A Laâyoune, un forum d'affaires pour ouvrir le Sud marocain et l'Afrique aux entrepreneurs français

A Laâyoune, un forum d'affaires pour ouvrir le Sud marocain et l'Afrique aux entrepreneurs français

Laâyoune a accueilli un forum d’affaires France-Maroc. Organisée entre le Conseil régional de Laâyoune-Sakia El Hamra et la Chambre française de commerce et d’industrie au Maroc, la rencontre marque l’essor de la région du Sahara et témoigne d’une réelle volonté des investisseurs français de s’inscrire dans cette zone stratégique. 

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Le chef-lieu du Sahara a accueilli les 3 et 4 novembre des investisseurs de tout bord. Crédit: DR

Face à la place Mechouar, cœur névralgique en cours de rénovation, les cartes de visite s’échangent et les discussions vont bon train dans le hall du palais des congrès de Lâayoune. Le chef-lieu du Sahara a accueilli, les 3 et 4 novembre, des investisseurs de tout bord à l’occasion de la tenue d’un forum d’affaires France-Maroc. Cette troisième édition de l’événement vise à promouvoir la région de Laâyoune-Sakia-El Hamra en tant que possible eldorado des investisseurs, français notamment.

« C’est un projet qui me tenait à cœur tant j’ai toujours eu un attachement particulier avec les provinces du Sud. Après l’organisation, plus aisée, d’un tel forum à Casablanca et Paris, Laâyoune constitue un super challenge, à fort potentiel d’investissements », confie à TelQuel Philippe-Edern Klein, président de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM), en marge de la conférence inaugurale. C’est ce dernier qui est à l’origine de cette manifestation, organisée en collaboration avec le Conseil régional. « Nous avons réussi à emmener 300 personnes avec nous ainsi que plus de soixante entreprises, du CAC 40 et de la Bourse de Casablanca, mais aussi des PME et PMI », poursuit-il. 

Cinq accords signés

Le sommet est l’occasion de vanter la stabilité, et la prospérité future, d’une région hautement stratégique pour le Maroc. Avec un objectif : valoriser la destination Laâyoune en tant que hub économique vers l’Afrique. Il a ainsi été annoncé que des investissements de l’ordre de 49 milliards de dirhams seront portés d’ici l’horizon 2021. De quoi hisser le taux de croissance de la cité du désert à 8%. 

Pour ce faire, un Plan de développement régional a été, lors de la conférence inaugurale, mis en avant par le Conseil de la région Laâyoune-Sakia-El Hamra. Présenté comme un réservoir d’opportunités, il est doté d’une enveloppe de 49 milliards de dirhams et s’articule sur une réorganisation en pôle pour dynamiser le territoire. L’axe central de Laâyoune, ainsi que les deux villes côtières de Foum el Oued et de El Marsa concentrera la formation, le tourisme et le développement des industries chimiques et maritimes. 

Sur la façade littorale, le secteur de la pêche sera développé, tout comme les activités agricoles à l’intérieur des terres, notamment en traitant la question de l’érosion des dunes. Enfin, la région devrait également bénéficier d’un coup d’accélérateur sur le plan touristique, qui devrait constituer l’un des motifs cruciaux de développement.

Plan de développement régional de Laâyoune-Sakia Al Hamra.Crédit: PDR LSH

En ce sens, cinq accords ont été signés durant le forum portant sur la réalisation de projets de développement dans la région de Laâyoune – Sakia El Hamra. Tout d’abord, deux conventions de partenariat entre la région et la CFCIM ont été signées. L’une prévoit la commercialisation et la gestion d’un parc industriel et logistique situé dans la ville El Marsa. L’autre porte sur la mise en place d’un campus de formation type école française des affaires. Trois autres mémorandums d’entente concernent, quant à eux, le développement de programmes d’insertion professionnelle dans les métiers du numérique. 

La formation érigée en étendard

De quoi enclencher le désenclavement de la région et permettre l’accès à l’emploi. Avec un taux de chômage dans la région de 28%, le Conseil régional table sur la création de 25.000 emplois sur le moyen terme pour le faire passer à 9%. À l’horizon 2025, la barre des 7% est espérée avec un total de 35.000 emplois.

Au cœur de cette réorganisation du terroir, la région vise à former directement sa main-d’oeuvre afin d’en faire bénéficier le tissu économique local. Parmi ces projets, la CFCIM  projette d’ouvrir une école française des affaires (EFA) à Laâyoune. Une expérience qui aurait porté ses fruits à l’image de l’EFA de Casablanca où « 85% de nos élèves ont pu accéder à un emploi directement à la sortie de leur formation », détaille le président de la CCI France-Maroc.

Longtemps dépendantes des aides de l’État, les autorités locales peinent aujourd’hui à développer un esprit d’initiative et à former des employés maîtrisant l’environnement et les spécificités régionales. Pour beaucoup, Laâyoune est représentative d’une ville de passage où fonctionnaires, militaires et employés de grands groupes qui y sont établis – comme Marsa Maroc, l’OCP, Lafarge – sont envoyés.

« Pour résoudre l’équation du chômage dans la région, je suis intimement convaincu que le Bac+2 et le Bac+3 correspondent au bassin de l’emploi au Maroc », nous explique Philippe-Edern Klein. Avant d’ajouter : « Il faut s’adapter à l’entreprise. Ce qui forme les jeunes, c’est le travail ». 

