Déconfinement : une “feuille de route” du ministère de la Santé fuite sur les réseaux sociaux

Dans un document non officiel diffusé sur les réseaux sociaux, le ministère de la Santé renseigne les prérequis et les éventuels risques du déconfinement. Détails d’une “feuille de route”.

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Un agent de nettoyage procède à une opération de désinfection de tramway au Terminus de Sidi Maarouf, à Casablanca, pour diminuer les risques de contamination. Crédit: Yassine Toumi/TelQuel

Provenant de la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies (DELM) pilotée par Mohamed Youbi, un document daté du 5 mai a fuité sur les réseaux sociaux dans la journée du 7 mai. Non officiel, ce document est une “feuille de route” pour la levée du déconfinement. Dans les 36 pages du document sont présentées la situation épidémiologique actuelle au Maroc ainsi que les conditions et risques à prendre en compte pour le déconfinement prévu, pour l’instant, le 20 mai.

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Bilan du confinement

Outre un récapitulatif des décisions mises de l’Exécutif et de l’évolution épidémiologique depuis la détection du premier cas marocain de coronavirus le 2 mars, le document évoque l’impact du confinement sur la société marocaine. Les mesures de confinement auraient ainsi permis d’éviter “300.000 à un demi-million de nouveaux cas, et de 9000 à 15.000 décès”. Pour rappel, le pays dénombre à ce jour 185 décès liés au virus, selon le dernier bilan du ministère de la Santé présenté le 8 mai à 10 heures.

Source: fichier non officiel du Ministère de la Santé

Taux de guérison en vert et taux de décès en rouge.

Le document rappelle que le confinement a permis d’aplatir la courbe des contaminations et de baisser le taux de létalité, ainsi que le nombre de cas en réanimation. Il est également souligné que le confinement a permis la réduction de la contagiosité dans le pays.

Taux de reproduction du virus par province.

Déconfinement : risques et arguments

Le document en question pointe aussi différents arguments pour mettre en place le déconfinement. Il s’agit notamment de l’impact socio-économique et sanitaire. Le confinement est présenté comme “pesant lourdement sur les autres morbidités, plus difficilement prises en charge dans le contexte épidémique. Il pourrait être la source de l’apparition ou de l’aggravation d’autres morbidités (ex : troubles psychiques)”.

Autre argument mis en avant pour le déconfinement, l’atteinte progressive du RT=1 (taux de reproduction ou de contagiosité du virus). Un RT=1 signifie qu’une personne infectée peut contaminer une seule autre personne. Comme le montre le tableau ci-dessus, en moyenne, au 5 mai, le RT est très proche de 1, ce qui annonce une contagiosité très limitée, annonçant une phase de plateau, à savoir de stagnation de l’épidémie avec une baisse de propagation virale. Dans son document non officiel, le ministère de la Santé dresse deux scénarii quant à l’évolution de la courbe épidémique :

Scénario 1 avec chute du Rt après le déconfinement.

 

Scénario 2 avec une évolution en dents de scie.

En effet, l’un des scénarii pointe un risque de résurgence de la transmission du virus, notamment dans les foyers professionnels. Le document liste ainsi comme risques majeurs la possibilité “d’une grande transmissibilité du virus, la proportion inconnue des formes asymptomatiques, la logistique de surveillance et de prise en charge, l’hétérogénéité de l’adhésion de la population aux mesures instaurées”.

Le tout en rappelant les principaux objectifs, à savoir “limiter l’apparition de nouvelles infections et de nouveaux foyers. Éviter la diffusion communautaire du virus dans les régions avec des cas sporadiques et/ou de petits foyers. Éviter la réintroduction du virus dans les régions avec élimination du virus”.

Les conditions

Pour ce faire, le document du ministère énumère différents prérequis afin d’assurer un suivi correct en limitant les risques pour assurer un déconfinement réussi. Tout d’abord, le système sanitaire national doit être en capacité d’accueillir et de répondre aux besoins de santé d’une éventuelle nouvelle vague d’épidémie.

Les équipements de protection individuelle sont également de mise ainsi qu’un suivi épidémiologique capable de détecter les tendances d’une éventuelle reprise. Au centre du débat depuis déjà quelques semaines, le rapport suggère la mise en place d’un “système d’identification rapide et de prise en charge aussi bien des cas avérés que de leurs contacts”.

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Le document fait sur ce point référence à la solution actuellement développée par le ministère de l’Intérieur en partenariat avec différentes entreprises, même si aucune communication officielle n’a été effectuée par le ministère.

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