"Carleaks" : Des pièces de rechange d'origine marocaine surfacturées par Renault et PSA

Dans une enquête publiée le 31 mai, Mediapart et Le Soir révèlent une augmentation significative des prix des pièces détachées des constructeurs Renault et PSA. Les deux constructeurs français auraient utilisé un logiciel permettant, en se basant sur les habitudes des clients, de fixer le prix fort pour ces pièces en partie fabriquées au Maroc.

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Le 25 juin, 93 cas de contamination au Covid-19 ont été détectés à l’usine Renault de Tanger.

Des pièces de rechange surfacturées jusqu’à près de trois fois leur prix d’origine. C’est la pratique à laquelle auraient eu recours les constructeurs français Renault et PSA selon une enquête publiée par le site d’investigation français Mediapart et le quotidien belge Le Soir. Baptisées « Carleaks », ces révélations viennent encore ternir l’image des deux constructeurs moins d’un an après le Dieselgate, une enquête ayant révélé des manipulations frauduleuses des moteurs diesel fabriqués par PSA. Selon Mediapart, qui s’appuie sur des documents confidentiels issus du cabinet de conseil Accenture, les deux firmes françaises ont augmenté de 15% les prix des pièces détachées qu’ils commercialisent grâce à un logiciel fourni par l’entreprise de conseil. « Les deux groupes auraient ainsi engrangé ensemble 1,5 milliard d’euros au détriment des automobilistes et assureurs, » résume Le Soir.

Un logiciel pour surfacturer les pièces

Grâce à un logiciel baptisé Partneo, les deux constructeurs ont pu tirer un profit supplémentaire de près de 100 millions d’euros chacun et par an. Le logiciel permet de déterminer la valeur perçue par le client d’un produit ainsi que le montant maximum qu’il serait prêt à débourser pour l’acquérir. Ainsi, 70% des pièces les plus vendues voient leur prix augmenter par le logiciel. Il réduit le prix de 20% d’entre elles, et maintient le prix des 10% restants. Ces opérations auraient été effectuées pour évaluer les prix de plus de dizaines de milliers de pièces pour chacun des constructeurs.

Acquis par Renault en 2008, Partneo a permis à la marque au losange d’augmenter en moyenne de 15 % le prix de ses pièces captives (des pièces dont la commercialisation est limitée pour des raisons de propriété intellectuelle ou de sécurité des véhicules). Deux ans plus tard, c’est au tour du concurrent PSA d’acheter le même logiciel. Les résultats sont tout aussi surprenants : une hausse moyenne  de 15 % du prix de ses pièces captives, soit exactement la même que celle réalisée auparavant chez Renault.

C’est cette augmentation des prix, commune aux deux entreprises, qui attire l’attention. Selon un cadre de PSA, cité par Mediapart, l’acquisition du logiciel Partneo par la marque au lion fait suite à un échange entre le chef de projet du groupe et son homologue de Renault. Une conversation qui suggère une entente sur les prix.

Les documents recueillis par Mediapart donnent quelques exemples des augmentations de prix pratiquées par les deux entreprises. Ainsi, le rétroviseur des Clio III vendu au prix de 79 euros avant le partenariat entre la firme présidée par Carlos Ghosn et Accenture a vu son prix doublé pour atteindre 165 euros. L’écran de passage des roues des Dacia Logan et Sandero, toutes les deux fabriquées au Maroc, ont vu leur prix passer de 21 à 76 euros. Une somme qui équivaut à près de 25 fois le prix de revient.

Le Maroc a dépassé en 2018 le milliard d’euros d’exportation de pièces détachées fabriquées par Renault. Le secteur dépassera les 100 milliards de dirhams à l’exportation à l’horizon 2019-2020. En 2015, à travers le port Tanger Med, cette activité a permis d’expédition de 23.719 m3 de pièces détachées. Au Maroc, l‘écosystème de l’usine Renault compte 48 fournisseurs directs (de rang 1) et 40 fournisseurs indirects (de rang 2 ou fournisseurs des fournisseurs).

Pour l’instant, ni Renault ni PSA n’ont réagi aux révélations de Mediapart et Le Soir.

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