MedZ à la loupe, ou quand Jettou audite le modèle d'offshoring qu'il a porté treize ans plus tôt

MedZ à la loupe, ou quand Jettou audite le modèle d'offshoring qu'il a porté treize ans plus tôt

Moteur de l'offshoring marocain, modèle lancé en 2006 par un Driss Jettou alors Premier ministre, MedZ accumule retards et résultats peu fringants. Auditée en 2018 par la Cour des comptes présidée par le même Driss Jettou, la filiale du groupe CDG doit revoir sa copie.

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Crédit : Casanearshore Park.

Peu connus du grand public, mais responsables d’une partie des investissements de l’État dans l’industrie, le tourisme et l’offshoring, MedZ et ses filiales ont retenu l’attention des magistrats de la Cour des comptes. Endettement et déficit monstres, des projets qui peinent à émerger et une niveau d’activité toute relative… Le groupe promoteur et gestionnaire est sur la corde raide.

Une faiblesse cristallisée dans ses activités d’offshoring, qui occupent près de 40 % de la part du marché marocain. Depuis 2006, la société était engagée à développer quatre parcs dédiés à l’offshoring, d’une superficie totale de 602.000 mètres carrés. A fin 2017, et malgré l’investissement consenti de 3,62 milliards de dirhams, pas même la moitié des objectifs de construction n’ont été atteint. “Le taux global de réalisation n’a pas dépassé 46 % ; soit une superficie de 311.500 m2”, constate le dernier rapport, au titre de l’année 2018, de la Cour des comptes. Des inquiétudes qui s’accompagnent d’un manque de clarification stratégique de la part de la société.

Des bureaux livrés en retard

Elles sont quatre stations, et toutes sujettes à la “non-atteinte des objectifs de développement” :  “aucun projet offshoring lancé par MEDZ n’a été achevé dans les délais contractuels fixés à 72 mois, à compter de la date de lancement des travaux”, relèvent les magistrats.

La plus emblématique, Casanearshore (CNS), est la plus proche de ses objectifs, mais le retard a atteint 72 mois alors que l’offre de l’immobilier professionnel est à la traîne dans la capitale économique du pays.

Le cas de Technopolis Rabat-shore (TRS) a davantage retenu l’attention de la Cour des comptes. En effet, à fin 2017, seul 42,43% du parc a été réalisé. Mais c’est davantage le changement de vocation de l’espace qui interpelle. Initialement dédié à la formation, à la recherche et aux TIC disposant de hautes valeurs ajoutées, TRS a depuis “vu l’installation d’activités tertiaires et de zones franches”, modifiant “substantiellement la vocation de la zone” en autorisant les activités industrielles.

En 2015, une zone franche a été créée au TRS en donnant un nouveau statut à ce parc, qui passait ainsi d’une zone pour activité à fort contenu technologique à une zone générale pour toutes les activités industrielles. Un “virage” mis en place “en l’absence d’études économiques et de faisabilité” qui pourrait “dénaturer l’écosystème du projet”.

Des lacunes qui touchent également les deux parcs, plus modestes, de Fes-Shore (FS) et Oujda-Shore (OS). Ceux-ci sont victimes d’une baisse de la demande de location sur leur partie construite, due à un éloignement de l’axe Casablanca-Rabat : “Les parties construites des parcs de Fès-Shore et Oujda-Shore sont restées complètement non occupées plusieurs années après leur livraison et mise en exploitation (trois ans pour le premier et quatre ans pour le deuxième).

Driss Jettou de bout en bout

Ces deux expériences en régions questionnent sur l’implantation des zones offshore, hors Casablanca. Le rapporteur constate en effet que l’essentiel du  chiffre d’affaires offshoring de MedZ est concentré au niveau du parc Casanearshore qui a généré 253 millions de dirhams en 2017, soit environ 80% du total. Les recettes à l’export se sont, elles,  élevées à huit milliards de dirhams en 2015. Bien loin “des objectifs fixés par la stratégie 2015, qui est de 20 milliards de dirhams”.

“En conséquence du retard constaté dans la réalisation des parcs offshoring qui a impacté négativement la commercialisation et le chiffre d’affaires relatif aux zones TRS, Fès-Shore et Oujda-Shore, la Cour des comptes s’interroge sur la rentabilité de la gestion de ces zones”, lit-on dans le rapport. Depuis 2006, MedZ totalise 270.000 mètres carrés d’espace de bureaux. Il en était attendu 600.000 à terme.

En termes d’emploi, l’impact social n’est pas non plus au rendez-vous. Depuis 2015, Medz affiche 70.000 emplois crées dans le secteur. Un résultat  “en deçà des attentes”,  pour la Cour des comptes qui pointe un écart de 30% par rapport aux 100.000 prévus par “l’offre offshoring Maroc”.

Hasard des choses, ‘‘l’offre offshoring Maroc’’ était un programme pensé et signé de la main de… Driss Jettou. Le constat des magistrats au service de l’institution qu’il dirige est pourtant sans concession. “Les résultats réalisés concrètement demeurent en deçà des objectifs de la stratégie offshoring arrêtés par l’État”, poursuit le rapport, qui recommande de développer en parallèle les filières à fort potentiel au niveau international. L’instance estime également que “les objectifs de la création de ces parcs n’ont pas été atteints, notamment au niveau de leurs impacts sur les domaines [précités]”.

Dans son droit de réponse, Omar Elyazghi, président du directoire de MedZ, s’en défend et voit le verre à moitié plein en relevant que l’offshoring est au “deuxième rang des secteurs créateurs d’emplois, juste derrière l’automobile.” Pour lui, 2019 constituera un nouveau virage, permettant au groupe CDG “de disposer d’un bras services à même de préserver et de valoriser son patrimoine immobilier et industriel”.

 

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