Diffamé sur les réseaux sociaux suite à un live avec Sofia Taloni, un jeune se retrouve sur le banc des accusés

Victime de diffamation sur les réseaux sociaux suite à un live avec Sofia Taloni, un apprenti metteur en scène a décidé de porter plainte, avant de se retrouver en garde vue puis poursuivi pour violation de l’état d’urgence sanitaire et outrage à agent de la force publique durant l’exercice de ses fonctions.

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Le procès d’Abdelatif s’ouvrira le 12 mai au tribunal de première instance de Sidi Kacem. Crédit: Unsplash

C’est l’histoire d’un jeune étudiant en art dramatique victime de diffamation sur les réseaux sociaux qui se rend à un poste de police pour porter plainte, et se retrouve poursuivi pour violation de l’état d’urgence sanitaire et outrage à agent de la force publique durant l’exercice de ses fonctions. Le procès d’Abdelatif s’ouvrira le 12 mai au tribunal de première instance de Sidi Kacem.

La mésaventure de cet artiste de 21 ans commence durant la première semaine d’avril, période où il participe à un live avec l’influenceuse Sofia Taloni, qui provoquera quelques jours plus tard une dangereuse campagne d’outing sur les réseaux sociaux. “Ce n’est pas la question de la communauté LGBT qui m’a poussé à prendre part à ce live. Je l’ai fait parce que Sofia Taloni a commencé à insulter ma ville natale, Sidi Kacem, et je tenais à réagir. Au cours du live, évidemment, elle a essayé de me dénigrer, car j’ai les cheveux bouclés… je n’y ai pas prêté plus attention que ça, nous raconte Abdelatif.

Jusqu’à ce qu’un extrait du live soit repris sur YouTube et Facebook. “Si certains ont salué le fait que j’aie défendu la ville de Sidi Kacem, une page Facebook n’a pas lésiné sur les insultes à mon encontre. J’ai gentiment écrit à la page pour qu’ils suppriment leur post, pas de réponse. J’ai alors contacté un des admins, je me suis heurté à un refus et des insultes”, nous dit-il.

Retournement de situation

Le 8 avril, Abdelatif décide de bon matin de porter plainte pour diffamation. Direction un poste de police de la ville de Sidi Kacem.

“Il a commencé à écrire sur son ordinateur, je croyais qu’il rédigeait ma plainte, mais en fait non !”

Abdelatif

“Dès que je suis rentré dans le commissariat, une dame m’a dirigé vers un policier. Ce dernier m’a regardé de travers, car j’ai les cheveux en bataille, un piercing et un khelkhal (bracelet, ndlr). Il m’a dit : ‘Nous ne travaillons pas!’. J’ai insisté en expliquant que j’étais en danger et que seule la police pouvait rétablir cette injustice. C’est là qu’il m’a interrompu pour me demander si j’avais mon autorisation de sortie”, nous raconte cet apprenti metteur en scène, à la tête d’une compagnie des arts vivants.

Il poursuit : “J’en avais évidemment une, sauf qu’elle n’était pas dûment remplie. Il a alors dit que ce n’était pas mon autorisation, puis il a commencé à écrire sur son ordinateur, je croyais qu’il rédigeait ma plainte, mais en fait non!” Abdelatif est emmené au Commissariat central. “On m’apprend que je suis placé en garde à vue car j’ai violé l’état d’urgence et porté atteinte à ce policier!

Choqué par ce retournement de situation, l’étudiant fait une crise et se voit transporté à deux reprises à l’hôpital en 48 heures de garde à vue. “Après mon second retour de l’hôpital, j’ai raconté aux policiers ce qui s’était véritablement passé, mais rien n’y a fait, j’ai été présenté au procureur du roi qui a décidé de me poursuivre, explique l’étudiant. Aujourd’hui, Abdellatif attend, anxieux, l’ouverture de son procès. “Je voulais porter plainte pour diffamation et je me retrouve aujourd’hui poursuivi!”, nous confie-t-il, désarmé.

L’impossibilité de porter plainte

Il y a deux semaines, une armée d’anonymes a mené une massive campagne de dénonciation de personnes homosexuelles sur les réseaux sociaux. À l’origine de cette dangereuse campagne d’outing, un live de Sofia Taloni.

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Cette femme transgenre, véritable star sur la Toile, a appelé sa communauté à créer des faux profils sur les applications de rencontre destinées à la communauté LGBTQI+. L’ensemble des victimes que nous avions interrogées à l’époque avaient réfuté l’idée de porter plainte, par peur de représailles. “Parler avec vous anonymement est une chose, mais parler avec la police en est une autre. J’ai peur qu’ils connaissent mon identité, me fassent arrêter, nous avait confié l’un d’eux.

Pour rappel, au Maroc, l’homosexualité est passible de jusqu’à trois ans d’emprisonnement (article 489 du Code pénal).