance monétaire…

“Il s’agit de la mise en œuvre concrète de l’accord du 21 décembre dernier”, annoncé par le président ivoirien Alassane Ouattara, en présence de son homologue français Emmanuel Macron, qui a lancé cette réforme du franc CFA, a expliqué à l’AFP une source française.

Le projet de loi apporte ainsi la ratification en droit français de la transformation de cette monnaie, souvent dénoncée par ses opposants comme “colonialiste” et dont le président français a reconnu qu’elle était “perçue comme l’un des vestiges de la Françafrique”. Concrètement, les huit pays d’Afrique de l’Ouest devront désormais décider si cette nouvelle monnaie s’appellera Eco comme prévu initialement.

Grâce à cet accord, la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne devra plus déposer la moitié de ses réserves de change auprès du Trésor français, obligation qui était perçue comme une dépendance humiliante vis-à-vis de la France par les détracteurs du franc CFA.

Autre différence importante : Paris se retire des instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente. Jusqu’à présent, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque de France participaient aux deux réunions annuelles, dont l’une se déroulait à Paris.

… progressive

En revanche, la France continuera de jouer son rôle de garant pour cette monnaie qui maintiendra également une parité fixe avec l’euro (1 euro = 655,96 francs CFA). Ce point est appelé à évoluer lorsque la monnaie commune ouest-africaine verra le jour.

Le Mali a été le premier pays africain à bénéficier mardi de cette mesure auprès des créanciers du Club de Paris. D’autres devraient suivre comme l’Éthiopie, la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Cameroun et la Mauritanie.

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Concernant le nouvel Eco, il reste à savoir si cette monnaie s’étendra par la suite à l’ensemble des quinze pays membres de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cédeao). Avant l’annonce de la fin du franc CFA, ces États s’étaient mis d’accord pour lancer une monnaie commune cette année qui se serait appelée également Eco.

Mais le franc CFA ne disparaît pas complètement : les six pays d’Afrique centrale (Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad), qui forment une zone monétaire distincte, continueront à l’utiliser.

La réforme du franc CFA a été négociée tout au long du second semestre 2019 entre la France et les huit pays de l’Union économique et monétaire Ouest africain (UEMOA) : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

Intentions diplomatiques

Ce changement se produit à un moment où la France plaide à l’échelon international pour un soutien aux pays africains, qui subissent de plein fouet la crise économique provoquée par le coronavirus. En plus de la chute des prix du pétrole et de ceux des matières, l’Afrique est aussi confrontée à la défiance des investisseurs qui se replient sur des marchés plus sûrs.

“L’Afrique reste l’une de nos préoccupations constantes”, a affirmé mardi le ministre des Finances Bruno le Maire lors d’une audition à l’Assemblée nationale, précisant qu’il prévoyait de soutenir les pays du continent “à travers le Fonds monétaire international”. Depuis le début de la crise, Paris a également été très actif au sein du G20 et a notamment obtenu il y a un mois un moratoire sur le paiement du service de la dette cette année pour les 77 pays les plus pauvres.

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