6 clés pour comprendre l’affaire Epstein et ses potentielles ramifications marocaines

6 clés pour comprendre l’affaire Epstein et ses potentielles ramifications marocaines

Le financier de 66 ans, accusé de crimes sexuels sur mineures, a été retrouvé mort dans sa cellule le 10 août alors que son procès était vivement attendu. Une mort dans des circonstances douteuses sur fond de scandale aux États-Unis.

Par

AFP

L’arrestation de Jeffrey Epstein par le FBI le 6 juillet dernier promettait un procès explosif en 2020, au vu de la concentration des faits reprochés au riche financier new-yorkais. Poursuivi pour “exploitation sexuelle de mineures et association de malfaiteurs en vue d’exploiter sexuellement de mineures”, le milliardaire a fait l’objet d’une attention médiatique sans précédent durant le mois dernier, en raison notamment de ses connexions avec des acteurs importants de la scène politique américaine. Sauf que l’homme ne sera pas jugé.

Dans la matinée du 10 août, Jeffrey Epstein a été retrouvé pendu dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center à Manhattan, avant d’être déclaré mort dans un hôpital des environs quelques heures plus tard. Alors que le procureur de New York a évoqué la piste du suicide “apparent”, de nombreuses interrogations subsistent, et des théories du complot fleurissent sur les réseaux sociaux.

Qui est Jeffrey Epstein?

On en sait finalement très peu sur le personnage très central de cette affaire. Issu d’une famille modeste vivant dans le quartier de Brooklyn, Jeffrey Epstein a débuté son parcours professionnel en tant que professeur de mathématiques et de physique dans un collège-lycée du très chic Upper East Side new-yorkais. Il devient ensuite trader au sein de la banque d’investissement Bear Stearns. Alors âgé de 29 ans, il crée en 1982 sa propre entreprise, J. Epstein & Co, spécialisée dans la gestion d’actifs.

Peu d’informations circulent au sujet des activités et des clients de l’entreprise fondée par Epstein, comme en témoigne un portrait consacré à l’homme d’affaires par New York Magazine en 2002 : “Il se dit qu’Epstein gère un portefeuille de près de 15 milliards de dollars […], mais il mène une vie de célibataire, passant 600 heures par an dans ses divers avions à la recherche d’opportunités d’investissement […] Il est une figure mystérieuse, presque Gatsbyesque (en référence à Jay Gatsby personnage principal du roman Gatsby le magnifique, NDLR). Il aime que les gens croient qu’il est très riche et il cultive ce côté mystérieux. Tout ça est très bizarre”.

On en sait toutefois un peu plus sur le réseau qu’il s’est bâti. En effet, parmi ses connaissances les plus célèbres on retrouve notamment le prince Andrew, fils de la reine Elisabeth II, mais aussi l’ancien président américain Bill Clinton. L’actuel occupant de la Maison Blanche, Donald Trump, était également l’une des fréquentations de Jeffrey Epstein.

S’il a minimisé leur relation depuis l’arrestation de l’homme d’affaires, l’actuel président américain déclarait en 2002 : “Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial… C’est un plaisir de passer du temps avec lui. On dit même qu’il aime autant les jolies filles que moi. Il les préfère plutôt jeunes”.

Que reproche-t-on à Jeffrey Epstein ?

Les faits visés par la procédure initiée par la justice new-yorkaise au mois de juillet se sont produits entre 2002 et 2005 dans des résidences appartenant à l’homme d’affaires situées dans le quartier de Manhattan, mais aussi dans la ville de Palm Beach en Floride.

Dans ces résidences privées, l’homme d’affaires aurait abusé une dizaine de mineures, dont certaines étaient âgées de 14 ans au moment des faits, en échange de sommes d’argent selon la justice américaine. Ces jeunes filles auraient été recrutées par une proche de Jeffrey Epstein. Ces présumées victimes auraient ensuite à leur tour, recruté des jeunes filles avec qui Jeffrey Epstein aurait également eu des relations sexuelles. Selon plusieurs médias près de 150 filles figuraient dans le carnet d’adresses de l’homme d’affaires, essentiellement issues de milieux défavorisés.

Jeffrey Epstein était également soupçonné d’avoir organisé des orgies sur son île privée de Little Saint James Island, dans les Caraïbes, où il se rendait à bord de son avion. Certaines victimes ont également été abusées par Epstein dans l’un des avions de la flotte du milliardaire, surnommée “Lolita express” par la presse internationale. L’une des présumées victimes de l’homme d’affaires, Virginia Roberts, affirme avoir “été offerte à des politiciens, à des professeurs d’université, à des gens issus de la royauté”.

