Les écoles et universités marocaines sont-elles (réellement) prêtes pour un enseignement à distance ?

Le ministère de l’Éducation nationale a décidé de suspendre les cours en présentiel à partir du 16 mars et de les remplacer par un enseignement à distance. Tous les établissements scolaires et universitaires des secteurs public et privé sont concernés par cette décision, mais sont-ils prêts et bien outillés pour enseigner à distance ? Les réponses.  

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L'universite Mohammed V, à Rabat. Crédit: DR

Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé, dans un communiqué diffusé vendredi 13 mars, la suspension des cours à partir du lundi 16 mars et jusqu’à nouvel ordre dans l’ensemble des crèches, des établissements d’enseignement, de formation professionnelle et des universités des secteurs public et privé.

Une décision qui s’inscrit dans le cadre des mesures préventives engagées par le gouvernement pour endiguer la propagation du coronavirus (Covid-19). Celle-ci est applicable aussi aux établissements de formation des cadres ne faisant pas partie d’universités, aux écoles et centres de langues relevant des Missions étrangères et aux centres de langues et ceux de soutien scolaire privés, a précisé le ministère dans son communiqué.

Des ressources prêtes à l’emploi

Le ministère a affirmé qu’il ne s’agit nullement de vacances scolaires exceptionnelles, d’autant plus que les cours seront dispensés à distance afin de permettre aux élèves de poursuivre leurs études tout en restant à domicile. Mais dispose-t-on de ressources pédagogiques numériques et audiovisuelles pour dispenser des cours à distance ? La réponse est affirmative.

Le ministère dispose déjà d’un ensemble de ressources numériques et audiovisuelles ainsi que des kits didactiques pour les besoins d’un enseignement et d’une formation à distance en faveur des apprenants”, rassure Fatima Ouahmi, directrice de communication au ministère de l’Éducation nationale.

Les cours à distance seront dispensés sur la plateforme numérique Telmid Tice

Selon la responsable au département de Saaïd Amzazi, une partie de ces ressources ont été filmées au moment de la pandémie de grippe H1N1. “Le ministère avait préparé ces capsules pour les diffuser sur la chaîne éducative au cas où la grippe H1N1 parvenait à l’état pandémique. Une partie de ces cours est obsolète et nous sommes en train de la refaire, une autre partie est valable et donc exploitable”, précise notre source.

En plus de cette première catégorie de ressources pédagogiques, le ministère de l’Éducation nationale a déjà acquis d’autres ressources numériques et kits pédagogiques conçus par des sociétés spécialisées. Il a également récupéré des ressources numériques préparées par le corps enseignant, notamment dans le cadre du concours des enseignants innovants.

Nous sommes en train de préparer d’autres supports utiles pour permettre de s’assurer de la continuité de la formation de nos élèves durant cette période exceptionnelle”, conclut notre interlocutrice. Ces cours à distance seront dispensés sur la plateforme numérique Telmid Tice.

Réactions mitigées

L’annonce de la suspension des cours au niveau des établissements de l’enseignement primaire et secondaire a suscité plusieurs réactions, notamment sur les réseaux sociaux. Si elles sont principalement positives, des internautes revendiquent d’autres mesures d’accompagnement.

“Comment vont faire les mamans qui travaillent pour garder leurs enfants à la maison ?”

Le problème qui va se poser maintenant c’est que ces jeunes ne vont pas rester chez eux pour se protéger du mal et vont passer tout leur temps dehors, souligne une internaute. D’autres ont relevé le même problème et exigent “des mesures de confinement pour lutter contre la propagation du virus”.

La suspension des cours pose un autre problème, cette fois-ci pour les parents : “Comment vont faire les mamans qui travaillent pour garder leurs enfants à la maison ?”, s’interroge une maman. Et de poursuivre : “Je ne pourrais même pas confier mes enfants à une nourrice, parce que je sais qu’ils seront avec d’autres enfants, donc exposés aux mêmes risques qu’à l’école. Jusqu’à présent, aucune mesure n’est annoncée par le ministère de l’Économie et des Finances à ce sujet.

“Plusieurs élèves qui habitent dans des petits patelins et des douars ne disposent même pas d’électricité pour avoir accès à ces cours”

Et un dernier problème : “Plusieurs élèves qui habitent dans des petits patelins et des douars ne disposent même pas d’électricité pour avoir accès à ces cours à distance. C’est une décision discriminatoire”, souligne un internaute. Un responsable au ministère de l’Éducation nationale rappelle qu’“il s’agit d’une décision exceptionnelle imposée par les circonstances” et que “des mesures sont engagées au fur et à mesure pour remédier aux problèmes créés par la propagation du coronavirus”.

L’enseignement supérieur en phase de test

La décision du ministère de l’Éducation nationale de suspendre les cours concerne aussi les établissements de l’enseignement supérieur. “La suspension concerne uniquement les cours en présentiel”, insiste Mohamed Tahiri, directeur de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Éducation nationale.

“Cette période exceptionnelle permettra aux enseignants de découvrir l’enseignement à distance”

Mohamed Tahiri, directeur de l’Enseignement supérieur

Et de préciser que le département dirigé par Saaïd Amzazi multiplie les contacts et les réunions avec les présidents des universités et établissements de l’enseignement supérieur pour “trouver des solutions à même d’assurer la continuité des cours à distance”. Et là encore, les ressources numériques ne manquent pas. “Au niveau des universités, plusieurs cours s’enseignaient à distance avant l’annonce de cette décision”, nous informe le directeur de l’Enseignement supérieur.

Actuellement, les présidents des universités et les doyens des différents établissements de l’enseignement supérieur “vont demander aux enseignants de mettre à la disposition des étudiants différentes ressources pédagogiques, notamment sur la plateforme Maroc université numérique (MUN), disponibles et gratuites”, ajoute notre source.

Selon lui, les enseignants déposent déjà des ressources, des PowerPoint, des polycopies, ainsi que des capsules vidéo et audio sur la plateforme. “Cette période exceptionnelle permettra aux enseignants de découvrir l’enseignement à distance, une tendance mondiale dans laquelle le Maroc doit s’inscrire.

Le privé qui suit

Les responsables des écoles et établissements de l’enseignement privé se sont également mobilisés et insistent eux aussi sur la nécessité de suspendre les cours en présentiel et de les dispenser à distance. “On a mené des réunions d’urgence pour mettre en place l’organisation nécessaire à la gestion de cette période de crise”, souligne Khalid Benzakour, directeur de la Conférence des grandes écoles.

Comme pour les universités du secteur public, les grandes écoles privées disposent déjà des plateformes d’apprentissage à distance et des ressources numériques nécessaires à cette forme d’enseignement. “Nous avons déjà un système d’enseignement à distance depuis quelques années. En plus, nous avons un système d’information qui permet au corps administratif, aux enseignants et étudiants de communiquer sur une plateforme commune. Aujourd’hui, les moyens technologiques sont là, le problème qui se pose et que nous ambitionnons de résoudre dans les jours à venir concerne l’aspect organisationnel”, conclut Khalid Benzakour, également directeur de l’ISGA.

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