Également présents durant ces deux jours, des représentants du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) préconisent de leur côté « un travail concert qui doit être fait »  avec les entreprises et les prochains investisseurs pour privilégier la coopération et permettre l’accès à des cycles d’alternance et de formations complémentaires pouvant servir tant aux employés qu’aux employeurs. « Pour avoir un véritable impact, il faut un circuit court et un maillage local fort », résume Hassan El Mokhtari, représentant délégué du Cnam. 

Amener l’investissement par une politique de fond

Un ancrage local que la mine de phosphate, Phosboucraâ porte en étendard. « Nous sommes le deuxième employeur dans la région, avec 2.200 emplois directs », se targue Hajhouba Zoubeir, président de la fondation Phosboucraâ lors d’un atelier sur le capital humain comme levier de croissance. « Nous avons mis au centre de notre action le capital humain, dès notre démarrage, par nos learning centers, à travers des centres de formation à Laâyoune et à Dakhla », poursuit-elle. 

Créée en 1962, l’usine Phosboucraâ a atteint un chiffre d’affaires de 766 millions de dirhams en 2013, soit environ 6 % des ventes totales de l’OCP.

Créé en 1962 avant de débuter ses activités minières dix ans plus tard, le site traite trois millions de tonnes en produit fini par an. Également concernée par une modernisation de ses infrastructures, qui devraient être effectives en 2022, l’usine développe aussi une technopole et affirme s’engager dans de nombreux projets à portée sociale. Ainsi, des initiatives de caravanes mobiles, de contributions aux travaux de rénovations et d’embellissements urbains ont été entamées. 

Partout à Laâyoune, des projets structurels et urbains s’apprêtent à sortir de terre. Le Méchouar, colossale place historique bordée de palmiers et reconnaissable par ses quatre monuments pointant vers le ciel, a été réaménagé depuis moins d’un an et demi et devrait être réinvesti par les habitants à l’occasion du 43e anniversaire de la Marche verte.

Ailleurs, d’autres places communes ont été réaménagées, en témoigne le nombre de grues visibles et œuvrant dans la ville. Un grand complexe sportif composé de plusieurs terrains synthétiques et abritant l’académie du prestigieux Milan AC a dans ce sens vu le jour. En face, une bibliothèque, qui devrait être la plus grande d’Afrique, avec son sol marbré, ses pans de bois autour d’une imposante salle de conférences, s’étale sur trois hectares. Le bâtiment marque l’ambition d’encourager la promotion des arts, de la culture et de la recherche dans le sud du Maroc. Démarré en 2012, sa construction a connu plusieurs interruptions avant d’être reprise ses derniers mois.

Inspirer les autres régions marocaines

« Trois années après son lancement, le chantier de la mise en œuvre du nouveau modèle de développement de la région est à 50% de sa réalisation, un record national », explique Mohammed Horani, PDG du spécialiste de paiement HPS et membre du conseil économique social et environnemental du groupe. Avant d’ajouter : « C’est un modèle qui doit inspirer les autres régions marocaines dans le cadre du projet global de la régionalisation et de la décentralisation. Les provinces du Sud se veulent désormais comme acteurs économiques à part entière ».

Un propos que résume Rkia Derham, secrétaire d’État au commerce extérieur : « La région est riche en opportunités sur le court et sur le long terme. Cela, d’autant plus dans le cadre du plan régional 2017-2020 ». D’après la région, ce sont en tout 140 projets qui devraient être portés dans le cadre du programme d’ici 2025.

« Le forum se veut comme un pont de liaison nord-sud entre le Maroc et sa profondeur africaine », expliquait Sidi Hamdi Ould Errachid, président du Conseil de la région. Une donnée particulièrement importante puisque cette manifestation s’inscrit dans un autre contexte crucial, tant économique que diplomatique pour le royaume : la reconduction de l’accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne. La situation se montre favorable pour attirer les opérateurs voulant saisir les opportunités d’une région au grand potentiel de croissance, permettant également une orientation vers le Sud. 

Répartition sectorielle des entreprises présentes au forum d’affaires Maroc-France de Laâyoune.Crédit: CFCIM

« Nous voulons promouvoir l’emploi dans la région et nous porter vers le continent africain », explique Philippe-Edern Klein. Interrogé sur les avantages fiscaux régionaux, le président de la CFCIM estime qu’ils n’ont pas une dimension déterminante dans le choix de Laâyoune par les investisseurs. « Aujourd’hui, dans les zones franches, nous avons des variations de taxes qui posent problème à la communauté européenne dans les accords de libre-échange. Je préfère mettre en avant la compétitivité de la région par son foncier et son bassin d’emploi », poursuit-il.

De quoi convaincre Philippe-Edern Klein de « garder le modèle de Laâyoune » pour de prochaines manifestations de ce type. Tout en confiant à TelQuel : « Nous allons monter un forum et une délégation de la CFCIM à Dakhla en 2019, en dupliquant le modèle de Laâyoune pour poursuivre ce genre de forum, porté vers le sud du Maroc et l’ouverture aux régions subsahariennes. »

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