Jeffrey Epstein a-t-il déjà été condamné pour des faits similaires ?

En 2008, l’homme d’affaires a été poursuivi pour incitation à la prostitution de mineurs suite à des plaintes déposées par 36 victimes. Alors qu’il risquait la prison à vie, ses avocats sont parvenus à sceller un accord avec la justice américaine lui permettant de plaider coupable et d’être condamné à une peine de prison de 18 mois. Epstein n’en purgera finalement que 13 et est inscrit à la liste des délinquants sexuels suite à sa libération.

Quel impact a eu cette affaire aux États-Unis ?

Au pays de l’Oncle Sam, l’affaire Epstein a eu une résonance politique. Car quelque temps après l’arrestation de l’homme d’affaires, le secrétaire au Travail américain, Alexander Acosta, a présenté sa démission au président Donald Trump. La raison : c’est lui qui a conclu le deal avec les avocats de Jeffrey Epstein en 2008, alors qu’il était procureur du district sud de la Floride. Les liens qu’entretient Epstein avec l’actuel président américain Donald Trump et son prédécesseur Bill Clinton ont également suscité de nombreuses interrogations au sein de la presse américaine.

Le Maroc est-il concerné ?

Officiellement, la justice marocaine ne s’est saisie d’aucun dossier lié à l’affaire Epstein. Il est à noter toutefois que l’un des avions du “Lolita Express” a fait un passage par le Maroc. Selon Le Desk, l’homme d’affaires américain est passé par Tanger pour une escale au mois de mars 2001. Une deuxième visite aura lieu au mois de juillet 2002 comme en témoignent des extraits de carnet de vol des avions d’Epstein publiés par le site Gawker et relayés par Le Desk. Ainsi un Boeing 727 appartenant à l’homme d’affaires s’est tour à tour arrêté à Tanger puis à Rabat avant de rallier les États-Unis après une escale aux Açores.

Lors de la deuxième escale marocaine de l’engin, une personnalité embarque à bord de l’avion : Bill Clinton. L’ancien chef d’État est alors accompagné, selon le document, de Jeffrey Epstein, de huit membres des services secrets, de Doug Band, ancien conseiller de Clinton, et de trois autres personnes seulement mentionnées par leurs initiales.

Selon Fox News, média réputé proche des conservateurs américains, l’ancien président américain serait monté plus d’une vingtaine de fois à bord d’avions possédées par l’homme d’affaires. À noter toutefois qu’aucune accusation n’a été formulée à l’encontre de l’ancien président américain. Plus récemment, au mois d’avril, un avion appartenant à l’homme d’affaires a fait un aller-retour Rabat-Paris à la fin du mois d’avril dernier, note LeDesk.

Et maintenant ?

Des doutes subsistent quant à la cause du décès de Jeffrey Epstein. Le 15 août, le Washington Post a révélé l’autopsie pratiquée sur le corps du financier. Celle-ci montre que l’os hyoïde, situé au-dessus du larynx, dans la partie antérieure du cou, a été brisé. Des traces de fracture qui, selon le quotidien américain, peuvent être détectées dans les cas de suicide par pendaison, mais de façon plus fréquente chez les victimes de strangulation.

La veille, le New York Times révélait que les deux gardiens chargés de rondes toutes les trente minutes étaient en fait… endormis. Ils auraient ainsi laissé Epstein sans surveillance pendant près de trois heures et puis caché leur défaillance en falsifiant leurs comptes-rendus. Ils ont été suspendus, et le directeur de la prison de Manhattan, “muté à titre temporaire”, suite aux “graves irrégularités” dénoncées par le ministre de la Justice.

Suite à la mort de Jeffrey Epstein, le procureur en charge de l’affaire a publié un communiqué dans lequel il assure “aux braves jeunes femmes venues se confier et à toutes les autres qui ne l’ont pas encore fait” qu’il “se tiendra à leurs côtés tandis que les investigations se poursuivent toujours”. Des proches de Jeffrey Epstein, dont Ghislaine Maxwell, notamment citée dans le recrutement des jeunes filles impliquées dans les “parties fines” du milliardaire, font l’objet de plaintes déposées par les victimes de l’homme d’affaires et qui sont actuellement traitées par la justice américaine.

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