Delphinarium d'Agadir : entre développement touristique et polémique

Delphinarium d'Agadir : entre développement touristique et polémique

Un delphinarium vient d'ouvrir ses portes à Agadir. La structure a été financée par des fonds russes à hauteur de 8 millions de dirhams. A l'heure où les delphinariums sont fermés ou interdits dans plus en plus de pays, l'installation de ce centre de spectacles de dauphins n'est pas du goût de tous.

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"Agadir World Dolphin" a ouvert ses portes le 6 juillet.

Quatre dauphins dans une piscine, quatre entreprises russes associées sous le nom « d’Agadir World Dolphin », et un investissement de 8 millions de dirhams. Voici les trois composantes du nouveau delphinarium d’Agadir. Le centre aquatique a été inauguré en grande pompe le 6 juillet. Le Wali de la région Souss-Massa, Ahmed Hajji, le président du conseil régional, Brahim Hafidi et le consul général de Russie, Andrey Tsyberko se sont déplacés pour l’occasion. L’objectif du projet : améliorer l’offre d’animation de la station balnéaire. Une attraction à première vue attrayante, mais qui suscite également polémique.

Le Maroc à contre-courant

L’association locale de défense de l’environnement marin, Surfrider Foundation Maroc (SFM), s’est portée vent debout contre la réalisation du delphinarium. Dès l’annonce de sa construction, à l’automne 2017, elle a lancé une pétition qui a recueilli près de 10.000 signatures. Surfrider Foundation explique les raisons de son hostilité sur son site internet : « La capture dévastatrice de ces mammifères, les effets négatifs sur ses conditions de vie, dont la perte de l’ouïe (qui est leur sens premier), ainsi que l’asservissement d’un animal célèbre pour son intelligence extrême et habitué l’immensité bleue« .

Les autorités n’ont pas fait grand cas de ces arguments. Le président de l’association, Nourredine Sallouk, explique : « On a fait une projection d’un film retraçant les étapes de capture du dauphin. On devait le projeter dans les locaux d’une faculté de la région. Mais, à la dernière minute, on nous a appris que nous n’avions plus l’autorisation ». 

Nourredine Sallouk reconnaît la nécessité d’une dynamique d’animation en faveur du développement d’Agadir. Mais, il reste toutefois critique à l’égard de ce projet : « On peut très bien conduire des projets d’attraction pour amuser, attirer les touristes et diversifier les activités, mais pas de cette manière. A l’échelle du monde, on voit que de nombreux delphinariums ferment, alors qu’ici au Maroc on est en train d’en ouvrir un et d’en faire un événement. »

En effet, de plus en plus de pays interdisent ou restreignent l’activité de ces centres. En 1972, aux Etats-Unis, une loi pour la protection des mammifères marins amorçait déjà le déclin généralisé des delphinariums. Le Royaume-Uni, où 36 delphinariums existaient en 1972, n’en dispose plus d’aucuns en 1993. Depuis, de nombreux pays ont suivi le mouvement (Suisse, Croatie, Finlande…).

« Entre tourisme conscient, tourisme durable, solidaire, tourisme tout court, nous n’avons pas encore la sensibilité de faire la différence. Donc une heure passée avec les enfants à voir les dauphins faire des pirouettes c’est bien, à première vue, mais on ne voit pas ce qu’il y a derrière ces pirouettes : le conditionnement atroce de ces animaux », déplore le président de Surfrider Foundation

Encourager le tourisme ou tourisme durable ?

Le vice-président du Conseil régional du tourisme du Souss-Massa et consul honoraire de Russie à Agadir, Abdellatif Abid, qui a accompagné cette initiative et facilité le dialogue avec les autorités – dont le Wilaya – a une opinion bien différente. « C’est une chose (l’ouverture du delphinarium, ndlr) positive qui va encourager le tourisme interne au Maroc, et étranger vers Agadir. De plus, si la main- d’oeuvre spécialisée pour l’animation des dauphins est russe, le centre emploie pour la billetterie, la réception et les autres services une vingtaine de Marocains. » 

Oussama Abaous, fondateur d’Ecologie.ma, explique quant à lui qu’une alternative est possible pour encourager le tourisme : « Il y a moyen de faire du tourisme durable, c’est ce qu’on appelle du whalewatching (observation de cétacés en milieu naturel, ndlr). Ce sont des opérateurs, suivant un protocole précautionneux, qui embarquent sur leurs bateaux des touristes pour observer les animaux dans leur habitat naturel. Là, c’est de l’éducation. Mais montrer des dauphins dans une petite piscine alors qu’ils parcourent normalement une centaine de kilomètres par jour, ça ne l’est pas ».

Malgré l’ouverture effective du centre, Nourredine Sallouk ne baisse pas les bras et souhaite que le développement de la région soit davantage en phase avec les objectifs de développement durable annoncés par le gouvernement. « Notre action se poursuivra pour sensibiliser sur cette question. J’espère que les autorités pourront comprendre qu’on peut animer la ville autrement qu’en maltraitant ces animaux. Il y a énormément d’autres sites potentiels à valoriser à Agadir et dans sa région que ce centre de souffrances ». 

Contacté par Telquel.ma, le delphinarium s’est contenté de nous communiquer ses tarifs.

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