La hausse du prix du baril, un stress test pour les réserves de change marocaines

La hausse du prix du baril, un stress test pour les réserves de change marocaines

Depuis le début de l’année, le prix du baril de Brent a grimpé de 30%, passant de 55 dollars en janvier à près de 71 dollars à la mi-mai. Une hausse notable qui s'est répercutée sur les réserves marocaines de changes... et les automobilistes.

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En hausse de 30% depuis le début de l'année, le baril de Brent est =-il une menace pour les réserves de changes marocaines ? (crédits: DR)

30% de hausse, en moins de 6 mois. C’est la course folle du cours du Brent, causée par différents facteurs géopolitiques mondiaux, notamment les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. Ces dernières agitent le marché depuis des mois.

Source: prixdubaril.com Evolution du prix du Brent depuis le 1er janvier 2019

La fin des dérogations accordées par Washington à 8 pays clients de l’Iran pour son pétrole, annoncée le 22 avril par les USA, a fait grimper automatiquement le prix du baril de 40 centimes en une journée.

Menace sur le change

Contrairement à l’Inde et la Chine qui sont concernées par la dérogation américaine et sur qui un poids diplomatique est en train de s’exercer, le Maroc lui, souffre sur ses réserves en devises. Le Royaume doit en effet recourir au dollar pour s’approvisionner en or noir.

Sortir de plus en plus de dollars pour s’approvisionner en pétrole pourrait, à terme, réduire la durée d’importations des autres biens et services que le pays peut couvrir grâce à ses réserves de change.  “Les acteurs pétroliers au Maroc demandent à leur banquier, qui s’adresse à la Banque centrale, pour acheter des devises en contrepartie du dirham. Ce qui lui fait perdre de la valeur, nous explique l’économiste Yasser Tamsamani. Pour ce qui est des réserves de change au Maroc, l’impact de la hausse du prix d’un bien importé sera négatif à court terme. C’est évident, car l’adaptation des comportements des agents à cette nouvelle donne nécessite du temps et du soutien du secteur public qui prend le temps pour se concrétiser”.

En 2012, au plus fort de la crise, les importations d’or noir représentaient 98 milliards de dirhams sur l’ensemble de l’année. “Sur les 3 premiers mois de l’année 2019, les importations pétrolières se chiffraient à 2 milliards de dollars (19,3 milliards de dirhams, NDLR). Elles ont un peu impacté les réserves en devises, c’est vrai. En mars 2018, ces réserves étaient estimées à 231,7 milliards de dirhams. Elles sont à 227,4 milliards aujourd’hui”, explique l’économiste Mohamed Cherki. L’inquiétude concernant l’impact négatif des importations de pétrole reste toutefois relative au vu des recettes engrangées par le pays: “la recette des phosphates a augmenté de plus de 20% et toutes les exportations industrielles augmentent graduellement”, précise Mohamed Cherki.

Le Maroc équipé ?

Lorsque le prix du baril avait atteint des sommets, 120 dollars en 2011 et en 2012, le Maroc avait mis en place une série de mesures pour lutter contre les fluctuations. En 2012, le pays obtenait la Ligne de précaution et de liquidité, récemment reconduite en décembre 2018. Une assurance contre les chocs extérieurs facturée 3 milliards de dirhams sur 2 ans. Parallèlement, le pays adoptait la décompensation en 2012 avant la libéralisation totale du marché des hydrocarbures en 2016. Une manière à long terme de se prémunir contre l’impact des fluctuations des cours des matières premières sur les réserves de changes du pays.

“Si cette hausse de pétrole s’inscrit dans la durée, le choc négatif sur l’économie et sur les réserves de change en particulier persistera certes, mais il sera moins important que celui qu’a connu l’économie nationale de 2011 à la mi-2014, avec un prix du baril qui évoluait autour de 110 dollars. Cela s’explique par deux mécanismes. Il y a, d’une part, de la politique de vérité des prix mise en place par la décompensation. La libéralisation fait que la variation du prix du pétrole brut à l’international se répercute aujourd’hui sur les prix à la pompe. Cela incite les agents à s’adapter à la nouvelle conjoncture caractérisée par la rareté de la ressource et donc à baisser leur demande”, souligne Yasser Tamsamani.

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D’autre part, l’élargissement relatif du corridor de variation du dirham de ±2,5 devrait permettre une légère dépréciation de la monnaie nationale suite au creusement du déficit commercial dû à l’augmentation des prix à l’import. Ceci aura pour conséquence d’augmenter davantage le prix du baril en monnaie domestique, et accélérer in fine le processus d’adaptation des agentsAinsi, les importations vont baisser et soulager les réserves de changes”, conclut l’économiste.

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