Affaire Ayoub Mahfoud : le procès en appel fixé au 20 janvier

En reprenant des paroles du titre “3acha cha3b” (vive le peuple) dans un statut Facebook, et en les accompagnant d'une photo jugée "outrageuse" et insultante envers le roi, un lycéen de Meknès a écopé de trois ans de prison ferme. La défense a fait appel de ce jugement tandis que l'AMDH s'est saisie de l’affaire.

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Ayoub Mahfoud devait passer son baccalauréat cette année.

Ayoub Mahfoud, 18 ans, a été condamné le 17 décembre dernier à trois ans de prison ferme et une amende de 5 000 dirhams par le tribunal de première instance de Meknès. Arrêté début décembre, le lycéen en première année de baccalauréat était accusé d’“outrage à la personne du roi”, à un “fonctionnaire public dans l’exercice de ses fonctions” ainsi qu’“envers les corps constitués”, conformément aux articles 179, 263 et 265 du Code pénal marocain, lit-on dans le texte du jugement auquel TelQuel a eu accès. Pour rappel, le Code pénal prévoit des peines de prison pouvant aller jusqu’à quatre ans de prison pour « outrage à la personne du roi ».

Selon ce dernier, Ayoub Mahfoud aurait repris dans un statut Facebook des paroles extraites du titre 3acha cha3b (vive le peuple) des rappeurs Weld L’Griya, Lz3er et L’Gnawi, visant la personne du roi. Les paroles en question étaient accompagnées, selon le document, d’une photo jugée “outrageuse” et faisant également référence à la personne du roi. L’Gnawi avait lui-même été condamné le 25 novembre dernier à un an de prison ferme pour “outrage et injure envers des agents de la force publique pendant l’exercice de leur fonction” et à une amende de 1000 dirhams, nous confirme la défense.

Si la condamnation du rappeur a fait réagir plusieurs ONG et autres acteurs de la société civile, le procès de Ayoub Mahfoud est passé quasi inaperçu. “Je ne m’attendais pas à ce que ce jeune soit condamné, encore moins à une peine aussi lourde, pour quatre mots qu’il a écrits sur Facebook. Jamais je n’aurais imaginé qu’il aurait droit à un jugement comme celui-là”, nous explique son avocate Lalla Hasnaa Alaoui. “Le dossier a été traité dans le secret total. Il y avait aussi un silence de la part des médias. Je suis moi-même avocate, mais je n’étais pas au courant de l’affaire alors que je travaillais dans le même tribunal”, regrette Fattouma Taoufik, présidente de la section Meknès de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), estimant que le procès a été “expéditif”. “Notre position à l’association est claire au sujet de la liberté d’opinion et d’expression. Nous la défendons, qu’elle concerne un groupe ou des individus. Nous estimons que ce procès, qui s’inscrit dans cette lignée, est politique”, poursuit-elle.

Un procès en appel 

La défense du lycéen a fait appel du jugement. Selon son avocate Me Lalla Hasnaa Alaoui, la date du nouveau procès a été fixée au 20 janvier. L’AMDH mobilisera également ses avocats pour le procès en appel. Elève au Lycée Mohammed V de Ouislane, une petite commune située à une quinzaine de kilomètres de Meknès, Ayoub Mahfoud venait d’entamer son année scolaire. “En plus d’être condamné à la prison, l’élève ne pourra pas poursuivre ses études. Il lui sera difficile de rattraper après. C’est une double punition pour lui”, relève la responsable de l’AMDH.

Sa famille, elle, est encore sous le choc. “Ils sont venus le chercher à la maison. Ils m’ont dit qu’ils étaient amis avec lui et qu’il n’y avait aucun problème. C’est là qu’ils l’ont emmené. Nous ne l’avons plus revu jusqu’au tribunal où il est passé à côté, sans que nous puissions lui parler”, raconte sa mère dans un entretien accordé à Hibapress, publié le 4 janvier. “Mon fils, je l’ai bien éduqué. Il respecte les voisins (…) et tout le monde l’aime. (…) Trois ans, c’est trop ! Il ne pourra pas le supporter. Il est jeune et malade, rien que quand il prend sa douche, je dois toujours être à côté, de peur qu’il s’évanouisse”, poursuit-elle, en pleurs.

Au début, on ne savait même pas pourquoi il a été arrêté. Ce n’est qu’après que l’avocate nous a expliqué qu’il a été arrêté à cause de la chanson 3acha cha3b. Quinze jours après, il a été condamné à trois ans de prison ferme”, explique de son côté son père, ancien militaire qui a servi 34 ans dans le sud du Maroc. “Mon fils voulait devenir soldat comme moi et défendre son pays. Il aime son pays. J’ai travaillé 34 ans comme militaire dans le Sahara marocain”, souligne-t-il, assurant que sa place n’est pas en prison, mais plutôt à l’école.

La condamnation de Ayoub Mahfoud intervient dans un contexte marqué par des poursuites judiciaires visant des publications sur les réseaux sociaux.

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Moul Kaskita, célèbre youtubeur, a été condamné à quatre ans de prison pour “offense au roi”. Hamza dit Stalin, un rappeur originaire de Laayoune, a aussi écopé de quatre ans de prison pour sa chanson Fhemna (nous avons compris), où il revient sur le Mouvement du 20-Février, la condamnation des détenus du Hirak et le modèle de développement, entre autres. Le journaliste et militant Omar Radi est aussi poursuivi dans une autre affaire pour “outrage envers un magistrat” sur la base d’un tweet qu’il avait publié en avril dernier.

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