Projet de loi 22-20 : les tentatives d’explications du parti de la rose

Au cœur de la polémique autour du projet de loi sur l’utilisation des réseaux sociaux, l’USFP tente, tant bien que mal, de se défendre et pointe du doigt la “propagande” du PJD.

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Driss Lachgar, secrétaire général de l'Union socialiste des forces populaires (USFP). Crédit: DR

Depuis l’éclatement de l’affaire du projet de loi sur l’utilisation des réseaux sociaux, l’USFP, parti auquel est affilié Mohamed Benabdelkader, ministre de la Justice, est au cœur de la tourmente. Pour tenter de déminer le débat, le parti de la rose a choisi son bras médiatique, Al Ittihad Al Ichtiraki. Dans les colonnes de l’édition du 30 avril du journal, un article fleuve revient sur les “vérités et explications” de l’impopulaire projet de loi 22-20.

Après avoir chanté les louanges de la mobilisation nationale pour lutter contre la propagation du coronavirus, le journal pointe du doigt “des forces qui n’aiment pas l’unité, ces forces qui n’ont contribué en rien à l’épopée marocaine (de lutte contre la pandémie, ndlr)”.“Elles veulent créer le Covid-22-20 au lieu du Covid-19, afin d’attirer de nouveaux clients”, lit-on dans le journal. Comprendre : de nouveaux électeurs.

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Al Ittihad Al Ichtiraki explique qu’au sein du gouvernement, le débat autour du projet de loi sur l’utilisation des réseaux sociaux “n’avait aucune intention de porter atteinte aux libertés ou de mettre en danger la réputation nationale et les acquis historiques en matière de libertés”. Et d’insister que ce débat a été conditionné par “l’obligation de réserve”. “Une première puis une deuxième commission ont été constituées et chaque ministre s’était engagé dans sa mission avec une obligation de réserve. Le ministère USFPiste est allé plus loin en refusant de répondre à nos questions à ce sujet.”

À boulets roses sur le PJD

L’USFP ne semble guère apprécier les sorties de Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des Droits de l’Homme — lequel a envoyé une note pointant certaines des anomalies du projet de loi de Benabdelkader — et du ministre de l’Emploi Mohamed Amekraz qui, lui aussi, a exprimé des réserves face au texte.

“L’ensemble du gouvernement est concerné”

Toute personne ayant un sens des responsabilités a été surprise par les agissements individuels qui ont trait à de la propagande, comme la sortie d’un ministre où il dévoile les tractations et les positions de chacun au sein du gouvernement” , tranche le canard partisan. Et d’ajouter que ce projet de loi, dont une version initiale criminalise le boycott commercial sur les réseaux sociaux, comme tous les autres textes, est le fruit d’une “élaboration gouvernementale collective” et que par conséquent, “l’ensemble du gouvernement est concerné”.

Le bras médiatique du parti de la rose fait alors un parallèle entre les positions des ministres PJDistes sur le projet de loi polémique et celles d’Abdelilah Benkirane quand il était chef du gouvernement. “Il a toujours préféré jouer à la fois au responsable et à l’opposant, que ce soit lors des meetings du parti en fin de semaine ou au sein du Parlement. Et ce n’est pas un comportement individuel, il s’agit d’une constante dans la compréhension des pratiques politiques” du PJD.

Et bien que le projet de loi 22-20 a été adopté le 19 mars selon la communication de l’Exécutif, le parti de Driss Lachgar insiste sur le fait qu’il “n’a toujours pas été adopté”. “Pour qu’un texte devienne un projet de loi, cela suppose qu’il a quitté les couloirs du gouvernement et sur cette base, il devient alors un projet de loi présenté aux institutions constitutionnellement”, argue-t-on. Et de conclure : “Notre refus de la manipulation et des manœuvres politiques ne nous empêche pas de nous accrocher à notre histoire et notre héritage dans la lutte pour les libertés.”

Et le RNI dans l’affaire ?

Dans sa communication, l’USFP n’évoque pas une question qui s’est largement répandue depuis les leaks du youtubeur Mustapha Swinga, celle qui voudrait que l’ombre du RNI soit derrière ce texte polémique. À ce propos, les internautes se sont pressés de déterrer un communiqué conjoint des deux formations faisant suite à la tenue d’une réunion le 12 mars au siège du parti de la rose. En plus des deux secrétaires généraux Driss Lachgar et Aziz Akhannouch, la rencontre a connu la participation de cadres des deux partis dont Lahbib El Malik, Hanane Rihab, Amine Benkhadra ou encore Mohamed Aujjar.

“Faire des liens entre l’USFP et le RNI dans cette affaire relève du pur populisme”

Hanane Rihab

Selon le communiqué, les deux formations ont discuté de la gestion de la pandémie et de la réforme des lois électorales. Mais c’est un paragraphe autour de la reforme du Code pénal qui a retenu l’attention : “Afin de mettre en œuvre les préceptes de la charte de la majorité (…) les deux parties expriment leur plein soutien au ministre de la Justice dans ses efforts pour accélérer le rythme de la réforme du Code pénal, et en même temps, elles affirment la nécessité pour le gouvernement de s’engager dans une réforme globale et approfondie de la politique pénale conformément aux principes de la Constitution, et la promotion des droits et libertés”, lit-on dans le communiqué.

En chœur, les USFPistes réfutent en bloc. “Je ne comprends pas comment on peut faire le lien entre le projet de loi 22-20 et ce communiqué! J’ai participé à cette réunion et je peux vous assurer que ce projet de loi n’a pas été discuté. Faire des liens entre l’USFP et le RNI dans cette affaire relève du pur populisme”, nous répond Hanane Rihab député et membre du bureau politique ayant pris part à la réunion du 12 mars.

Tahar Abouzaid, membre du conseil national, ajoute : “Ça n’a aucun sens de ressortir ce communiqué aujourd’hui pour tenter de justifier des suppositions. Ce projet de loi a été conçu en concertation avec différents ministères, dont celui de l’Industrie et le département de la Communication. Donc ça m’étonne qu’on cherche aujourd’hui à clouer au pilori Mohamed Benabdelkader. Pour moi, il s’agit d’un règlement de compte politique!

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