Human Rights Watch condamne une «campagne de répression» contre les manifestants

L'ONG parle d'un «usage excessif de la force» alors que 69 manifestants ont été arrêtés dans la ville minière depuis le mois de mars.

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Manifestation à Jerada Crédit: DR

Dans un communiqué diffusé ce lundi 4 juin, l’ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce « une campagne de répression de plusieurs semaines », ainsi qu’un « usage excessif de la force » par les autorités marocaines lors des manifestations à Jerada en mars. Des soulèvements consécutifs à la mort de deux mineurs dans une descenderie clandestine le 22 décembre 2017.

L’ONG pointe notamment le fait que les forces de l’ordre « ont gravement blessé un garçon de 16 ans, percuté par une fourgonnette de police conduite de manière irresponsable, et ont arrêté des leaders du mouvement de protestation, qui auraient ensuite été maltraités en détention ».

Elle accuse également des agents de police d’avoir « forcé les portes et brisé les fenêtres de plusieurs maisons à Jerada, frappant et interpellant plusieurs hommes sans présenter de mandats d’arrêt ni de perquisition ».

« Des éléments cagoulés » accusés d’avoir « provoqué les forces publiques »

A la suite de la manifestation du 14 mars, les autorités avaient accusé « des éléments cagoulés » d’avoir « provoqué les forces publiques en les attaquant avec des jets de pierres ». Neuf personnes avaient été interpellées, et « des cas de blessures, dont certaines graves [ont] été enregistrés parmi les forces de l’ordre obligées d’intervenir », selon un communiqué de la préfecture de Jerada.

« S’il est vrai que des manifestants ont jeté des pierres le 14 mars et que, selon les autorités, ils auraient aussi allumé des incendies, cela ne justifie pas pour autant le recours à une force aveugle et excessive, ni les arrestations qui avaient commencé avant cette date », estime de son côté l’ONG. Au 31 mai, HRW recense 69 manifestants en prison ou en détention préventive, dont trois adolescents.

Dans un entretien accordé à l’AFP suite aux heurts du 14 mars, le secrétaire général de la région de l’Oriental, Abderrazzak El Gourji, faisait état de  « 312 blessés chez les forces de l’ordre et 32 chez les manifestants ».

« Réprimer le droit de manifester pacifiquement »

Selon Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, « la répression à Jerada est allée bien plus loin qu’un simple effort visant à traduire en justice des manifestants prétendument violents. Il semble qu’elle visait plutôt à réprimer le droit de manifester pacifiquement contre la situation socio-économique de la région ».

On rappelle que près de 24 heures avant les manifestations du 14 mars dernier, le ministère de l’Intérieur publiait un communiqué où il rappelait qu’il était habilité , à travers les prérogatives légales, à appliquer la loi interdisant les « manifestations illégales dans les lieux publics », ainsi que « les comportements et agissements irresponsables ».

Le communiqué de HRW survient au lendemain de la mort de deux personnes dans l’effondrement partiel d’une galerie traditionnelle de plomb dans la commune de Sidi Boubker, dans la province de Jerada.

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