La Tunisie, un modèle de gestion de la pandémie ?

Face à la propagation rapide du nouveau coronavirus, le Maroc et la Tunisie ont opté pour (quasiment) les mêmes mesures… sans obtenir les mêmes résultats. Pourrait-on considérer la gestion tunisienne de la pandémie comme un modèle à suivre ?

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Le pays de près de 11,5 millions d’habitants a entamé un processus de déconfinement progressif le 4 mai. Crédit: AFP

Ce lundi 11 mai, le ministère tunisien de la Santé a annoncé n’avoir enregistré aucun nouveau cas de contamination par le nouveau coronavirus pour le troisième jour consécutif. Le bilan total des personnes infectées s’est alors stabilisé à 1032, sur 32.818 analyses effectuées en laboratoire et 700 guérisons. Aussi, aucun décès supplémentaire n’est à déplorer, stabilisant le nombre à 45 morts. Le pays de près de 11,5 millions d’habitants a pourtant déjà entamé un processus de déconfinement progressif le 4 mai dernier, et lancé une opération de rapatriement des Tunisiens bloqués à l’étranger.

Le même jour, au Maroc, le ministère de la Santé a enregistré 163 nouveaux cas, portant à 6226 le nombre total des personnes contaminées par le Covid-19. Une évolution qui sème le doute sur le déconfinement partiel envisagé par l’Exécutif à partir du 20 mai.

Les deux pays ont suivi, presque en même temps, les mêmes mesures drastiques de prévention et de riposte contre la nouvelle maladie… En quoi le modèle tunisien est-il donc particulier ?

Chronologie tunisienne

Comme le Maroc, la Tunisie a dépisté son premier cas de contamination au nouveau coronavirus le 2 mars dernier. Depuis, le gouvernement tunisien a décrété plusieurs mesures de protection et de lutte contre la propagation de la maladie.

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Le 9 mars, à la suite d’un Conseil de sécurité national présidé par le président de la République Kaïs Saïed, il a été décidé d’opter pour la limitation des transports avec l’Italie et la suspension des cours dans l’ensemble des établissements scolaires et universitaires.

Le 13 mars, l’Exécutif tunisien a annoncé le passage au niveau 2 de la protection en procédant à la fermeture des cafés, restaurants et discothèques à partir de 16 heures, la suspension des prières collectives et l’annulation des congrès et manifestations culturelles, ainsi que la tenue des compétitions sportives à huis clos. Aussi, les frontières maritimes ont été fermées et les liaisons aériennes interrompues avec l’Italie et limitées avec l’Égypte et plusieurs pays européens.

Moins d’une semaine après, le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh a renforcé ces mesures de sécurité. Ainsi, il a été décidé de fermer les marchés et les bains publics et de réduire à cinq le nombre d’heures de travail par jour. Le 17 mars, Kaïs Saïed a décrété le couvre-feu de 18 à 6 heures sur l’ensemble du territoire, avant d’annoncer, le 20 mars, un confinement total et l’interdiction de tout déplacement entre les villes.

Réussite relative

Si les mesures engagées par le gouvernement tunisien sont similaires à celles adoptées par l’Exécutif marocain, quel est donc le secret de cette maîtrise de la pandémie en Tunisie ? Pour plusieurs internautes marocains, cette réalisation serait liée au degré de conscience du peuple tunisien et à sa discipline.

Contacté par TelQuel, un journaliste tunisien, qui préfère garder l’anonymat, confirme en partie cette hypothèse : “Il est vrai qu’une grande partie du peuple tunisien s’est tenue au respect des règles de confinement, c’est l’un des facteurs de maîtrise de la propagation du coronavirus. Mais il faut savoir que d’autres ont pris cette pandémie à la légère et ont même manifesté pour réclamer le déconfinement”, explique-t-il.

“On voit de moins en moins de masques et la distance de sécurité exigée par les autorités dans les lieux publics rétrécit de jour en jour”

Et de poursuivre : “Depuis la levée partielle du confinement (le 4 mai dernier, ndlr), les gens ont repris leur vie normale comme si nous avions dépassé définitivement la crise sanitaire. On voit de moins en moins de masques et la distance de sécurité exigée par les autorités dans les lieux publics rétrécit de jour en jour. Ce comportement s’apparente plus à une absence de civisme et de conscience.

Selon plusieurs médias tunisiens, le gouvernement d’Elyes Fakhfakh a fait appel à l’expertise chinoise dans la lutte contre le nouveau coronavirus. “Une équipe de médecins chinois de haut niveau munie de médicaments efficaces conçus pour lutter contre le coronavirus se rendra bientôt en Tunisie”, pouvait-on lire sur le site d’informations Réalités le 14 mars.

Notre confrère tunisien confirme cette information, mais nuance : “On ne sait pas si le transfert de compétences et de médicaments conçus spécialement par les chercheurs chinois pour lutter contre la maladie ont eu un effet positif sur la situation épidémiologique. On sait simplement que la Tunisie a reçu plusieurs dons chinois sous forme de matériel médical et médicaments.”

La réalité est ailleurs

Et si les chiffres annoncés par le gouvernement tunisien ne reflétaient pas la situation épidémiologique du pays ? Pour notre confrère tunisien, c’est une éventualité. Il explique : “Le gouvernement a intérêt à accélérer le processus de déconfinement. Les différents secteurs de l’économie nationale sont dans le rouge, et de plus en plus de citoyens issus de milieux défavorisés ne trouvent même pas de quoi se nourrir. Il est donc possible qu’on ait falsifié les chiffres. D’ailleurs, cette pratique était très courante à l’époque de Benali”.

“Des Tunisiens contaminés et qui ont préféré s’auto-isoler sont morts à domicile. Le ministère de la Santé ne les considère pas comme des patients Covid-19”

Pour amoindrir le nombre de cas testés positifs au coronavirus, le ministère tunisien de la Santé réalise, selon notre source, de moins en moins de tests. “Comment se fait-il qu’on effectue moins de 300 analyses par jour alors que la première phase de déconfinement est entamée ?”, s’interroge le journaliste pour qui “il faudrait doubler de vigilance pour éviter une nouvelle vague de contaminations”.

Le ministère tunisien de la Santé demande par ailleurs aux citoyens qui présentent les symptômes du Covid-19 de s’auto-isoler chez eux. Cette mesure permet, selon notre interlocuteur, de “masquer les défaillances du système sanitaire tunisien”, mais surtout de “ne pas déclarer l’ensemble des cas testés positifs”. Selon plusieurs de mes collègues, des Tunisiens contaminés par le coronavirus et qui ont préféré s’auto-isoler sont morts à domicile. Le ministère de la Santé ne les considère pas comme des patients Covid-19”, martèle-t-il.

Et de conclure : “La Tunisie ne compte que 11,4 millions d’habitants, toute comparaison avec des pays comme l’Algérie ou le Maroc qui comptent bien plus d’âmes doit prendre en considération le facteur démographique.”

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