MHE au sujet des masques : “Nous sommes dans un bras de fer constant avec les textiliens”

Intervenant ce 23 avril lors d’une réunion de la Commission des finances, Moulay Hafid Elalamy a fait le point sur la pénurie et l’export de masques, la crise que traverse l’industrie à cause du coronavirus et ses opportunités. Morceaux choisis.

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La Commision de finances. Crédit: DR

Les masques

“Nous avons essayé de garantir une distribution fluide dans tout le territoire mais il y a eu des magouilles. Beaucoup ont essayé d’exporter les masques mais j’ai fermé la porte à ce genre d’agissements. Les douanes saisissent toute personne qui essaie de faire cela. Nous avons arrêté des gens qui ont acheté des masques subventionnés à 80 centimes et qui les vendaient à 3 dirhams.”

“Nous avons également fait face à un problème au niveau de la certification. Il était inconcevable pour nous d’imposer le port du masque obligatoire et de donner aux citoyens des masques qui ne répondaient pas aux normes. Il faut les équiper et les protéger. Mettre en place cette certification avec les industriels avec lesquels nous collaborons a été un vrai challenge, nous n’avions pas les capacités humaines pour cela. Nous avons revu nos process et cela nous a permis de laisser les industriels faire leur travail.”

“J’ai tout fait pour qu’ils puissent être distribués auprès des petits commerces, car ils sont déployés sur tout le territoire. Afin de transporter les masques, nous avons fait appel à la Centrale laitière et à Coca-Cola qui ont gracieusement participé à la distribution.”

“Aujourd’hui, nous sommes à une production de 6,8 millions de masques par jour et nous comptons atteindre prochainement les 8 millions. Nous avions de gros problèmes de qualité des masques au début, notamment avec les élastiques qui lâchaient. Tout cela s’est amélioré. Nous collaborons avec une entreprise sans avoir fait d’appel d’offres à cause de l’urgence de la situation. Même si la qualité s’est largement améliorée, nous devons être réalistes : lorsqu’on travaille à une échelle aussi grande, il est impossible que 100 % de la production soit sans faille. Même en aéronautique, une telle chose n’est pas possible. Il y a une marge d’erreur.”

“À partir d’aujourd’hui, notre problème ne sera pas la pénurie de masques mais leur abondance et nous allons commencer à les exporter.”

Gérer la chaîne de production

“Mon staff au ministère est déployé 24 heures sur 24. Plusieurs industriels m’accusent d’essayer de gérer leurs usines et je suis clair avec eux. Oui, je gère aujourd’hui vos usines parce que la sécurité des Marocains en dépend. Aujourd’hui, ce ne sont pas vos usines mais les usines des Marocains.”

“Nous sommes dans un bras de fer constant avec les producteurs de textile. Ils ne sont pas contents parce je régule les prix du tissu, et que je leur ferme les frontières pour qu’ils ne vendent pas à l’international à un prix plus important. Tout cela pour garantir l’accessibilité des prix aux citoyens et par conséquent leur sécurité.”

“J’ai également découvert, à travers une saisie de la douane, l’existence de compagnies étrangères qui importaient le tissu, fabriquaient des masques au Maroc pour les revendre ensuite à l’étranger. J’ai conditionné la poursuite de leur activité sur le territoire. Pour pouvoir vendre à l’étranger, elles doivent dédier la moitié de leur production au marché marocain. Ils ont pleuré, crié, refusé, m’ont envoyé leurs ambassadeurs… et j’ai quand même refusé. Ces entreprises ont fini par céder.”

La survie du commerce et de l’industrie

“Les petits commerces alimentaires sont les seuls qui existent à présent. Fermer tous les commerces en tant que ministre du Commerce est une décision qui me fait pleurer chaque jour, mais je n’ai pas le choix, car il y va de la santé des citoyens. Bien sûr que ces commerces en souffrent, sauf qu’il ne faut pas oublier une chose : le Maroc entier souffre en cette période.”

“En ce qui concerne les usines de production alimentaire, ce sont celles qui ne doivent absolument pas fermer. Elles sont notre priorité aujourd’hui, car elles garantissent que nous aurons de quoi manger demain. Nous avons organisé leur activité à travers une première circulaire pour fixer les conditions sanitaires à respecter. Nous avons eu des foyers de contamination au sein de certaines entreprises mais, Dieu merci, nous suivons cela de près.”

“Dans l’usine atteinte à Casablanca, c’est l’employée qui distribuait les masques qui a contracté le virus. Ce sont des problèmes qui arrivent. Nous avons deux choix : soit arrêter l’économie une bonne fois pour toutes, soit aller tout doucement. Nous n’accepterons toutefois jamais qu’une entreprise mette ses employés en danger en violant le respect des normes. Quiconque ne respecte pas ces normes sera sanctionné par la fermeture.”

“Nous avons d’ailleurs fermé quelques centres d’appel. Ceux qui ont réduit leurs effectifs, imposé la distanciation entre le personnel, me voient heureux qu’ils continuent leur activité. Mais ceux qui entassent des milliers d’employés doivent mettre la clé sous la porte, même si cela fait mal au cœur. Certes, nous voulons que les Marocains travaillent, mais pas n’importe comment.”

“Certaines compagnies étrangères sont susceptibles de quitter le territoire, mais Renault et Peugeot, les deux principales entreprises du secteur automobile ici au Maroc, comptent reprendre leur activité dans les jours qui viennent.”

Renaître de ses cendres

“Cette période de crise sera dure pour nous tous. Nous pouvons l’envisager comme une épreuve ou comme une opportunité pour le changement. Personnellement, je vois en ce moment une opportunité. Actuellement, nous menons des discussions avec des investisseurs chinois de haut niveau. Nos discussions portent sur le plus gros investissement que nous avons vu jusqu’à maintenant. Ce sont des acteurs internationaux que nous n’envisagions même pas auparavant. À titre d’exemple, les acteurs de l’industrie du textile qui souffraient de problèmes avant le coronavirus auront après la fin de cette crise des opportunités concrètes à saisir.”

“Les gros industriels ont compris qu’il n’est plus possible pour eux de réaliser 100 % ou 90 % de leur chiffre d’affaires dans un pays. Ce n’est plus envisageable après cette crise. Cela va permettre l’émergence de nouvelles opportunités.”

De l’art de la fraude

“En tant qu’ex-président de la CGEM, je connais les fourberies dont sont capables les chefs d’entreprises. J’ai alerté mon collègue au ministère des Finances, je lui ai dit qu’ils allaient toucher les indemnités et quand même faire travailler le personnel.”

“Pour moi, toute personne qui fait des magouilles devrait être jugée et emprisonnée. Payer des pénalités n’est pas suffisant, nous ne sommes pas en train de jouer. Le pays est en difficulté, ce n’est pas un moment pour piocher des sous. Dénoncer ce genre d’agissements n’est pas de la délation, nous sommes dans une période difficile.”

“Je sais qu’il n’y a pas que des gens malhonnêtes qui dirigent des entreprises, mais ceux qui le sont devront répondre de leurs actes devant un tribunal. C’est une maladie qui gangrène notre pays et que nous devons soigner. Nous avons un fonds dédié dans lequel nous puisons nos ressources, voler l’argent de ce fonds c’est priver les gens qui sont réellement dans le besoin et qui méritent cet argent.”

“La situation que nous vivons aujourd’hui est exceptionnelle, quiconque tente d’en profiter pour son enrichissement personnel mérite la prison.”

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