Le chef de l’OMC démissionne en pleine crise économique mondiale

Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Brésilien Roberto Azevedo, a annoncé le 14 mai sa démission fin août pour “raisons familiales” un an avant la fin de son mandat et en plein marasme économique dû à la pandémie de nouveau coronavirus.

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Si certains lui prêtent des ambitions présidentielles en 2022 face au chef de l’État brésilien Jair Bolsonaro, Roberto Azevedo assure qu’il n’a aucun projet politique. Crédit: DR

Interrogé à ce sujet, le président américain Donald Trump, qui a dénoncé à de nombreuses reprises le fonctionnement de l’OMC, n’a guère commenté. “Pas de problème pour moi. L’Organisation mondiale du commerce est horrible”, a-t-il dit depuis la Maison Blanche.

À Genève, Roberto Azevedo a expliqué aux chefs de délégation à l’OMC lors d’une visioconférence que son choix était une décision “personnelle” et “familiale”, se disant convaincu qu’“elle sert au mieux les intérêts” de l’organisation. “Je ne nourris aucun projet politique”, a-t-il assuré alors que certains lui prêtent des ambitions présidentielles en 2022 face au chef de l’État brésilien sortant Jair Bolsonaro.

Précipitation

Le départ prématuré du Brésilien intervient au moment où l’économie mondiale enregistre son plus violent coup de frein depuis la Grande Dépression des années 1930. Le commerce international est frappé de plein fouet par la pandémie de nouveau coronavirus. L’OMC traverse quant à elle depuis des mois une crise profonde, le tribunal réglant les litiges commerciaux entre ses membres ne pouvant plus compter sur son organe d’appel, bête noire de Washington.

Cette démission “tombe à un bien mauvais moment pour l’institution”, estime ainsi Sébastien Jean, directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). “Le système commercial est profondément déstabilisé à la fois par les tensions préalables, notamment les critiques acerbes du président américain, les entorses multiples aux accords, la guerre commerciale États-Unis-Chine et la paralysie de l’organe d’appel, et par les mesures commerciales prises en réaction à la crise, notamment les restrictions aux exportations diverses et variées”, explique-t-il à l’AFP.

“Il y a un consensus pour que la succession ne revienne pas à une grande puissance économique, et ça ne peut être ni un Chinois ni un Américain”

Source diplomatique

Diplomate de carrière, Roberto Azevedo, qui avait pris la tête du gendarme du commerce mondial en 2013 en succédant au Français Pascal Lamy, a commencé son second mandat de quatre ans en septembre 2017. Avant d’être le patron de l’OMC, il était depuis 2008 le représentant permanent du Brésil auprès de cette organisation où il s’était forgé une réputation de fin négociateur. Il avait ainsi été chef de délégation dans des litiges clés remportés par le Brésil à l’OMC : dans le cas des subventions pour le coton contre les États-Unis et des subventions à l’exportation de sucre contre l’Union européenne.

Lors de sa première candidature, il avait d’ailleurs mis l’accent sur le fait que son élection débloquerait les négociations commerciales qui étaient au point mort depuis des années. Mais malgré quelques succès, les négociations piétinent, les pays n’arrivant même pas à trouver une entente pour interdire les subventions favorisant la surpêche. Et la 12e conférence ministérielle, qui devait se tenir début juin au Kazakhstan et sur laquelle l’OMC avait fondé tous ses espoirs, a dû être reportée à 2021 en raison de la pandémie de Covid-19.

Hostilités commerciales

Roberto Azevedo n’a pas non plus réussi à empêcher les États-Unis de tordre le bras juridique de l’OMC. L’instance d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC, dont la nomination des juges est bloquée par Washington, n’est en effet plus opérationnelle depuis le 11 décembre, faute de magistrats suffisants.

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, l’organisation internationale et son patron assistent par ailleurs, impuissants, aux hostilités commerciales entre les États-Unis, la Chine et l’Union européenne. Les États-Unis pressent d’ailleurs l’OMC de réviser le statut de la Chine, qui selon Washington usurpe son statut de pays en développement.

Reste à savoir qui pourrait reprendre la tête de l’OMC. À Genève, les regards se tournent vers l’Afrique, selon plusieurs sources diplomatiques. “Il y a un consensus (…) pour que la succession ne revienne pas à une grande puissance économique, et ça ne peut être ni un Chinois ni un Américain” compte tenu de la guerre commerciale que se livrent les deux puissances, indique une source diplomatique à l’AFP.

Pour Roberto Azevedo, son départ prématuré doit permettre de désigner son successeur rapidement, sans empiéter sur les préparatifs de la 12e conférence ministérielle, qui devrait sans doute se dérouler mi-2021. À Bruxelles, le commissaire européen au Commerce, Phil Hogan, a aussi estimé que c’était le “bon moment” de choisir un nouveau directeur général “qui saura relever les nombreux défis auxquels l’organisation est confrontée”.

Dans les mois à venir, les États-Unis se réjouissent de participer au processus de sélection d’un nouveau directeur général”, a commenté pour sa part le représentant américain pour le Commerce, Robert Lighthizer, jugeant que Roberto Azevedo sera “difficile” à remplacer.

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