Confinés, les étudiants marocains de Wenzhou tuent le temps comme ils peuvent

Sur les onze étudiants marocains de Wenzhou, en Chine, qui demandaient un rapatriement fin janvier, trois sont encore coincés dans la deuxième ville la plus touchée par l’épidémie de coronavirus. Confinés dans le dortoir de l’université, ils essaient tant bien que mal de s’occuper, sans savoir quand ils pourront rentrer au Maroc.

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Depuis dix jours, les étudiants sont coupés du monde, avec interdiction de quitter le dortoir de l'université. Crédit: AFP

On est encore trois Marocains ici. Au début, on voulait rester quelques jours pour faire des achats avant de rentrer au Maroc. Mais on a été surpris parce que les compagnies aériennes ont suspendu temporairement tous les vols, certains jusqu’à fin février, d’autres jusqu’à fin mars”, nous confie Abderrahman, 26 ans. “On est donc coincés ici.

Arrivé en Chine en septembre dernier pour étudier le chinois, le jeune homme explique ne pas être sorti du dortoir de l’université depuis dix jours. “La ville est en quarantaine pendant deux semaines. On ne peut pas sortir faire les courses, ce sont les responsables qui les font pour nous. Une cantine a aussi été mise à notre disposition”, indique-t-il, ajoutant qu’il ne sait pas du tout ce qui se passe dehors.

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Wenzhou, située à près de 700 kilomètres de l’épicentre de la maladie Wuhan, a imposé des mesures drastiques de confinement à ses 9 millions d’habitants. Les transports publics sont à l’arrêt, les axes routiers quasiment tous fermés, et une seule personne par foyer a le droit de sortir faire des courses tous les deux jours.

Au moins 421 cas d’infection ont été confirmés à Wenzhou, soit le nombre le plus élevé de toutes les villes en dehors de la province du Hubei où se trouve Wuhan, rapporte le Washington Post. “Plus de 100.000 personnes de Wenzhou vivent à Wuhan et nombre d’entre elles sont rentrées pour les vacances du Nouvel An chinois, transportant l’infection avec elles”, souligne la même source.

On n’a pas vraiment le moral, mais on se soutient les uns les autres”

En attendant, Abderrahman et ses deux compatriotes s’occupent comme ils peuvent. “Je regarde des séries, des films, ou bien je dors ! Il y a aussi une salle de jeux et de sport, on joue au ping-pong. On n’a pas vraiment le moral, mais on se soutient les uns les autres”, détaille-t-il.

Chaque jour à 14 heures, les étudiants sont soumis à un check-up médical, qui consiste notamment à prendre leur température. Dans le dortoir où il se trouve, il n’y a plus de Chinois, tous rentrés dans leurs familles pour les vacances d’hiver. “On est environ encore 200 étudiants coincés dans ce dortoir, une majorité d’étudiants arabes et africains, ainsi que des Pakistanais et des Indiens.

Yassine, 19 ans, également étudiant en langue chinoise, explique avoir voulu rentrer au Maroc, mais “il n’y avait plus de vol”. “Nos familles ont peur, nous aussi, et personne ne nous aide à revenir”, déplore-t-il. Après avoir contacté fin janvier l’ambassade pour être rapatriés, comme ce fut le cas des étudiants de Wuhan, la représentation diplomatique n’a pas répondu à leur demande. “On a décidé de ne plus les contacter parce que la dernière fois, ils nous ont juste dit qu’ils allaient prier pour nous…”, se désole Abderrahman.

“Mes parents s’inquiètent, je dois rentrer. Mais je le ferai juste pour eux : moi j’aimerais rester ici”

Abderrahman, étudiant à Wenzhou

Yousra, qui étudiait depuis bientôt quatre ans à l’université de Wenzhou, a pour sa part réussi à rentrer au Maroc début février, juste avant que la ville ne soit placée en quarantaine. “J’ai choisi de rentrer parce que c’est plus sûr. De toute façon, on ne pouvait pas reprendre les cours tout de suite et l’université nous a dit que si on voulait partir, on pouvait”, explique-t-elle. “J’ai pris l’avion le 1er février depuis Shanghaï, avec une escale à Doha au Qatar, où nous avons été soumis à des contrôles médicaux. Par contre, une fois arrivée à l’aéroport de Casablanca le 2 février, je n’ai subi aucun check-up, il n’y avait pas de dispositif spécial. Je suis arrivée le même jour que les étudiants de Wuhan, qui eux ont été pris dans une file à part et mis en quarantaine.

Comme ses compatriotes coincés en Chine, la jeune femme ne sait pas quand elle pourra retourner à l’université de Wenzhou, censée rouvrir le 10 mars. “Je devais obtenir mon diplôme cette année mais ils nous ont dit qu’on ne pouvait pas rentrer maintenant, et qu’ils nous informeraient plus tard”, indique l’étudiante en commerce international.

Abderrahman, lui, pense demander le remboursement de ce semestre et revenir au Maroc dès qu’il le pourra. “Mes parents s’inquiètent, je dois rentrer. Mais je le ferai juste pour eux : moi j’aimerais rester ici.


La Chine en quarantaine

Vendredi 7 février, l’ambassade du Maroc en Chine a annoncé dans un communiqué qu’aucun cas de contamination par coronavirus n’avait été enregistré au sein de la communauté marocaine. “La cellule de crise au sein de l’ambassade, sous la supervision directe de Aziz Mekouar, ambassadeur du roi, et en étroite collaboration avec les autorités marocaines et chinoises, suit constamment l’évolution de la situation sur l’ensemble du territoire” chinois, a précisé l’ambassade.

Les Marocains installés dans des provinces moins touchées sont eux aussi bloqués tant que les vols sont suspendus. “Pour le moment, on reste chez nous, on ne travaille qu’à la maison, on ne peut pas sortir”, nous confie Reda, expatrié à Shanghaï depuis 2016. “La ville, qui est très animée d’habitude, est presque vide, il n’y a personne dans les rues”, raconte-t-il, photos à l’appui. “On est obligés de porter un masque tout le temps et de suivre les directives du gouvernement.

En Chine, l’épidémie a fait plus de 900 morts et plus de 40.000 personnes ont été infectées. Si l’OMS a indiqué ce lundi 10 février que la progression de l’infection pulmonaire semblait se stabiliser, elle invite toutefois à rester vigilant. Le coronavirus pourrait en effet se propager par des personnes n’ayant pas d’antécédents de voyage en Chine. 

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