L'ancien SG de la CAF accuse (encore une fois) le Maroc de corruption

Invité sur un plateau de télévision en Egypte, l’ancien secrétaire général de la Confédération africaine de football, Mustapha Fahmy, a critiqué la gestion de l’instance en dénonçant la corruption qui profiterait à certains pays, dont le Maroc. Un dérapage pas du tout maîtrisé par celui qui a hérité du poste de SG de la CAF avant de le transmettre à son tour à son fils, Amr.

Par

Mustapha Fahmy, ancien secrétaire général de la CAF, fils de Mourad Fahmy qui occupait le même poste, et père d'Amr Fahmy.

Celui dont la maison est de verre doit se garder de jeter des pierres aux autres. Décidément, Mustapha Fahmy ne semble pas connaître ce proverbe allemand qui aurait pu lui éviter de tomber dans des comparaisons insensées. L’ancien secrétaire général de la Confédération africaine de football (CAF) a incendié les fédérations qui ont poussé Issa Hayatou hors de l’instance après une présidence de près de 30 ans. Parmi celles qui ont soutenu l’actuel président Ahmad Ahmad lors de son bras de fer avec le Camerounais, il n’hésite pas à citer la Fédération royale marocaine de football (FRMF) qui, selon lui, a grandement bénéficié de ce changement à la tête de la CAF.

Dérapage téléguidé

Invité à l’émission Le Match, sur la chaîne égyptienne Sada al Balad, Mustapha Fahmy s’est lâché. Pour entamer son discours, l’ancien secrétaire général égyptien de la CAF a été bien aidé par un journaliste qui s’est transformé en chargé de communication, le temps de l’émission.

“Qui dirige réellement la CAF ? Ahmad Ahmad est toujours en voyage”

Mustapha Fahmy

Que pensez-vous de la gestion de cette CAF nouvelle version ?” a demandé le journaliste à son interlocuteur, qui a tenu le poste de secrétaire général de l’instance de 1982 à 2010. Il n’en fallait pas plus à Mustapha Fahmy pour tirer à boulets rouges sur la gestion, les finances, les compétitions et autres fédérations qui ont soutenu Ahmad Ahmad.

Qui dirige réellement la CAF ? Ahmad Ahmad est toujours en voyage en dehors du Caire [siège de la CAF, NDLR]. C’est peut-être Fatma Samoura [secrétaire générale de la FIFA, chargée par Gianni Infantino de superviser la CAF pour une durée de six mois] qui est la vraie présidente de l’instance” a ironisé Fahmy qui estime que l’actuel président n’est pas le patron et qu’il se fait dicter quelques décisions, ou “n’en fait qu’à sa tête” dans certains moments qui nécessitent, selon lui, réflexion.

Il ira un peu plus loin en sous-entendant que l’actuel comité exécutif de la CAF n’est pas transparent au niveau des finances, “contrairement au précédent” présidé par Hayatou. “La CAF connaît une crise financière sans précédent, avec un déficit de 17 millions de dollars. Le comité exécutif ne communique son rapport financier que la veille de l’assemblée générale, pour ne pas laisser aux présidents des fédérations africaines le temps de l’étudier. Et ils osent dire que la période d’Issa Hayatou était un fiasco. Quand il a pris les commandes de la CAF, il a trouvé 20 000 dollars et quand il est parti, il a laissé 130 millions de dollars dans la trésorerie”, insiste-t-il.

Sur le même ton, Mustapha Fahmy poursuit sa critique de la gestion actuelle de la Confédération africaine de football, en s’attaquant au Maroc, qui aurait selon lui profité de ce changement à la tête de la CAF pour retrouver une place sur la scène continentale et mondiale.

Gassama, “héros national” au Maroc ?

Ahmad Ahmad choisit les arbitres des rencontres pour satisfaire certaines parties”, confie d’abord l’ancien SG de la CAF, avant d’entrer un peu plus dans les détails, en mettant des noms sur ses allusions. “Bakary Gassama est un héros national au Maroc. Il a arbitré plusieurs rencontres des clubs marocains avec des résultats toujours en leur faveur” a déclaré Mustapha Fahmy, oubliant certainement que ce même arbitre avait dirigé la désormais célèbre finale de Ligue des champions opposant le Wydad Casablanca à l’Espérance de Tunis, à Radès en juin 2019. Le match s’était conclu à la 65e minute, suite à des contestations des joueurs du club casablancais sur une action de jeu.

A en croire Fahmy, le Maroc contrôle tout au sein de la CAF qui siège au Caire. Il dénonce l’absence “illogique” des Egyptiens aux postes sensibles au sein de l’instance créée conjointement avec l’Ethiopie et le Soudan.

La CAF, une histoire de Fahmy

Aujourd’hui, quelques heures après la sortie médiatique de son père Mustapha, le jeune dirigeant Amr (36 ans) a annoncé sa candidature aux prochaines élections présidentielles de la CAF, qui se tiendront en 2021.

“Mon grand-père Mourad Fahmy fait partie des membres fondateurs de la CAF et il a occupé le poste de secrétaire général de l’instance, tout comme mon père”

Amr Fahmy

D’après plusieurs sources concordantes, il ne dispose actuellement pas du soutien de la fédération égyptienne de football. “Mon grand-père Mourad Fahmy fait partie des membres fondateurs de la CAF et il a occupé le poste de secrétaire général de l’instance, tout comme mon père”, a-t-il déclaré en conférence de presse.

Mustapha Fahmy dénonce les abus de pouvoir au sein de l’instance, lui qui a hérité du poste de secrétaire général de la CAF en 1982, de la part de son père, Mourad, qui l’occupait depuis 1961. Après son départ de l’instance en 2010, Mustapha Fahmy préparera le terrain à son fils, Amr, qui sera nommé au poste de SG en novembre 2017, et qui accusera par la suite Ahmad Ahmad de corruption en adressant une lettre à la FIFA. Une accusation qui a valu une interpellation au président de la CAF, le 6 juin dernier à Paris. Le bras de fer s’est achevé par le licenciement d’Amr Fahmy, remplacé par le Marocain Mouad Hajji.

 

Pendant que vous êtes là…

Pour continuer à fournir de l’information vérifiée et approfondie, TelQuel a besoin de votre soutien à travers les abonnements. Le modèle classique de la publicité ne permet plus de financer la production d’une information indépendante et de qualité. Or, analyser notre société, réaliser des reportages et mener des enquêtes pour montrer le Maroc « tel qu’il est » a bel et bien un coût.

Un coût qui n’a pas de prix, tant la presse est un socle de la démocratie. Parce qu’à TelQuel nous en sommes convaincus, nous avons fait le choix d’investir dans le journalisme, en privilégiant l’information qui a du sens plutôt que la course aux clics. Pour cela, notre équipe est constituée de journalistes professionnels. Nous continuons aussi à investir dans des solutions technologiques pour vous offrir la meilleure expérience de lecture.

En souscrivant à une de nos formules d’abonnement, vous soutenez ces efforts. Vous accédez aussi à des avantages réservés aux abonnés et à des contenus exclusifs. Si vous êtes déjà abonné, vous pouvez continuer à encourager TelQuel en partageant ce message par email


Engagez-vous à nos côtés pour un journalisme indépendant et exigeant

article suivant

PLF 2021 : exonération de l'IR pour le recrutement des salariés licenciés durant la pandémie