Li Li : “Ce virus menace l’humanité tout entière”

L’ambassadeur de Chine au Maroc, Li Li, aborde la situation sanitaire 
dans son pays, sa perception à l’étranger et les efforts du gouvernement chinois pour contrer l’épidémie de coronavirus.

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Comment se présente la situation en Chine ?

Je pense que le message est très clair. Nous sommes en présence d’une épidémie grave, des efforts sont fournis pour l’affronter et la vaincre et il y a une coopération internationale à ce sujet. En revanche, il faut reconnaître que notre connaissance de la genèse du virus est insuffisante car il est inédit. Je peux assurer que la crise est grave, la situation difficile et extrêmement complexe.

“Le pic d’infections a déjà été dépassé en Chine, mais personne ne peut affirmer que la situation est sous contrôle à 100 %”

Li Li, ambassadeur de Chine au Maroc

D’après les informations dont je dispose, le pic d’infections a déjà été dépassé en Chine, mais personne ne peut affirmer que la situation est sous contrôle à 100 %. Mon pays a pris toutes les précautions nécessaires pour contrôler la situation. Le système de quarantaine, par exemple, est difficile à mettre en place car la population est amenée à faire beaucoup de sacrifices, mais il reste la seule manière d’empêcher la propagation du virus.

Qu’en est-il de l’hôpital d’urgence construit en 10 jours à Wuhan ?

Il y a eu une mobilisation nationale réunissant toutes les compétences, toutes les ressources humaines et tous les moyens nécessaires pour neutraliser le virus à la source, la ville de Wuhan. Cette cité dispose d’une infrastructure de santé publique très sophistiquée mais accusait quelques carences. Parmi elles, la faiblesse des structures d’accueil des personnes atteintes de maladies respiratoires hautement contagieuses.

D’après ce qu’on m’a dit, la ville ne disposait au début de l’épidémie que de 60 lits consacrés uniquement aux cas très urgents. Aujourd’hui, ce chiffre a atteint 3060 lits. Ce n’est plus le patient qui attend son lit, mais le lit qui attend son patient.

Le virus est apparu au pire moment, à l’approche du Nouvel An chinois fêté le 25 janvier. Combien de temps les autorités ont-elles mis à mesurer les risques de propagation de l’épidémie ?

“Évidemment, il a fallu du temps au début pour mesurer les risques”

Li Li, ambassadeur de Chine au Maroc

Je pense que nous avons la chance, en Chine, d’avoir une administration de très haut niveau. Évidemment, il a fallu du temps au début pour mesurer les risques. Quinze jours plus tard, la réflexion a été lancée au niveau national, car nous avons pris conscience que le problème dépassait le niveau local, particulièrement avec la période des fêtes où les déplacements des habitants se font plus intensément.

Plus de trois milliards de déplacements sont effectués lors du Nouvel An chinois. La situation est similaire à celle de Aïd Al Adha, où tout le monde veut se réunir avec sa famille. Nous avons donc imposé la quarantaine à plusieurs villes importantes, dont la capitale Pékin où vivent 21,5 millions de personnes.

Le coronavirus est né 
en Chine, avant de 
se propager au reste 
du monde.Crédit: VIVEK PRAKASH / AFP

Les mesures prises par votre pays sont-elles suffisantes ?

En plus de la quarantaine, nous avons suspendu la production industrielle pendant près d’un mois et nous n’avons pas appelé les travailleurs à retourner dans les usines. D’autres mesures ont concerné les déplacements internationaux, comme pour le Maroc, où de moins en moins de touristes arrivent chaque jour.

Il faut garder en tête que, depuis l’apparition du virus, les meetings internationaux n’ont pas cessé et les déplacements continuent dans les deux sens”

Li Li, ambassadeur de Chine au Maroc

Il faut également garder en tête que, depuis l’apparition du virus, les meetings internationaux n’ont pas cessé et les déplacements continuent dans les deux sens. Lors de cette période de l’année, beaucoup d’Européens vont en France passer leurs vacances dans les Alpes, et puisque la période d’incubation du virus peut aller jusqu’à 14 jours, une personne pourrait infecter son entourage sans le savoir.

Il est donc impératif d’assurer la coopération internationale afin d’affronter efficacement le virus. C’est pour cela que le gouvernement chinois s’est montré très transparent et ouvert dès le début, particulièrement en ce qui concerne la recherche scientifique pour la conception d’un vaccin le plus rapidement possible.

Justement, selon des rumeurs, un laboratoire aurait développé un vaccin contre le coronavirus…

Je pense que c’est faux. Il faut être réaliste, ça demande du temps. Une course contre la montre est engagée pour trouver un vaccin.

Pensez-vous que la Chine sera la première à le trouver ?

Des efforts sont consentis de notre côté ainsi que de la part d’autres pays, tels que la France via l’Institut Pasteur, les États-Unis et l’Allemagne. Mais la recherche d’un vaccin est extrêmement compliquée car il ne doit pas produire d’effets indésirables sur l’être humain. Il faut donc s’armer de patience et laisser suffisamment de temps aux essais cliniques.

Si la Chine découvre le vaccin, sera-t-il gratuit ?

Sûrement, car ce virus menace l’humanité tout entière.

Beaucoup de gens tendent à croire que le virus serait un complot de laboratoires cherchant à faire du profit…

“La vitesse de la recherche est actuellement insuffisante pour développer le vaccin”

Li Li, ambassadeur du Maroc

Les politiciens qui commentent la situation et tiennent ce genre de propos doivent comprendre que la vitesse de la recherche est actuellement insuffisante pour développer le vaccin. Rappelons que lors de l’épidémie de SRAS (en 2002 ndlr), la Chine a pu développer un vaccin en 6 mois.

Propos recueillis par Ahmed Mediany, traduits par Omar Kabbadj

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