Les mémoires de Youssoufi : Qui a tué Omar Benjelloun ? (6/7)

Son enfance, ses combats, Ben Barka, Bouabid, Omar Benjelloun, Hassan II et Mohammed VI… le Premier ministre de l'Alternance revient sur des épisodes et des acteurs de l'histoire du Maroc dans un livre-événement.

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Omar Benjelloun, qui avait eu droit à son lot de torture et de répression, était un des plus grands défenseurs de la cause nationale (…) Cette répression avait atteint un point si dangereux qu’après son arrestation en 1973, où il a été victime de tous types de torture, il a avoué son lien avec Fqih Basri. Il avait été enlevé et embarqué dans un véhicule en direction de l’océan, les yeux bandés, avant qu’on lui dise : “Tu as deux choix, ou tu avoues ou on te jette à la mer” (…) C’est dans ce contexte qu’a commencé la préparation du congrès extraordinaire ittihadi. J’avais organisé plusieurs réunions avec les branches du parti à l’étranger, en Algérie et dans les pays européens. Tout le monde soutenait l’idée d’un parti progressiste, socialiste et démocratique, à même de contribuer à bâtir le Maroc de demain. Je me suis réuni aussi avec Fqih Basri avec qui nous avons convenu que la nouvelle direction du parti serait constituée, à l’issue du congrès extraordinaire, de militants locaux afin de rompre avec le passé, exploité par les forces de la répression pour tuer dans l’œuf toute tentative de bâtir un vrai parti moderniste dans notre pays (…)

Martyr de la liberté

Abderrahim Bouabid est venu fin 1974 à Paris pour une réunion à laquelle j’ai participé avec Fqih Basri. Ssi Abderrahim nous a fait une présentation détaillée de l’évolution des travaux préparatoires du congrès extraordinaire, résumant les projets de rapports réalisés par les différentes commissions. Il nous a informés des résultats des réunions effectuées avec les différentes organisations à l’étranger et de notre décision de ne prendre aucune responsabilité future à la tête du parti pour mettre fin à ce chevauchement entre les organisations de l’étranger et celles du Maroc. Nous avons eu la surprise d’apprendre qu’il avait aussi pris la décision de ne pas être candidat au poste de premier secrétaire du parti.

Il voyait en Omar Benjelloun la personne idéale pour ce poste, arguant que le moment était venu de transmettre le flambeau à la nouvelle génération qui a fait tant de sacrifices afin que le parti survive. Abderrahim Bouabid soutenait que sa génération avait fait tout ce qu’il était en son pouvoir et devait soutenir les jeunes cadres du parti grâce à son expérience et ses orientations (…) J’étais d’accord avec Fqih Basri sur le fait que, de par son bilan, son passé et ses capacités, Omar Benjelloun était capable de prendre les rênes du parti. Mais notre formation avait besoin d’une période de convalescence après les blessures qu’on lui avait infligées. Aussi, Abderrahim Bouabid était l’homme de la situation durant cette période transitoire, nécessaire avant de passer le témoin à la nouvelle génération (…) Nous avons eu beau tenter de le convaincre, Bouabid n’a pas changé sa position d’un iota. Mais nous n’avons pas baissé les bras, insistant sur le fait que le choix de Omar Benjelloun était pertinent, mais que ce n’était pas le bon moment au vu du contexte politique. Nous avons fini par convaincre Bouabid (de rester à la tête du parti, ndlr).

Le 18 décembre 1975, soit moins d’un an avant le congrès extraordinaire de l’USFP et dix ans après la liquidation de Ben Barka le 29 octobre 1965, le martyr Omar Benjelloun, le candidat choisi par Abderrahim Bouabid à la tête du parti, a été assassiné à son tour. Ce qui n’était pas sans rappeler la liquidation de Ben Barka après que Hassan II l’a appelé à résoudre la célèbre équation politique de 1965 (…) Qui étaient les vrais responsables de la liquidation de Omar Benjelloun ? Qui avait instrumentalisé la Chabiba Islamiya qui l’avait liquidé ? Pour rappel, Omar Benjelloun n’a pas été torturé par l’appareil officiel. Il me revient à l’esprit que c’est ce qu’a fait par contre une des centrales syndicales (UMT, ndlr) dont il était un des piliers et un des dirigeants (Une lettre de Omar Benjelloun datée de 1961 et envoyée à Mahjoub Benseddik est publiée dans l’ouvrage. Il s’y plaint des tortures que lui a fait subir l’UMT, ndlr).

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