"Il faut rééduquer les Marocains" : les propos d’Akhannouch suscitent l'indignation

Les propos de Aziz Akhannouch, prononcés lors d’un meeting du RNI à Milan, ont suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Certains internautes ont appelé à la reprise de la campagne de boycott qui a visé trois marques en 2018, dont Afriquia.

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Aziz Akhannouch était à Milan pour le Congrès des Marocains du monde. Crédit: RNI

La dernière sortie de Aziz Akhannouch a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Pendant un meeting de son parti à Milan, le patron du Rassemblement national des indépendants (RNI) a estimé qu’il fallait “rééduquer les Marocains”.

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Celui qui croit qu’il peut venir insulter les institutions du pays n’a pas sa place au Maroc. Qui veut [vivre] au Maroc doit respecter sa devise et sa démocratie. Les insultes ne nous feront pas avancer. Et excusez-moi, mais ce n’est pas la justice qui doit faire ce travail. […] Nous devons rééduquer les Marocains qui manquent d’éducation”, a-t-il déclaré lors d’un discours axé sur le patriotisme. Des propos qui font écho notamment à l’arrestation du youtubeur marocain Moul Kaskita, poursuivi pour “implication présumée dans le délit d’injures publiques à l’égard d’individus” et “outrage aux institutions constitutionnelles”, entre autres.

Objectif : “rééduquer Akhannouch”

Après l’insulte d’Akhannouch à l’encontre des Marocains, et sa menace de les rééduquer en dehors de l’autorité du pouvoir judiciaire, du droit et des institutions, je lui demande de clarifier ses propos au vu du danger qu’ils représentent pour la liberté et la sécurité des citoyens”, a réagi l’avocat Isaac Charia, ancien membre du Parti libéral.

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Celui qui voulait adhérer au PJD demande aussi au patron du RNI de s’expliquer sur la méthode et les outils de rééducation à adopter. “Est-ce que ce sera avec des bouteilles, la flagellation, la décapitation ou des prisons souterraines ?” s’interroge-t-il, demandant au passage son limogeage du ministère et du parti “vu qu’il utilise [ces postes] pour insulter les Marocains libres et les menacer”. Et d’ajouter : “Après cette insulte, je jure que je continuerai à boycotter ses entreprises, son parti et sa colombe.”

La langue de l’extrême droite ne convient pas aux pseudo-dauphins libéraux. La priorité aujourd’hui est la démocratie, l’Etat de droit et la séparation nécessaire entre la religion, l’argent et la politique”, a écrit Mehdi Mezouari, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) dans un post Facebook.

C’est une menace pour les Marocains. Monsieur Akhannouch s’est placé au-dessus du pouvoir judiciaire puisqu’il a estimé qu’il n’était pas le seul habilité à rééduquer les Marocains. […] C’est très grave. Est-ce qu’il y a quelqu’un pour rappeler ce monsieur à l’ordre? Même le roi ne s’est jamais adressé aux Marocains de cette façon”, réagit un autre citoyen résidant à Milan, dans une vidéo devenue virale. “Tout ça est ridicule. J’appelle le roi à faire barrage à ce monsieur parce qu’il porte atteinte au pays et à son peuple”, a-t-il ajouté.

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Publiée par ‎صوت الحر‎ sur Lundi 9 décembre 2019

Plusieurs internautes ont ainsi appelé à relancer la campagne de boycott lancée en avril 2018 et visant les trois marques Sidi Ali, Centrale Danone et Afriquia. Objectif : “rééduquer Akhannouch”.

Dans un édito publié ce mardi 10 décembre, Ali Amar, cofondateur et directeur de publication du journal Le Desk, estime qu’“en réclamant aux Marocains de faire la ‘rééducation’ des voix corrosives accusées d’outrage aux institutions, Aziz Akhannouch, président du RNI et homme d’affaires fortuné, veut imposer une forme de police de la pensée aux relents ultra-nationalistes”.

Pour le journaliste, “le fait même qu’il appelle les Marocains à se substituer eux-mêmes à la justice, rappelle au fond un des aspects fondateurs du totalitarisme qui pour criminaliser (avec une bonne dose de mépris de classe), des réactions populaires spontanées, y dénonce le germe de la subversion que le ‘bon peuple’ doit lui-même éradiquer sans attendre que la règle de droit ne s’applique”.

Sur le web, des internautes ont par ailleurs tourné ses propos en dérision, comme dans la vidéo ci-dessus, où une voix attribuée au ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime fait mine de s’excuser auprès des Marocains. Ci-dessus, des twittos qui réagissent aux propos d’Akhannouch.

 

 

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